fbpx
    Nouvelle Calédonie
  • Julien Mazzoni | Crée le 16.02.2026 à 10h43 | Mis à jour le 16.02.2026 à 10h45
    Imprimer
    Une prison dans les Hauts-de-Seine, à Nanterre. Photo d'illustration AFP / Stéphane De Sakutin
    Décédé le 6 février dans une prison en Métropole, Frédéric Grochain, 31 ans, détenu transféré du Camp-Est après les émeutes de 2024, est au cœur d’une controverse mêlant causes médicales, conditions de détention et politique de transfèrement. Famille, collectif de soutien, avocate et administration pénitentiaire livrent des versions différentes. Explications.

    Frédéric Grochain, 31 ans, est décédé le 6 février au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand (Saône-et-Loire), où il était détenu depuis son transfert dans l’Hexagone après les émeutes de mai 2024. Une autopsie a été diligentée par le procureur de la République de Chalon-sur-Saône afin de déterminer les causes du décès.

    Selon l’administration pénitentiaire, l’autopsie a révélé que le détenu était atteint de tuberculose. L’établissement indique avoir été informé de ce diagnostic le 11 février, soit cinq jours après le décès. L’administration précise ne pas avoir eu connaissance auparavant de l’état de santé du détenu, rappelant que la prise en charge sanitaire des personnes incarcérées relève du ministère de la Santé, via les unités sanitaires hospitalières en milieu pénitentiaire.

    Recours en responsabilité

    Pour la famille et le Collectif Solidarité Kanaky, cette information tardive soulève de lourdes interrogations. "Les premiers éléments font état d’une tuberculose, mais le rapport définitif d’autopsie n’est pas encore versé. Il y avait aussi d’autres problèmes de santé. À ce stade, rien n’est définitivement établi", explique Me Julie Jaron, avocate de plusieurs détenus kanak transférés dans l’Hexagone. Cette dernière indique envisager un recours en responsabilité, à la fois contre les administrations pénitentiaire et hospitalière, estimant qu’un défaut de prise en charge pourrait être en cause.

    Dans un communiqué publié le 13 février, le FLNKS engage la responsabilité de l’État et dénonce une "violence institutionnelle" liée à l’éloignement carcéral de détenus kanak depuis 2024. Le mouvement exige que toute la lumière soit faite sur les circonstances du décès et réclame le rapatriement de l’ensemble des détenus transférés.

    "Isolement extrême"

    Le Collectif Solidarité Kanaky, qui travaille avec l’Observatoire international des prisons, recense aujourd’hui 93 détenus kanak incarcérés en Métropole, dont environ 80 transférés après les émeutes de mai 2024. "Beaucoup sont dans une situation d’isolement extrême. La majorité n’a pas de parloirs, faute de proches sur place. À distance, il est très difficile d’évaluer l’état réel de santé d’une personne détenue", souligne Julie Chapon, membre du collectif.

    Si certaines décisions de justice ont ordonné des retours en Nouvelle-Calédonie, leur mise en œuvre reste incertaine. "Deux détenus ont obtenu gain de cause devant les tribunaux. Ils ont été conduits jusqu’à l’aéroport avant que leur retour soit annulé au dernier moment, sans motif clairement établi. Ils sont toujours incarcérés en région parisienne", affirme la militante. Selon le collectif, un seul rapatriement sanitaire aurait été pris en charge par l’administration, les autres retours reposant sur les familles ou sur des soutiens associatifs.

    Mobilisation en solidarité

    Au-delà du cas individuel de Frédéric Grochain, ce décès relance le débat sur la politique de transfèrement engagée après 2024 et sur la situation carcérale en Nouvelle-Calédonie. Le Camp-Est, régulièrement dénoncé pour ses conditions de détention et sa surpopulation, accueille une population pénale très majoritairement kanak. "On ne peut pas dissocier la question des transferts de celle des conditions de détention au Camp-Est", estime le collectif.

    Des détenus transférés en même temps que Frédéric Grochain ont fait part de leur choc et de leur inquiétude après l’annonce de son décès. Une mobilisation en solidarité avec les détenus kanak incarcérés en Métropole est prévue, avec un hommage au jeune homme.

    Tuberculose en prison : un risque nettement plus élevé

    En France, la tuberculose est beaucoup plus fréquente en milieu carcéral que dans la population générale. Selon Santé publique France, l’incidence de la tuberculose en détention est jusqu’à dix fois supérieure à celle observée hors prison, en raison de la promiscuité, du surpeuplement et des difficultés de dépistage et de suivi médical. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe les prisons parmi les lieux à haut risque de transmission, soulignant que les ruptures de soins, notamment lors des transfèrements, peuvent aggraver la situation.

    Dans les Outre-mer, où l’incidence de la tuberculose est déjà plus élevée qu’en Métropole, les autorités sanitaires appellent à une vigilance renforcée en milieu fermé, en particulier en détention.

    MERCI DE VOUS IDENTIFIER
    X

    Vous devez avoir un compte en ligne sur le site des Nouvelles Calédoniennes pour pouvoir acheter du contenu. Veuillez vous connecter.

    J'AI DÉJA UN COMPTE
    Saisissez votre nom d'utilisateur pour LNC.nc | Les Nouvelles Calédoniennes
    Saisissez le mot de passe correspondant à votre nom d'utilisateur.
    JE N'AI PAS DE COMPTE

    Vous avez besoin d'aide ? Vous souhaitez vous abonner, mais vous n'avez pas de carte bancaire ?
    Prenez contact directement avec le service abonnement au (+687) 27 09 65 ou en envoyant un e-mail au service abonnement.
  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS