- Aurélia Dumté | Crée le 28.08.2026 à 14h05 | Mis à jour le 28.08.2026 à 14h05ImprimerCérémonie coutumière d’ouverture du 26e Congrès du pays kanak, au Sénat coutumier, le vendredi 28 août. Photo A.D.Unité du monde coutumier, place de la coutume dans les institutions, dissensions à dépasser et responsabilité face à l’avenir : les discours d’ouverture du 26e Congrès du pays kanak ont posé, ce vendredi 28 août, au Sénat coutumier, les grands enjeux des deux journées de réflexion.
"Le Congrès du pays kanak n’est pas une simple réunion institutionnelle, introduit Ludovic Boula, président du Sénat coutumier. Il est un moment important de la vie du peuple kanak. C’est un espace où les huit aires coutumières se retrouvent, se parlent, confrontent leurs expériences et recherchent ensemble une parole commune." C’est ainsi que s’est ouvert, ce vendredi 28 août, le 26e Congrès du pays kanak, au Sénat coutumier, devant un parterre d’officiels et d’invités.
Après une cérémonie coutumière durant laquelle le haut-commissaire de la République, Jacques Billant, et le porte-parole de l’institution coutumière, Elvys Gourou, ont pris la parole, les discours se sont succédé durant près d’une heure. "Pendant ces deux journées, nous devons être capables de regarder le chemin parcouru, mais également de nous interroger avec lucidité sur celui qu’il nous reste à construire. C’est tout le sens que nous souhaitons donner à ce 26e Congrès. Faire le bilan, porter les enjeux du pays kanak, préparer la transmission et ouvrir une nouvelle mandature. "
Ancrer la coutume dans son époque
La thématique de cette rencontre, qui se tient ce vendredi 28 et ce samedi 29 août, est : "Ensemble pour un pays kanak uni, responsable et tourné vers l’avenir". Ainsi, Ludovic Boula a incité les congressistes à regarder le pays tel qu’il est aujourd’hui. "Notre société connaît des transformations profondes. Les familles évoluent, nos langues sont fragilisées, nos terres sont soumises à de nouvelles pressions. Nos ressources naturelles doivent être protégées. Les rapports économiques et sociaux changent. Dans le même temps, notre pays traverse une période politique et institutionnelle particulièrement importante. Cette période nous demande de la hauteur, de l’écoute et de la responsabilité. Nous pouvons avoir des désaccords, nous pouvons avoir des visions différentes de l’avenir, mais nous ne devons jamais perdre de vue ce qui nous rassemble. La terre, la dignité, la transmission, la paix sont notre responsabilité envers les générations futures. Mettons les grands enjeux sur la table. "

Naïa Wateou, première vice-présidente du Congrès, a invité le Sénat coutumier à se pencher sur la question des hommes et des femmes sans domicile fixe. Photo A.D.Le 26e Congrès va donc travailler sur des sujets sensibles, et parfois clivants au sein même des institutions coutumières. Un point que Naïa Wateou, première vice-présidente du Congrès, a soulevé. "Nous ne pouvons ignorer les dissensions qui traversent l’autorité coutumière et sa représentation. Si l’on se définit comme défenseur de la coutume et que l’on souhaite sa reconnaissance, son renforcement, on ne peut rester aveugle face aux failles de son fonctionnement. Il nous faut garder les pieds dans cette réalité qui est celle de la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui. C’est cet équilibre entre la fidélité à nos racines et la lucidité face à la réalité, que le Congrès souhaite construire. "

Billy Forest, membre du gouvernement en charge des affaires coutumières, a insisté sur la nécessité d’impliquer davantage la coutume dans les institutions publiques. Photo A.D.La coutume n’est pas un vestige du passé, que l’on consulte par politesse protocolaire. Elle est la colonne vertébrale vivante de notre société, le socle de notre cohésion.
Billy Forest, membre du gouvernement en charge des affaires coutumières, a pour sa part estimé qu’il fallait imbriquer les institutions et travailler en cohérence, afin de sortir d’une "vision binaire". "D’un côté, l’ingénierie institutionnelle et l’action publique administrative, de l’autre, la coutume, souvent cantonnée aux aspects protocolaires, a-t-il souligné. L’action publique ne peut plus simplement respecter la coutume de manière extérieure. La coutume doit être intimement imbriquée dans le fonctionnement même de nos institutions. Elle n’est pas un vestige du passé, que l’on consulte par politesse protocolaire. Elle est la colonne vertébrale vivante de notre société, le socle de notre cohésion. "

Jacques Billant, haut-commissaire, souhaite que le Sénat coutumier soit "force de proposition" face "aux défis qui sont les nôtres." Photo A.D.Un point soulevé également par le haut-commissaire, Jacques Billant, qui assure que "c’est ensemble que nous réussirons à permettre au pays de relever à nouveau la tête et de continuer à bâtir la grande case du destin commun. Vous avez un rôle clé à jouer dans la refondation du pays et peut-être plus que jamais auparavant, nous avons besoin d’unir nos forces pour garantir l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Face aux défis qui sont les nôtres, le Sénat coutumier sera, j’en suis convaincu, force de proposition. "
Ateliers et nouvelle présidence
Le Congrès est ensuite entré dans le vif du sujet, avec les bilans de l’institution et des huit aires en matinée, puis le lancement des ateliers où se mènent des réflexions autour de plusieurs thématiques : "Modernisation et avenir des institutions coutumières", "Prévention, cohésion sociale et résolution des conflits", "Développement économique et social des huit aires coutumières" et "Coconstruction et finalisation des feuilles de route sur la jeunesse kanak".

Ludovic Boula, président du Sénat coutumier depuis un an, laisse sa place au représentant de l’aire Paicî-Cèmuhi. Le nom de son successeur sera annoncé le samedi 29 août. Photo A.D.Enfin, cette rencontre va permettre le changement de présidence du Sénat. L’aire Drehu cède sa place à l’aire Paicî-Cèmuhi. Le nom du remplaçant de Ludovic Boula sera connu officiellement demain, le samedi 29 août.
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