- Julien Mazzoni | Crée le 23.10.2026 à 11h08 | Mis à jour le 23.10.2026 à 11h09ImprimerLe tribunal du travail a condamné l’association qui exploite Radio Rythme Bleu pour les faits subis par une ancienne salariée. Une enquête pénale a également été ouverte après un signalement de la juridiction. Photo LNCUne ancienne salariée de Radio Rythme Bleu a obtenu la reconnaissance de faits de harcèlement moral et sexuel devant le tribunal du travail de Nouméa. La décision du 14 octobre fait également état d’alertes adressées à la direction et de nombreux témoignages d’anciens salariés. Le parquet a, de son côté, ouvert une enquête pénale après avoir été alerté par la juridiction.
Le 23 novembre 2024, après plus de trois ans à RRB, une salariée remet sa démission. Arrêts maladie, épuisement, dégradation de ses conditions de travail… La salariée estime avoir été poussée au départ. Elle saisit le tribunal du travail en juin 2025.
Dans son jugement du 14 octobre, que Les Nouvelles calédoniennes ont pu consulter, le tribunal lui donne raison. Autrement dit, même si elle a elle-même remis sa démission, les juges considèrent que les faits subis au travail l’ont conduite à partir et que l’employeur doit en assumer les conséquences.
La décision, longue de 43 pages, retient notamment des faits répétés de harcèlement moral et sexuel, qui ont dégradé les conditions de travail et l’état de santé de la salariée. L’association Culture et loisirs, qui exploite Radio Rythme Bleu, est condamnée à lui verser un peu plus de 10 millions de francs, notamment pour les conséquences de la rupture de contrat, les conditions de son départ, le défaut de protection de sa santé, du travail dissimulé et des salaires restant dus.
Sollicitée, la direction de RRB indique contester "totalement les allégations" et avoir fait appel du jugement.
Des alertes connues de la direction
Mais le jugement examine également la façon dont la radio a réagi lorsqu’elle a été alertée. Car plusieurs anciens salariés ont témoigné. Le tribunal considère notamment que la directrice générale et le directeur général adjoint avaient connaissance de la dégradation des conditions de travail de leur collègue, mais que les mesures nécessaires pour la protéger et faire cesser les faits n’ont pas été prises. Les juges évoquent des "dérives particulièrement criantes dans le management".
La décision s’attarde également sur le rôle du fondateur de la station. Les juges constatent qu’il occupait une place importante dans le fonctionnement de la radio, sans que ses responsabilités soient pourtant clairement définies. Plusieurs témoignages versés au dossier lui attribuent aussi des gestes et propos à caractère sexuel envers la salariée. Un ancien collègue affirme l’avoir vu poser une main sur sa cuisse et rapporte qu’elle lui avait auparavant parlé de gestes déplacés et de remarques sur sa poitrine. Au terme de l’ensemble des pièces produites, le tribunal considère que des faits répétés de harcèlement sexuel et moral sont établis.
Les juges relèvent également que le fondateur donnait des instructions à la salariée et que ses missions avaient largement dépassé le cadre de son poste initial. Elle devait par exemple gérer certaines de ses affaires personnelles, dont des démarches liées à la vente de tableaux.
Pour Me Louise Chauchat, avocate de l’ancienne salariée, "c’est le nombre de preuves et la cohérence dans les propos" qui a convaincu le tribunal, explique-t-elle, en évoquant les nombreuses attestations versées au dossier. Obtenir ces témoignages n’a rien d’évident, insiste l’avocate. "La preuve est déterminante dans ces dossiers, et elle est très difficile à apporter pour les victimes", particulièrement lorsque des collègues doivent accepter de témoigner contre leur employeur.
Sa cliente a été longtemps placée en arrêt maladie et a subi, selon elle, d’importantes conséquences psychologiques. La décision du tribunal a été vécue comme "un soulagement".
Le tribunal a alerté le parquet
L’affaire ne se limite désormais plus au conflit entre la salariée et son ancien employeur. Sollicité par Les Nouvelles calédoniennes, le procureur de la République, Yves Dupas, confirme l’ouverture d’une enquête pour "harcèlement moral et harcèlement sexuel ou outrage sexiste", après la transmission par la vice-présidente du tribunal de travail, chargée du dossier, de certains éléments au parquet.
"J’ai considéré qu’il s’agissait d’un signalement justifiant l’ouverture d’une enquête, indique Yves Dupas. Elle ne fait que débuter", ajoute le procureur, qui n’a pas souhaité préciser, à ce stade, quelles personnes sont susceptibles d’être concernées.
Enfin, le jugement met en lumière que ce conflit n’est pas le seul entre d’anciens salariés et RRB. Plusieurs témoignages font état de difficultés rencontrées au sein de la radio, et deux anciens salariés ayant témoigné dans le cadre de cette affaire ont eux-mêmes engagé une procédure judiciaire contre leur ancien employeur, relève le tribunal.
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