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    Economie
  • Anne-Claire Pophillat | Crée le 25.03.2026 à 11h55 | Mis à jour le 25.03.2026 à 11h56
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    L’hôtel Méridien de l’île des Pins est fermé depuis avril 2024. Photo Archives LNC / Anthony Tejero
    La société de financement et de développement économique de la province Sud, présente dans des secteurs comme la mine, le transport, le tourisme ou l’aquaculture, traverse une période difficile. Promosud ne bénéficie en effet quasiment plus de retombées financières issues de ses participations dans plusieurs entreprises, qui ont peu voire plus d’activité. Seuls les casinos tirent leur épingle du jeu, compensant notamment les pertes dans la filière touristique.

    Les Méridien de Nouméa et de l’Île des Pins, les casinos, le golf de Dumbéa, les sociétés de participation minière du Sud calédonien (SPMSC) et de transformation des produits avicoles, Carsud, la centrale photovoltaïque de Oua Tom, l’espace de bureaux Centre Sud, etc. Autant d'entreprises dans lesquelles Promosud possède des participations. Depuis sa création, en 1992, l’outil de financement et de développement de la province Sud a en effet investi dans des structures exerçant dans différents domaines d’activité : tourisme, transport, métallurgie, aquaculture, sylviculture, agro-alimentaire ou énergies renouvelables.

    Quand l’économie se porte bien, ces sociétés peuvent enregistrer des résultats positifs ayant des retombées pour Promosud. Mais dans le contexte de crise que connaît la Nouvelle-Calédonie, qui a traversé la Covid puis les émeutes de mai 2024, la SEM (société d’économie mixte) se retrouve amputée de la plupart de ses ressources.

    La métallurgie ne rapporte pas

    La situation de Promosud a été évoquée lors de l’assemblée de province jeudi 19 mars, dans le cadre de l’examen d’une délibération visant à "à clarifier ses orientations stratégiques" (lire par ailleurs). Et elle n’est guère florissante. "C’est très compliqué, les secteurs porteurs sont peu nombreux", expliquait l’élu et président du conseil d’administration, Brieuc Frogier, lors du passage du texte en commission, le 11 mars. "Une part importante du portefeuille de Promosud relève du secteur minier, à travers la SPMSP, actionnaire de Prony Resources, et la STCPI, actionnaire de la SLN. Toutefois, aucune ressource ne remonte de ces participations." Et ce, depuis de plusieurs années.


    "Une part importante du portefeuille de Promosud relève du secteur minier, à travers la SPMSP, actionnaire de Prony Resources, et la STCPI, actionnaire de la SLN. Toutefois, aucune ressource ne remonte de ces participations", explique Brieuc Frogier. Photo Archives LNC / Nicolas Petit

    Heureusement, l’activité des établissements de jeux "se porte bien et génère des recettes importantes", qui permettent de "compenser les difficultés financières" subies par les hôtels, "dont la situation s’est particulièrement dégradée". Promosud supporte les conséquences d’investissements passés, estime Brieuc Frogier. "Certains étaient à mon sens questionnables, par exemple le Sheraton de Deva, qui a été une catastrophe, avec 10 milliards de francs de pertes en 10 ans d'exploitation."

    Ne pas "abandonner" le Méridien de Kunié

    Les chambres du Méridien Nouméa restent désespérément vides, avec un "très faible tôt de remplissage estimé à environ 6 %", ce qui "coûte à Promosud et à la SHN extrêmement cher tous les mois". Celui de l’île des Pins est fermé depuis bientôt deux ans (avril 2024). La collectivité a fait le choix de maintenir les emplois dans ces structures, "afin d’éviter des impacts économiques importants dans ces zones", et d'attendre la relance. La province assure également être en capacité de le rouvrir (ce qui était envisagé dans un premier temps fin 2025). "On ne voulait pas l’abandonner, insiste le président du conseil d’administration. Il est en état de fonctionner, mais on ne le rouvrira pas tant qu’on n’a pas de perspectives claires sur l’avenir. Cela dépend aussi de la desserte aérienne. En fonctionnement normal, c’est 92 % de la clientèle qui prend l’avion."

    La SEM a perdu une autre source de revenus pendant un temps, celle provenant de la location de ses locaux de l’immeuble Centre Sud, situé au niveau du rond-point Mageco, dégradé lors des émeutes. La pépinière est cependant à nouveau prête à accueillir les entreprises depuis le mois de février. 

    Honorer ses engagements

    Malgré tout, "la structure a réussi à honorer ses engagements jusqu’à présent". Et, "parmi les SEM provinciales, il s’agit de la seule à ne pas être en redressement ou en liquidation, contrairement à celles des provinces Nord et Îles", a affirmé Sonia Backès en commission.

    Reste que Promosud n’a pas d’argent pour soutenir d'autres entreprises ou financer des projets, dont celui de parc aquatique à Nouville, pour lequel "il faudrait compter un milliard de francs", indique Brieuc Frogier. S’il évoque l’obtention prochaine de la défiscalisation locale et, "probablement", de la nationale, les moyens manquent. "Je n’ai pas la planche à billets pour le moment…"

    Une délibération pour renforcer le pilotage et la transparence


    L’assemblée de la province Sud a adopté, jeudi 19 mars, un projet de délibération concernant les orientations stratégiques et les modalités de contrôle de la SEM Promosud. Photo Archives LNC / Anne-Claire Pophillat

    Une délibération visant à "clarifier les orientations stratégiques" de Promosud, ainsi que les "modalités de contrôle" de la collectivité, son principal actionnaire, a été votée lors de l’assemblée de la province jeudi 19 mars. C’est dans ce cadre que la situation de la société d’économie mixte a été évoquée.

    Si cette dernière se maintient malgré les difficultés rencontrées, c’est grâce à des évolutions menées ces dernières années, a indiqué Sonia Backès, présidente de la Maison bleue, en commission le 11 mars. "Cette situation résulte d’un assainissement de la gestion et du tri des investissements réalisés auparavant de manière contestable."

    Restructuration du portefeuille

    Une sorte de toilettage entrepris afin de répondre aux recommandations des différents rapports de la Chambre territoriale des comptes (CTC), notamment ceux rendus en 2018 et 2021. "Ils invitaient à consolider le cadre stratégique et le suivi des activités de la SEM", note la province. Un travail "important de restructuration du portefeuille", a été réalisé, indique Brieuc Frogier.

    La délibération adoptée jeudi vient simplement acter une démarche en cours. "La stratégie formalisée dans le projet de délibération correspond aux orientations déjà mises en œuvre par Promosud." Le texte fixe notamment les secteurs d’activité prioritaires dans lesquels la SEM concentre son action, en plus de ceux déjà cités (transport, tourisme, mine, etc.) : la valorisation des ressources naturelles, les déchets, ainsi que les technologies de l’information et de la communication. Cela fait également partie des missions de Promosud, développe le président du conseil d’administration, "être là, quand les investisseurs privés ne le sont pas".

    Ralentissement des nouveaux investissements

    Concrètement, Promosud "entre au capital de la société retenue et injecte de l’argent en compte courant d’associé", tout en ayant réfléchi à un plan de sortie dans les cinq à sept ans à venir environ. La conjoncture ne le facilite pas ces dernières années. La SEM a également ralenti ses nouveaux investissements. Parmi les derniers en date, la prise de participation à hauteur de 40 % au capital de la SAS Intermédias, qui édite le quotidien La Voix du caillou, et l’apport de 50 millions de francs, comme mentionné au Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie en date du 6 juin 2023. "Il y avait dans ce cas une carence d’investisseurs, et la province portait la volonté de continuer à ce que le territoire puisse avoir un quotidien papier", commente Brieuc Frogier.

    Le document adopté le 19 mars prévoit enfin la mise en conformité avec les nouvelles orientations stratégiques, le renforcement du contrôle interne, le suivi des recommandations d’audit, l’évaluation de l’impact socio-économique de ses actions et la présentation régulière d’un bilan devant l’assemblée.

    "Marriott reste sur le territoire"


    Le Méridien n'accueille plus de forces de l'ordre depuis fin 2024 et connaît aujourd'hui un taux de remplissage de 6 %.
    Aujourd'hui, le Méridien, c'est 6 % de taux de remplissage, donc ça coûte à Promosud et la SHN extrêmement cher tous les mois. Mais la volonté de la province Sud est de maintenir au maximum les emplois et d'attendre la relance. On a la chance d'avoir le Casino, qui nous permet d'équilibrer, mais cela veut dire aussi en attendant qu'on n'a plus les moyens de soutenir d'autres entreprises ou de lancer de nouveaux projets.
    Aujourd'hui, le Méridien, c'est 6 % de taux de remplissage, donc ça coûte à Promosud et la SHN extrêmement cher tous les mois. Mais la volonté de la province Sud est de maintenir au maximum les emplois et d'attendre la relance. On a la chance d'avoir le Casino, qui nous permet d'équilibrer, mais cela veut dire aussi en attendant qu'on n'a plus les moyens de soutenir d'autres entreprises ou de lancer de nouveaux projets. Photo Archives LNC / Anthony Tejero

    Brieuc Frogier l’assure : le Méridien de Nouméa est toujours un hôtel Marriott, malgré ce qu’il se dit ces derniers mois. La tension qui s'est créée avec ce partenaire résulte, selon le président du conseil d’administration de Promosud, de la nature du contrat de gestion qui lie la Société des hôtels de Nouméa (SHN) et Marriott, qui gère également le Méridien île des Pins et le Sheraton Deva, signé en 2009. "Ce contrat a mis la SHN en extrême difficulté, parce que la gestion était donnée à Mariott avec l’argent de la SHN, donc de Promosud, sans obligation de résultat pour Marriott et sans la possibilité pour la SHN de résilier le contrat si ça ne se passait pas bien."

    La SHN et Marriott sont donc en discussion "depuis plus de deux ans", affirme Brieuc Frogier, afin de "rééquilibrer la relation commerciale". Un début de solution semble avoir été trouvé. "Mariott reste sur le territoire, mais la gestion des établissements va évoluer, et donc le branding des hôtels aussi." En conséquence, le Méridien ne "sera probablement plus le Méridien". En revanche, il "restera une marque Marriott", sachant que le groupe en possède pas moins de 30.

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