- Anne-Claire Pophillat | Crée le 29.09.2026 à 05h00 | Mis à jour le 29.09.2026 à 05h00ImprimerÉvelyne André-Guidici présente son ouvrage Le Feu des immortels à une classe de seconde CAP elec du lycée Petro-Attiti dans le cadre du Festival scolaire de littérature calédonienne, le lundi 28 septembre. Photo Anne-Claire PophillatC’est au lycée Petro-Attiti que le coup d’envoi de la troisième édition du Festival scolaire de littérature calédonienne, organisé par la Maison du livre, a été donné le lundi 28 septembre. L’événement, qui se déroule pour la première fois dans les trois provinces, permet la découverte par les élèves de l’auteur des livres qu’ils étudient.
"J’ai commencé à écrire des livres jeunesse parce que mes filles ne lisaient pas, raconte Évelyne André-Guidici aux secondes CAP elec assis en face d’elle. Elles m’ont dit : écris-nous un Naruto kanak, et c’est comme ça qu’est née l’histoire d’Okaï et choda, il y a dix ans." Si l’autrice est présente le lundi 28 septembre au CDI (Centre de documentation et d’information) du lycée Petro-Attiti, qui se trouve actuellement dans les locaux voisins du collège de Rivière-Salée le temps des travaux de réhabilitation de l’établissement, c’est pour parler du Feu des immortels, que les élèves étudient avec leur professeur dans le cadre du Festival scolaire de littérature calédonienne*.
Pour sa troisième édition, l’évènement s’invite à nouveau dans les écoles, de la maternelle jusqu’au BTS, depuis le 17 septembre et jusqu’au 20 novembre, et pour la première fois, dans les trois provinces Sud (à Nouméa et Dumbéa), Nord (à Poum) et Îles (à Lifou). En tout, pas moins de 1 500 élèves vont étudier un des vingt-quatre livres calédoniens sélectionnés et rencontrer dix-neuf auteurs et illustrateurs, ainsi que sept éditeurs. La semaine dernière, des premières bac pro ont découvert Akel Waya, venu échanger autour de Le Silence de nos habitudes.
"Une connexion s’est faite"
Une expérience riche, témoigne Marie Le Bleïs, professeure documentaliste à Petro-Attiti. "L’auteur vient de Maré et il y avait des lycéens de Nengone, ce qui a permis de créer du lien. Il parlait de ses petits-enfants, qui ont le même âge, du coup, une connexion s’est faite. Il a évoqué son parcours, comment il en était arrivé à l’écriture. Les élèves ont beaucoup apprécié, à tel point qu’ils ne voulaient plus partir." Et la scène n’est pas courante, Marie Le Bleïs en a vu certains "se promener dans la cour avec le nez dans le livre d’Akel Waya. D’habitude, ils sont plutôt lecteurs de manga et de bandes dessinées, donc c’était satisfaisant de voir ça."

Évelyne André-Guidici fait partie des dix-neuf auteurs et illustrateurs à participer à la troisième édition du festival. Photo Anne-Claire PophillatEt c’est une des principales ambitions du festival, rendre concret la littérature. Bien sûr, il s’agit avant tout de "faire connaître les livres calédoniens aux jeunes, mais aussi aux enseignants, parce que cette littérature n’est pas beaucoup enseignée", explique Liliane Tauru, présidente de la Maison du livre, qui organise la manifestation. Chaque élève participant reçoit un exemplaire de l’ouvrage sélectionné par les professeurs sur lequel il travaille en classe et qu’il ramènera ensuite chez lui.
Mais c’est surtout l’occasion de côtoyer l’auteur, auquel il devient possible de s’identifier. "On ne voulait pas juste distribuer des livres, on voulait créer une rencontre avec leur contenu, puis avec la personne qui l’a créé. On fait quelque chose d’assez festif avec une cabane du livre, des animations, des spectacles, des ateliers." Et ça marche, confirme Liliane Tauru, grâce à ce contact justement. "L’expérience montre que les enfants entrent dans le livre, qui prend vie de différentes façons, posent des questions très pertinentes et s’intéressent beaucoup."
Lutter contre l’illettrisme
Cette démarche, les auteurs, éditeurs et illustrateurs calédoniens n’ont pas hésité à y adhérer, heureux de partager leurs productions, à l’image d’Évelyne André-Guidici, qui a déjà participé au festival. "L’intérêt, c’est de rencontrer son public ou de se créer un nouveau public, de montrer qu’à travers un livre, on peut vivre d’autres histoires, d’autres vies, qu’on peut peut-être mieux comprendre les gens qui nous entourent. Cela permet d’humaniser." L’occasion, aussi, de montrer l’ensemble des métiers qui composent la filière, jusqu’à l’éditeur et l’imprimeur, de voir d’où vient le papier ou encore ce que sont les droits d’auteur.

Liliane Tauru (2e en partant de la droite), présidente de la Maison du livre de Nouvelle-Calédonie, qui organise la manifestation, pour la première fois au lycée Petro-Attiti. Photo Anne-Claire PophillatPour la province Sud, qui soutient l’événement, l’opération s’inscrit dans le cadre d’une politique publique de lutte contre l’illettrisme, appuie Loïc Basset-Creugnet, 3e vice-président de la Maison bleue en charge de la culture, de la jeunesse et de l’enseignement. "On voit des situations alarmantes en cours préparatoire, avec des enfants qui savent à peine parler français, et un des remèdes, c’est la lecture. Et le goût de la lecture, ça se développe en mettant un livre dans les mains. Je crois que ça va tirer la société vers le haut."
Après une semaine à Petro-Attiti, le festival se posera ensuite au collège Jean-Fayard de Katiramona, à l’école Adrienne-Lomont de Saint-Quentin, puis à l’école Edmonde-Desbrosse à Kaméré, avant de partir pour Poum et Lifou.
Note
*Le Festival scolaire de littérature calédonienne est organisé par la Maison du livre de Nouvelle-Calédonie (MLNC), grâce au soutien de la province Sud, de la Mission aux affaires culturelles, de la Ville de Nouméa, ainsi que des provinces Nord et Îles.
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