France
  • Laurence Benhamou/AFP | Crée le 15.09.2018 à 04h25 | Mis à jour le 15.09.2018 à 04h25
    Imprimer
    Emmanuel Macron et Michèle Audin, fille de Josette Audin, la veuve de Maurice.Photo AFP
    Politique. Emmanuel Macron a franchi un nouveau pas dans le travail de mémoire, jeudi, en demandant pardon à la veuve de Maurice Audin, 61 ans après la mort sous la torture de ce militant communiste victime « du système institué alors en Algérie par la France ».

    Le chef de l’Etat s’est déplacé au domicile de Josette Audin, 87 ans, pour lui remettre publiquement une déclaration reconnaissant que la disparition à l’âge de 25 ans de Maurice Audin, père de trois enfants, avait été « rendue possible par un système dont les gouvernements successifs ont permis le développement ».

    Par ce document, le président « reconnaît, au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté, ou torturé à mort […] Il reconnaît aussi que si sa mort est, en dernier ressort, le fait de quelques-uns, elle a néanmoins été rendue possible par un système légalement institué : le système “arrestation-détention??, mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période ».


    « Une avancée »

    « C’est à moi de vous demander pardon », a dit le président à Mme Audin lorsque celle-ci a voulu le remercier pour cette déclaration faite dans son appartement de Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Emmanuel Macron, pour qui « la République ne saurait minimiser ni excuser les crimes et atrocités commis de part et d’autre » pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), a également annoncé l’ouverture des archives sur le sujet des disparus civils et militaires, français et algériens.

    Le ministre algérien des Moudjahidine (anciens combattants), Tayeb Zitouni, a déclaré à la télévision privée Ennahar TV que la décision du président Emmanuel « Macron concernant la reconnaissance par la France de l’assassinat de Maurice Audin est une avancée ». Ces crimes « ne peuvent être niés que par un oublieux et un ignorant de l’Histoire », a encore estimé M. Zitouni, assurant que « le dossier de la mémoire entre la France et l’Algérie » serait « traité avec sagesse par les deux pays ».


    Un ordre de Massu

    Le 11 juin 1957, en pleine bataille d’Alger, Maurice Audin, un assistant de mathématiques à la faculté d’Alger et membre du Parti communiste algérien, suspecté d’aider le FLN, était arrêté, probablement par des parachutistes du général Jacques Massu. Sa trace se perd dix jours plus tard. L’explication officielle donnée à sa disparition - « évasion au cours d’un transfert » - n’a jamais convaincu ses proches, qui devront attendre jusqu’en 2013 l’ouverture des archives de l’affaire. Dans La vérité sur la mort de Maurice Audin, paru en janvier 2014, le journaliste Jean-Charles Deniau concluait que Maurice Audin avait été tué par un sous-officier français sur ordre du général Massu.

    « La France est grande quand elle affronte sereinement tout son passé », a estimé le député PS Boris Vallaud.

    Mais pour le président du groupe LR au Sénat Bruno Retailleau, si « il ne faut jamais craindre la vérité, […] il ne faut pas instrumentaliser l’histoire, ce qui est souvent un sport national français, pour se battre la coulpe à perpétuité. » « Macron commet un acte de division, en pensant flatter les communistes », s’est indignée pour sa part Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national (RN, ex FN)

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS