France
  • | Crée le 17.06.2019 à 04h47 | Mis à jour le 17.06.2019 à 10h48
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    Sur cette photo d’archives prise le 17 juin 1939, une foule attend l’exécution publique d’Eugen Weidmann. Photo AFP
    HISTOIRE. Le 17 juin 1939, à Versailles, Eugen Weidmann est guillotiné devant une foule réunie comme pour un spectacle. Les débordements sont tels que la France décidera de ne plus procéder à des exécutions en public.

    Eugen Weidmann, un Allemand de 31 ans au lourd casier judiciaire dans son pays natal, est condamné à mort pour six assassinats commis en France avec trois complices. Ils avaient enlevé une danseuse américaine venue à Paris visiter l’Exposition universelle de 1937, un chauffeur ou encore un imprésario, avant de les tuer pour les détrousser, parfois pour des sommes dérisoires. Un complice, Roger Million, également condamné à la peine capitale, est gracié par le président de la République Albert Lebrun. Mais Weidmann, reconnu comme auteur principal des crimes, n’est pas épargné.

    Son exécution va se dérouler devant les portes de la prison Saint-Pierre, dans le centre de Versailles.

    Une foule s’est rassemblée, les uns dans l’espoir d’être aux premières loges, les autres pour dénoncer un spectacle qu’ils jugent indigne d’une société civilisée.

    Plusieurs dizaines de personnes entourent la guillotine dressée sur le trottoir, le reste des badauds sont contenus plus loin.

    D’ordinaire, les exécutions se déroulent avant le lever du jour. Mais les préparatifs ont pris du retard et lorsque Eugen Weidmann, les mains liées dans le dos, chemise blanche échancrée pour dégager le cou, est mené à la guillotine, le soleil est déjà haut dans le ciel.

    Mouchoirs trempés dans le sang

    La lumière permet aux reporters de prendre des photos et même de filmer : c’est la plus grande série d’images d’une exécution jamais réalisée.

    Dans l’assistance se trouve le Britannique Christopher Lee, qui incarnera Dracula au cinéma. Alors âgé de 17 ans, le futur acteur a été amené par un journaliste ami de sa famille, sans savoir ce qui l’attend. Il décrit dans son autobiographie la « puissante vague de hurlements et de cris perçants » qui s’élève de la foule à l’arrivée du condamné.

    Lui-même n’a pas pu regarder l’exécution. « J’ai tourné la tête, mais j’ai entendu », racontait-il en 1998, dans un français parfait, au micro de France Culture, en imitant le bruit du couperet qui tombe.

    Après la mise à mort, il décrit dans son livre, Le seigneur du désordre, les spectateurs qui « s’étaient rués vers le cadavre en poussant des cris horribles. Certains n’avaient pas hésité à tremper mouchoirs et foulards dans le sang répandu sur le pavé, en guise de souvenir ». Un autre témoin, Marcel, 15 ans à l’époque, racontait les mêmes scènes en 2001. Puis « la guillotine était vite démontée, le trottoir rapidement lavé à grandes eaux », et la vie reprenait son cours « avec le passage du premier tramway et la réouverture des deux cafés voisins ».

    Mais les comportements des journalistes et de la foule provoquent un vif émoi au sommet de l’Etat. D’autant que les images qui ont circulé jusqu’à l’étranger donnent une image peu reluisante de la France, et que le caractère public des exécutions est contesté depuis plusieurs décennies.

    Une semaine après les incidents, est promulgué le décret du 24 juin 1939. Il stipule que « l’exécution se fera dans l’enceinte de l’établissement pénitentiaire » et que seulement quelques personnes (magistrats, avocats, policiers, ministre du culte, médecin) seront autorisées à y assister. Jusqu’à l’abolition de la peine de mort en 1981, la guillotine ne fonctionnera plus que dans des cours de prison, recouverte d’un dais noir.

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