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  • Julie Jammot/AFP | Crée le 07.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 07.06.2019 à 10h44
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    Lévan Sardjevéladzé, président du syndicat national du jeu vidéo, présente le « Pégase ». Photo AFP
    SOCIÉTÉ. Le cinéma a ses César, la musique ses Victoires, les jeux vidéo auront désormais leurs Pégases. De quoi valoriser des studios français très créatifs.

    Le syndicat national du jeu vidéo (SNJV) a fièrement dévoilé mercredi le Pégase, une fine statuette représentant un cheval ailé, en bronze plaqué or, sur un socle noir.

    Chaque année, l’Académie des arts et techniques du jeu vidéo, nouvellement créée, remettra une vingtaine de ces trophées sur le modèle des César.

    « Le jeu vidéo est aujourd’hui la première industrie nationale culturelle, devant le livre et le cinéma », indique Lévan Sardjevéladzé, président du SNJV, qui rappelle que les studios sont peu connus du grand public alors que « 74 % des Français jouent occasionnellement ».

    L’industrie du jeu vidéo pèse 110 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel dans le monde, selon le centre de réflexion Idate. Avec près de 5 milliards d’euros, « la France c’est 5 % du marché mondial, mais c’est un millier d’acteurs économiques, dont 500 studios de production », remarque Julien Villedieu, délégué général du SNJV.

    Les meilleurs

    « C’est faux de dire que les jeunes ne jouent qu’à Fortnite et à Fifa », assure Lévan Sardjevéladzé, citant des succès comme Life Is Strange, du studio français Dontnod. « Au-delà des chiffres, c’est une partie de la culture et des modes d’expression de la France de demain. Le jeu vidéo sera au XXIe siècle ce que le cinéma a été au XXe », prédit-il.

    Les Pégases récompenseront notamment le meilleur jeu, le meilleur jeu indépendant, le meilleur jeu mobile, le meilleur univers sonore, le meilleur personnage, le meilleur e-sportif (ou équipe), ou encore le meilleur jeu étranger. Ils seront choisis par des professionnels.

    Les détails de la cérémonie télévisée, prévue au premier trimestre 2020, restent à définir. « Nous, l’entertainement (le divertissement NDLR), on sait faire. En revanche, notre capacité à faire quelque chose d’un peu classique, c’est-à-dire intemporel, il faut encore qu’on le démontre », souligne Lévan Sardjevéladzé, citant en exemple les Bafta anglais, qui récompensent le cinéma et les jeux vidéo.

    Exception culturelle

    Mais les studios cherchent aussi des sources de financement.

    « C’est très compliqué pour les petites entreprises d’avoir le soutien de fonds d’investissement, ils vont plus facilement dans le cinéma ou dans la tech, explique Laurent Michaud, directeur d’études de l’Idate. Donc, il faut leur montrer que c’est une industrie mature. »

    Et qui est en plein bouleversement car le jeu sur mobile croît très rapidement. Les grands studios doivent produire des succès commerciaux parfois aussi chers que des grandes productions de cinéma. Le « cloud gaming » (jeu qui passe par des serveurs à distance, sans utiliser une console ni même télécharger une application) arrive à grands pas, porté par Google et la plateforme Stadia prévue cette année.

    « Il faut rester dans la course. La France est de ceux qui créent le plus, mais nous n’avons pas de garantie pour les vingt ans à venir si on n’assure pas l’arrivée d’argent », note M. Michaud.

    Il appelle aussi de ses vœux des financements nationaux comme ceux des films, au titre de l’exception culturelle. Tout est bon pour que « la France ne devienne l’Italie ou l’Allemagne du cinéma ».

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