Grand Nouméa
  • Anthony Tejero | Crée le 04.05.2018 à 05h23 | Mis à jour le 04.05.2018 à 06h50
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    Eliane Boche vend avec ses parents près d’un millier de milk-shakes par semaine, sept jours sur sept. Photo A.T.
    PORTRAIT. Depuis 1969, les Calédoniens s’arrachent les milk-shakes de la ferme de Saint-Louis. Si derrière le comptoir, les fondateurs s’affairent toujours autant, c’est désormais leur fille Eliane qui gère cette institution.

    Ils ont vu des générations entières de Calédoniens défiler dans leur boutique. Et grâce à la relève, ce n’est près de s’arrêter. Infatigables, James Boche et Angèle Amabili, 77 ans, préparent et servent inlassablement les milk-shakes de la ferme de Saint-Louis, depuis bientôt cinquante ans. Mais désormais, c’est leur fille Eliane qui est à la tête de cette petite entreprise familiale où passion et dur labeur règnent en maître. Un amour du travail chevillé au corps qui permet de profiter de leurs produits artisanaux, sept jours sur sept, tout au long de l’année. « On est toujours là. On a ça dans les tripes. Il faut vraiment être né dedans pour comprendre une telle implication, glisse, entre deux clients, cette Mondorienne de 43 ans, qui ne s’octroie « même pas trois week-ends » par an. Mes plus beaux souvenirs sont à la ferme. Comme je n’avais pas de frère et sœur, les animaux étaient ma compagnie. J’ai élevé mes propres chevaux… On faisait la traite des bêtes à côté de la boutique. C’était vraiment sympa. »

    Mas c’était sans compter sur ce jour de 1992 où tout bascule. La ferme est incendiée et la famille perd tout, à l’exception de ses vaches. De ce passé, il ne reste aujourd’hui que quelques ruines et le panneau géant représentant la mission de Saint-Louis à l’époque, qui trône dans la boutique déplacée à Saint-Michel en 1993. « Toute notre vie, c’est sur cette photo. Il n’y a rien d’autre à dire », confie Eliane, qui ne tient pas à ressasser le passé. C’est sans doute la raison qui a poussé la jeune femme, après l’incident, à prendre le large dès sa majorité. « Je n’avais encore jamais lâché mes parents et j’ai eu ma période rebelle, sourit, un brin nostalgique, la commerçante. J’ai écumé les petits boulots pendant six ans. Cela m’a permis de prendre du recul. Je mangeais du pain avec du Maggi dans un appartement qui ne ressemblait à rien, mais j’étais libre. Aujourd’hui, je suis attachée à mon travail dans tous les sens du terme. » Car chassez le naturel, il revient au galop. A l’âge de 26 ans, un retour aux sources s’impose.

     

    « Un gros sacrifice »

    Éliane entend de nouveau donner la main à ses parents qui lui confient alors la gestion du commerce. « Je suis revenue par instinct. Travailler avec les bêtes, c’est ce que je sais faire de mieux, même si je savais que ce serait un gros sacrifice. » Sa mission : perpétuer le savoir-faire familial, malgré l’adversité. « Ce qu’il s’est passé avec l’ancienne ferme m’a clairement donné la rage et l’envie de m’acharner au travail. Mais avec le temps, je me dis que c’est peut-être un mal pour un bien. Il faut aller de l’avant. » Et pour ce faire, cette Mondorienne est à bonne école : « Mes parents ont une ténacité incroyable, ils ont vraiment beaucoup de mérite. Quand je les vois toujours là, je ne sais pas si je leur arriverai un jour à la cheville et d’un autre côté, je me demande si je veux avoir la même vie ? A 43 ans, je me pose toujours la question… »

    Eliane sait bien qu’elle ne pourra pas éternellement compter sur eux. « Malgré leur âge, ils ne se voient pas ailleurs qu’à la ferme. Mais le jour où ils arrêteront, je n’aurai pas d’autre choix que de me faire aider. Et j’aurai sans doute une autre vision : on pourrait fermer un jour par semaine. Je pense que les gens comprendraient ! » Tant que cela ne tombe pas le week-end, lorsque les clients font parfois la file indienne dehors pour commander leurs fameux milk-shakes maison… « C’est ce petit côté artisanal qui nous plaît. On est fiers de notre travail parce qu’on est devenu une institution, un passage obligé pour les automobilistes, se réjouit sans prétention la fermière. Depuis tout ce temps, les gens nous suivent et c’est ce qui nous touche. Cela fait des décennies qu’ils voient les mêmes personnes au comptoir. On est un peu comme une grande famille. »

    Savoir +

    La ferme de Saint-Louis, à Saint-Michel (face au lycée) vend milk-shakes, yaourts, œufs frais et produits artisanaux, du lundi au dimanche, de 9 heures à 19 heures (horaires variables). Contact : 43 54 82.

     

    Bio express

    1974 :

    Naissance à Nouméa.

    1985-1987 :

    Séjour en Picardie dans un pensionnat de sœurs.

    1993 :

    Diplômée d’un CAP agricole à la chambre d’agriculture de Nouméa.

    2000 :

    Reprise de la ferme familiale.

    2006 :

    Naissance de sa fille Romane.

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