Grand Nouméa
  • Anthony Tejero / anthony.tejero@lnc.nc | Crée le 18.01.2018 à 07h02 | Mis à jour le 18.01.2018 à 09h24
    Imprimer
    La décision du gouvernement indique que la portion de contournement étudiée portera sur un tronçon devant relier le giratoire du lycée, à Saint-Michel, au virage de la Roche-Liane, à l’entrée de La Coulée. Photo A.T
    Mont-Dore. Pour la première fois, le sujet se concrétise. Le gouvernement vient d’accorder un budget à la province afin de financer une étude en vue de réaliser un axe de contournement de la RP1. Des alternatives seront néanmoins passées au crible.

    Voilà une annonce qui pourrait (re)donner le sourire à bon nombre d’habitants du Sud. Le gouvernement vient de débloquer une enveloppe de 50 millions de francs afin de lancer une étude préalable à la mise en place de solutions alternatives à la circulation sur la RP1. Au premier rang de ces options : la réalisation d’une nouvelle voie de contournement du secteur de Saint- Louis, entre Saint-Michel et La Coulée, soit une portion d’environ six kilomètres. Les exactions en série à hauteur de la tribu et la pression exercée par les collectifs de riverains ont-elles accéléré les décisions ? Toujours est-il que c’est la première fois que les annonces sont suivies d’effets dans ce dossier qui jusque-là faisait figure de serpent de mer.

    Viaduc, Téléphérique…
    « Le prestataire a déjà été trouvé et l’étude va pouvoir démarrer, confirme Bertille Jouan-Ligné, directrice de l’équipement à la province Sud. C’est un dossier compliqué qui sera analysé de façon vraiment large. Il ne s’arrêtera pas uniquement à la solution routière. Les cabinets en charge de ce travail vont étudier différents scénarios pour trouver les meilleures solutions en termes d’aménagement de l’espace, de budget et d’optimisation du trafic. » Construction d’une route au bord de l’eau ou à flanc de montagne, création d’un viaduc au-dessus de la mer, élargissement de l’axe existant, renforcement des futures navettes maritimes… Toutes les alternatives seront passées au crible. Y compris la mise en place d’un transport en commun par câble via des téléphériques de La Coulée jusqu’à Nouméa. Le rendu final de ce document, hiérarchisant les différents scénarios en fonction de leur pertinence, doit être remis à la province Sud en juillet. Restera ensuite à trancher parmi ces alternatives qui présentent toutes leur lot d’inconvénients. « Nous avons déjà les contraintes environnementales. Si on veut construire au bord de la mer, c’est sur une zone de mangrove qui est intéressante. Si l’on s’oriente côté montagne, il y a également de la végétation et notamment de la forêt, détaille Bertille Jouan-Ligné. Nous avons aussi des contraintes sociales. L’accès à la mer est important pour les populations qui vivent de la pêche et aujourd’hui, aucun riverain ne veut d’une route sur le littoral. Sans oublier les contraintes d’ordre technique et économique. » Quelle que soit l’issue de cette étude, sans surprise, cette décision du gouvernement est une « satisfaction » pour le maire Éric Gay. « Je suis optimiste car c’est la première fois que ce dossier aboutit. Auparavant, des esquisses avaient été menées, mais les études n’étaient jamais menées à bout, faute de budget », explique le premier édile, qui n’aime pas le terme de contournement » de Saint-Louis.

    « Apporter un nouveau souffle au sud »
    « Bien sûr, il y a l’aspect sécuritaire de la RP1, mais il faut voir ce nouvel axe comme un projet de développement économique et touristique de tout le sud du Mont-Dore. On ne va pas se cacher que les incidents de Saint-Louis ont fait chuter la valeur de l’immobilier. Cet axe apporterait un nouveau souffle à cette partie de la commune. » Pour le maire, ce projet serait également un moyen de modifier la donne du dynamisme de l’agglomération. « Le Grand Nouméa s’est trop vite développé vers le nord, à Dumbéa et à Païta. On voit aujourd’hui les limites de cette évolution, estime Éric Gay. Une nouvelle route permettrait un meilleur équilibre dans l’agglomération. Il y a encore beaucoup de foncier dans la partie sud du Mont-Dore. » Mais encore faut-il qu’un tel chantier, s’il se réalisait, se fasse en concertation avec l’ensemble des acteurs de la zone. « Nous devons intégrer les habitants de la tribu à ces réflexions. Il ne faudrait pas se lancer contre leur gré, notamment sur le plan environnemental et paysager », avertit le maire, qui connaît trop bien le tempérament de ses concitoyens.

     

    Quelle image avez-vous d'un itinéraire de substitution à la RP1?

    Laëtitia, 40 ans de Plum
    « Il faut faire quelque chose, c’est nécessaire car on est vraiment pénalisés. On n’ose plus bouger le soir, on tourne en rond dans le Mont-Dore sud. On n’est même pas allés voir le feu d’artifice et les illuminations de Noël. Je pense qu’un système de ferry-boat où l’on peut transporter les voitures serait une bonne idée et coûterait moins cher que de construire un nouvel axe. Sinon, il faudrait un pont, car construire des remblais sur la mer, ce n’est pas top ! »

    Samantha, 27 ans du Vallon-Dore
    « Ce genre de projet, on en entend parler depuis des années, mais rien ne se fait… Le mieux serait de construire une nouvelle route. Je pense à un grand pont qui partirait de la Corniche et irait jusqu’à Tina. Je prends la RP1 tous les jours et au moindre problème, cela bouchonne. Elle n’est plus adaptée. Le pont serait également mieux pour les habitants de Saint-Louis, car c’est dangereux pour les habitants de la tribu aussi d’être au bord d’une telle route. »

    Pascal, 45 ans de Vao
    « C’est bien pour la sécurité des automobilistes. J’habite désormais dans le Grand Sud. Déjà qu’on est loin, c’est difficile d’être bloqués juste parce qu’on a dû aller à Nouméa faire des courses ou des papiers. Une route au bord de la mer, ce serait bon : il y aurait un beau paysage et ça changerait des balles dans la carrosserie ! J’ai de la famille à Saint-Louis et je sais qu’il y en aura toujours un pour mettre le bazar. Tout ça dépend du gouvernement maintenant. »

    Najibé, 42 ans d’Auteuil
    « C’est vraiment devenu problématique la RP1. Il faudrait une deuxième route, soit par la mer, soit par la montagne, pour que je ne sois pas obligée d’aller travailler à La Coulée avec mes affaires dans le coffre en cas de blocage ou de devoir carrément prendre des navettes maritimes. Et quand on traverse, on ne sait jamais si on va en sortir indemne. Personnellement, je n’ai pas peur. Mais c’est toujours stressant lorsque j’ai les enfants avec moi dans la voiture. »

    Un milliard d'ici 2021

    Dans le cadre du contrat de développement Etat-Intercollectivités 2017-2021, le gouvernement a fixé sa participation financière afin de réaliser un boulevard à deux voies au départ de la RP1, entre le carrefour giratoire du lycée du Mont-Dore et le virage de la Roche-Liane. Le coût des études de faisabilité et de la première phase des travaux (qui ne concernera donc que le début du chantier global), est estimé à un milliard de francs. Un montant financé à 30 % par la Nouvelle-Calédonie, à 60 % par la province Sud, qui est maître d’ouvrage, et à 10 % par l’État. La première phase de l’opération, de 50 millions de francs, consiste à réaliser cette étude.

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS