- Baptiste Gouret | Crée le 15.03.2026 à 13h37 | Mis à jour le 15.03.2026 à 14h17ImprimerLe bureau de vote de La Coulée, au Mont-Dore, a connu une forte affluence en milieu de matinée, ce dimanche 15 mars. Photo Baptiste GouretLa nouvelle équipe municipale sera-t-elle en mesure de faire oublier les violences qui ont marqué la commune du Mont-Dore en 2024 et continuent de diviser ses habitants ? À la sortie des bureaux de vote, les électeurs interrogés en doutent, conscients des pouvoirs limités d’un maire face à une fracture encore trop profonde.
Faire renaître le fameux "vivre-ensemble" et parvenir à réconcilier les communautés. Les listes candidates ont été nombreuses à porter cette ambition programmatique, au Mont-Dore. Mais peuvent-elles seulement y parvenir ? La commune a été le théâtre d’un long affrontement entre forces de l’ordre et militants indépendantistes à Saint-Louis, et demeure encore profondément marquée par ces mois de violence et de tensions.
Près de deux ans après, la peur a bien souvent laissé place au ressentiment. "C’est allé beaucoup trop loin", juge aujourd’hui Brigitte. La résidente du Vallon-Dore en veut encore beaucoup aux habitants de Saint-Louis, responsable à ses yeux de mois d’inquiétude et d’une entrave persistante à sa liberté de circuler. "On se fait encore caillasser régulièrement", affirme-t-elle, à la sortie de son bureau de vote installé dans l’école élémentaire Les Dauphins, à deux pas de chez elle.

À l’entrée du groupe scolaire Saint-Michel, au Mont-Dore. Photo Baptiste GouretDans ce climat de défiance permanent, les promesses de certains candidats sur la réconciliation percent difficilement chez les électeurs. "Qu’on ne vienne plus me parler de vivre-ensemble, je n’y crois plus du tout", lâche Brigitte, "fatiguée" après "35 ans" de vie dans la commune, rythmés par "une route bloquée pour un oui ou pour un non".
Un maire "sans grande influence"
D’autres tentent d’échapper à cette rancœur tenace, mais n’en sont pas moins résignés. "On aimerait y croire, mais les gens s’en veulent profondément", regrette Arlette, 73 ans. Elle s’est installée avec son mari il y a 45 ans dans le quartier de Saint-Michel et a observé une dégradation progressive des relations entre la population mélanésienne et européenne, qui a atteint son paroxysme en mai 2024. "Une haine de l’autre s’est développée", constate Arlette, qui évoque des torts partagés. "Certains disent qu’ils ne veulent plus mettre un pied en tribu ou dans les îles, d’autres à l’inverse ne veulent plus nous recevoir", témoigne l’ancienne infirmière libérale, nostalgique d’un temps "où nos différences de culture et de façon de vivre ne posaient aucun problème" et qui lui semble désormais révolu. "On s’ignore, on ne partage plus rien et c’est triste."

Gaspard, ancien enseignant à Saint-Michel, lors de son vote ce dimanche 15 mars au premier tour des élections municipales au Mont-Dore. Photo Baptiste GouretQue peut faire un maire face à un tel constat ? "Je ne pense pas qu’il puisse avoir une grande influence pour gommer ces divisions", estime Mélissa, venue déposer son bulletin dans l’urne en milieu de matinée, à son bureau de vote du groupe scolaire de Saint-Michel. Le premier édile et son équipe municipale disposent pourtant du budget et des compétences pour animer la commune, organiser des évènements et rassembler la population. Pas suffisant, pour Mélissa. "Tant que les problèmes sociaux n’auront pas été réglés, rien ne changera." "Il y a eu des tentatives des précédents maires pour apaiser les choses, mais ça ne dépend pas vraiment d’eux", abonde Gaspard.
Ne pas compter sur la politique
À La Coulée, Philippe, 40 ans, s’apprête à quitter l’école La Rizière pour rentrer chez lui, à l’île Ouen. "On a pris la navette ce matin", indique-t-il. Depuis la fermeture contestée de leur bureau de vote, installé à Ouara, les électeurs de l’île Ouen doivent désormais se rendre sur la Grande Terre. La famille de Philippe s’est arrêtée au groupe scolaire de Plum pour voter, "mais moi j’étais encore inscrit à La Coulée", où il a vécu un temps. Le relatif isolement de l’île Ouen ne l’empêche pas de constater une commune dans laquelle "les tensions sont encore vives", malgré un "calme retrouvé".
Il n’abandonne cependant pas l’idée d’une réconciliation. "C’est possible, mais au niveau des gens, sans compter forcément sur la politique", pense Philippe. La radicalité sur laquelle surferait une partie de la classe politique locale est en partie responsable de la situation, juge-t-il. Le Mont-Dore échappe encore moins que les autres à la règle. "Même s’il y a des candidats qui se montrent assez ouverts", note le quadragénaire. Pourront-ils, en cas de victoire, changer quelque chose à cette rancœur devenue pour beaucoup indépassable au Mont-Dore ? "C’est possible. En tout cas, ça fait partie de la fonction."
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