Grand Nouméa
  • Joanna Jullien | Crée le 06.02.2019 à 05h29 | Mis à jour le 06.02.2019 à 07h26
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    Les anciennes tuiles du Château Royal servent aujourd’hui à Shaïd Gach dans ses créations végétales. Photos J.J.
    MONT-DORE. Potagers, fleuris, endémiques... les jardins du Grand Nouméa et leurs créateurs vous accueillent. A La Coulée, Shaïd Gach fusionne création et jardinage, depuis plus de vingt ans.

    « J’ai rencontré des tas de gens qui m’ont donné des idées et envie de m’y mettre. Ils m’ont fait apprécier des matériaux comme le vieux bois. Avant, j’étais un peu naïf, j’achetais tout neuf. Mais les pots coûtent tellement cher. Au final, toute la beauté vient du naturel. »

    Dans les années 80, Shaïd Gach a acheté une maison et un terrain de 20 ares à l’abandon au fond de La Coulée. Le lieu n’a aujourd’hui plus rien à voir. Colorée et ouverte, l’habitation est lovée dans une végétation luxuriante qui a remplacé l’ancien jardin et sa petite pelouse rase trop sage. Deux terrasses où se côtoient théières et objets divers remplis de tous types de plantes, l’entourent aujourd’hui. Des espaces à l’image de leur créateur, débordants de vie et d’envies, et nourris par de nombreux voyages. « Plein de choses me viennent comme ça. Parfois, je me dis que j’ai comme un don pour la création. »

    D’une pelouse triste en pente, Shaïd a fait naître une “jungle” design aux arbres immenses et au mobilier fait main.

     

    Pour Shaïd, tout est bon pour héberger ses folies végétales. A l’avant, le jardin de décoration où s’épanouissent broméliacées, patchoulis, fougères.... accueille une cuisine extérieure, équipée de gouttières d’aromates, et un coin du pêcheur aux plantes suspendues où le jardinier prépare sa seconde passion. De l’autre côté de la maison aux influences multiples, une chaise en bois permet de se reposer à côté d’un mur de plantes grasses, pendant que les racines des bonsaïs s’échappent à l’envi des woks patinés qui leur servent de lit. « Les plantes s’y adaptent à merveille, et ça a beaucoup plus de charme. » Des objets du quotidien, trouvés pour beaucoup à la Foire aux affaires du Pont-des-Français.

    Le poulpe et le pêcheur

    A l’entrée, près de la cuisine extérieure équipée de gouttières à aromates, le coin du pêcheur et ses pots de fleurs variés.

     

    En contrebas de la maison, le deuxième jardin est une véritable jungle design, où cohabitent palmiers royaux multipliés, arbres fruitiers, taro, etc., et mobilier déco en matériaux de récupération. Parmi eux, des pépites, comme les belles tuiles bleues de l’ancien Château Royal, que Shaïd utilise aujourd’hui un peu partout dans son jardin, au fil de ses idées. « Leur couleur est magnifique. Il y en avait un plein terrain et ils voulaient les passer dans le remblai », raconte-t-il, scandalisé face à si peu de considération. Elles ont trouvé une seconde vie autour de son potager « autosuffisant » situé devant son garage, « là où il y avait le plus de soleil ». Radis, épinards malgaches, salades, chou kanak, etc. y poussent en liberté. « Il y a toujours quelque chose du jardin sur la table. »

    A l’extérieur de la propriété, le potager, et sa touche déco, fournit à la famille salades, épinards de Madagascar, radis, etc.

     

    La récup, une occupation qu’il pratique avec son ami Eric, qui réside aussi à La Coulée, et dont le jardin, garni de cheveux d’anges en cascades, le fascine. Des amis avec qui Shaïd échange des plantes, comme des conseils. Entrepreneur dans le bâtiment avec sa société Eclats du Sud, il se fournit aussi chez ses clients, qui lui offrent bien volontiers une bouture qu’il aura repérée de son œil avisé. Un regard qui l’aide aujourd’hui à trouver des bonsaïs, plantes qu’il affectionne pour la patience et la minutie qu’elles requièrent, dans la nature, ou à se débarrasser des escargots. « C’est comme le poulpe avec le pêcheur, il faut avoir le coup d’œil. »

     

    Les trois conseils du jardinier

    1. Créez

    « Récupérez tout ce que vous pouvez, fûts, jantes, vaisselle, ça peut toujours servir. Une fois j’ai eu l’idée d’utiliser une gouttière. C’est très facile à faire, et comme je les suspends, je n’ai plus de problèmes avec les escargots. En plus, ça peut suffire pour se nourrir. Et surtout mettez de la couleur, ça rend les gens heureux. Le problème, c’est qu’on ne peut plus récupérer dans les déchetteries. »

    2. Transformez

    « Pour nourrir mes bananiers, j’utilise un mélange de fiente de poules et d’eau. Mais attention, il faut bien diluer pour que ça ne soit pas trop fort. Et comme ça, ça me nettoie le poulailler. Les cocos qui servent à nourrir mes poules, une fois vides, je les mets au pied des plantes car c’est bon pour elles aussi. »

    3. Entretenez

    « Il ne faut pas se laisser envahir et toujours avoir le coup d’œil », conseille Shaïd. « Mon père est au jardin tous les matins et tous les soirs. Le temps qu’on s’occupe d’un projet, c’est déjà la jungle de l’autre côté. Avec l’âge, il a quelques aléas de santé, et jardiner est une excellente rééducation, ça lui permet de rester actif », confie sa fille Malika.

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