Grand Nouméa
  • Clémentine Guenot / clementine.guenot@lnc.nc | Crée le 20.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 20.06.2019 à 09h45
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    « Si les ports n’étaient pas saturés, il n’y aurait pas autant de bateaux au mouillage », affirme Philippe. Photo C.G.
    SOCIÉTÉ. Pointés du doigt par l’opinion publique après la polémique autour des requins, les habitants des mouillages de la petite rade s’expriment à propos de leurs habitudes de vie sur l’eau.

    L’incompréhension et la colère se lisent dans les yeux d’Anne-Claire qui vit sur son voilier, dans la zone de mouillage de Moselle, depuis trois ans. « S’il y a bien des gens qui sont sensibilisés aux questions de pollution, c’est nous ! », s’emporte-t-elle. Cet avis, qu’ils sont nombreux à exprimer, vient en réaction aux discours de l’opinion publique, en pleine polémique sur la présence de squales dans les eaux de Nouméa, qui incriminent les pollutions rejetées par les habitants des bateaux ancrés hors des marinas. « On nous jette la pierre, alors que les gens ne savent pas comment l’on vit », explique-t-elle.

    Jeudi 13 juin, le gouvernement a interdit aux bateaux de s’ancrer, la nuit, baie des Citrons « pour des raisons de sécurité ». Une décision encouragée par les responsables de la province Sud et de la ville, qui concerne moins d’une dizaine d’embarcations. La mairie craint « une densification des mouillages et le rejet de macrodéchets comme des carcasses de poulet ». « C’est du pipeau », lance Philippe, qui vit baie de la Moselle depuis près de vingt ans. Il ne croit pas que « les pelures de pommes de terre ou la matière fécale » soient à l’origine « du changement de comportement des requins ».

    Certains plaisanciers ont même arrêté de déverser « le jus des boîtes de thon dans l’eau », affirme Anne-Claire. Même son de cloche sur le bateau de Miriam, situé à deux jets de pierre du club de va’a. « On compare une goutte d’eau de la pollution produite au mouillage, par rapport à l’océan de celle qui vient de la ville, c’est ridicule », lâche-t-elle.

    Porter le chapeau, oui, mais pas tout seuls

    Pour justifier son propos, elle précise que tous les produits qu’elle utilise pour le ménage ou la vaisselle sont les plus propres possibles. Produits biodégradables ou vinaigre blanc, rien de plus. Car elle sait que son mode de vie la conduit à tout rejeter dans l’océan.

    « Je veux bien admettre que notre mode de vie attire les animaux, et on veut bien porter le chapeau, mais on n’est pas les seuls à produire des déchets », rappelle Anne-Claire. « Le marché, les bateaux de croisière, les résidus d’égouts qui se déversent au port Moselle, en baie des Citrons et à l’anse Vata, les pêcheurs qui rincent les bateaux au port, les particuliers qui pique-niquent sur la plage et abandonnent leurs restes, et ceux qui continuent d’attirer les requins avec des têtes de poisson… » C’est avec toutes ces activités qu’elle veut endosser la responsabilité d’attirer les squales.

    Le gestionnaire du marché de Moselle a rappelé aux commerçants (particulièrement aux poissonniers), les règles en matière de rebuts. Interdiction formelle de « rejeter à la mer tout déchet de poisson et résidus de glace », sous peine d’être immédiatement et définitivement exclu du marché. Les eaux de poissonnerie, elles, sont collectées et rejoignent la station d’épuration James-Cook.

    Pour ce qui est des rejets par les buses de Moselle ou de la baie des Citrons, « la situation est en nette amélioration, assure Philippe Jusiak, responsable du pôle aménagement de la mairie, mais il y a encore des rejets d’eaux prétraitées dans la mer, surtout par temps de pluie ».


    Eaux grises, eaux noires, pas de réglementation

    Les habitants de la baie de l’Orphelinat ont été touchés par l’accident qui s’est produit port du Sud. Photo Thierry Perron

     

    La gestion des déchets, « c’est du bon sens », martèle Sébastien Fellman, directeur des ports de la Sodemo. Il faut entendre par là qu’il est de la responsabilité de chacun de les prendre en charge, car ils ont « un impact environnemental » qui affecte tout le monde. D’ailleurs, en matière de réglementation, rien n’oblige les plaisanciers à vidanger leurs eaux usées. Et faute de réglementation et d’infrastructures, les eaux grises et les eaux noires finissent dans le port.

    Minimiser le risque

    Des pollutions « qui rendent l’eau plus sale et potentiellement plus attractive pour les requins », souligne Paul Chabre, plongeur indépendant. « Il y aura toujours des requins dans le port, mais si l’eau est propre, on minimise le risque », ajoute-t-il.

    Mais avant que la qualité de l’eau dans la petite rade et sur le littoral s’améliore, il faudra attendre la fin des travaux d’assainissement de la ville prévus encore sur dix, voire quinze ans. Il est également nécessaire de réglementer et d’aménager des infrastructures pour collecter les eaux usées des bateaux (lire par ailleurs). Des contrôles accrus sont également de mise pour s’assurer du respect des règles en matière d’environnement.


    30 %

    C’est le chiffre estimé des bateaux habités, mouillés en petite rade. Cela représente 105 embarcations sur les 350 navires des zones de mouillage de Nouville, Moselle et Orphelinat. Le Port autonome attend les résultats plus précis d’une enquête qu’il a diligentée à ce propos.

    Pavillon bleu, une labellisation à l’essai

    La Sodemo a lancé il y a près de deux ans, une expérimentation pour obtenir le label Pavillon bleu, « symbole d'une qualité environnementale exemplaire », annonce l’association Teragir, qui le délivre. Depuis quelques semaines, toutes les installations sont prêtes à l’usage, pour les clients de port Brunelet, seul concerné par la labellisation. Pour la Sodemo, c’est une infrastructure test, mais qui ne propose pas de vie à bord.

    Les critères du label englobent quatre grands principes.

    L’éducation à l’environnement, avec notamment l’obligation « d’informer sur les sites naturels à respecter ainsi que sur les espèces animales et végétales à protéger ».

    La gestion des déchets. Avec par exemple, la récupération de trois types de déchets ménagers et trois types de déchets spéciaux.

    La gestion du milieu, qui impose « l’absence de rejets directs d'eaux usées dans le port » ou encore de mener une « politique de résorption à la source des pollutions ».

    La gestion du site qui nécessite notamment de créer des « accès et facilités pour les personnes à mobilité réduite ». Si le bilan est positif, le label pourrait être étendu aux autres ports.

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