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    Nouvelle Calédonie
  • Julien Mazzoni | Crée le 25.06.2026 à 05h00 | Mis à jour le 25.06.2026 à 09h29
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    Cynthia Sinyeue, docteure en chimie des substances naturelles à l’UNC, travaille sur des biofiltres à partir de déchets végétaux locaux. Photo DR
    À l’Université de la Nouvelle-Calédonie, deux chercheuses testent des déchets végétaux pour voir s’ils permettent de réduire la présence de chrome VI, une forme toxique du chrome, dans l’eau. Encore au stade du laboratoire, le projet Dechro explore la piste de biofiltres adaptés au pays.

    Ceci n’est pas un tuto pour une recette maison. Inutile de plonger une peau de banane dans votre carafe en espérant dépolluer votre eau. Mais, dans les laboratoires de l’Université de la Nouvelle-Calédonie (UNC), des déchets naturels très ordinaires – peaux de banane, coques de pomme-liane, marc de café, fibres de coco… – sont devenus des sujets de recherche prometteurs.

    Ces matières végétales pourraient en effet aider à éliminer le chrome VI, une forme du chrome naturellement présente dans l’environnement calédonien. "À cause de sa géologie, la Nouvelle-Calédonie a des sols riches en métaux : nickel, chrome, cobalt, manganèse…", rappelle Cynthia Sinyeue, docteure en chimie des substances naturelles à l’Institut des sciences exactes et appliquées de l’UNC. Et avec l’érosion, les fortes pluies, les sols mis à nu par les incendies ou les sites miniers à ciel ouvert, une partie de ces métaux peut être entraînée vers les cours d’eau et se retrouver dans nos robinets.

    Transformer le chrome toxique en chrome inoffensif

    La présence de chrome, notamment, peut poser problème. Dans l’eau, il peut exister sous plusieurs formes. Si le chrome III est moins préoccupant, le chrome VI, quant à lui, est plus mobile et plus toxique. Il peut représenter un danger sanitaire en fonction de la quantité, de la durée d’exposition et de la manière dont on y est exposé. À fortes doses, il peut irriter l’appareil digestif s’il est avalé. Certains composés peuvent également provoquer des lésions de la peau. Son caractère cancérigène est surtout bien établi en cas d’inhalation dans certains contextes professionnels. Pour l’eau, l’enjeu est donc avant tout de limiter une exposition répétée sur le long terme.

    C’est dans ce contexte qu’a vu le jour le projet Dechro (pour "Diversité des biomasses pour la dépollution du chrome en solution"). Financé par la Fondation UNC, il est porté par Cynthia Sinyeue et Peggy Gunkel-Grillon, professeure en chimie de l’environnement. Les chercheuses ont retenu six matières considérées comme des déchets, ou peu valorisées, les coques de pomme liane, les peaux de banane, le marc de café, les fibres de coco, les sciures et les écorces de pin.

    Le principe tient en deux mécanismes. Le premier consiste à piéger le chrome dans la matière végétale, un peu comme un filtre retient certaines impuretés. Le second, plus intéressant encore, transforme le chrome VI en chrome III, une forme beaucoup moins problématique de ce métal. "Notre but, c’est d’éliminer le chrome qui est toxique", résume Cynthia Sinyeue

    Toutes les matières testées ne réagissent pas de la même manière. Une coque de pomme-liane, une peau de banane ou du marc de café n’ont pas la même composition. À l’intérieur, leurs fibres contiennent des molécules différentes qui peuvent retenir ou transformer le chrome avec plus ou moins d’efficacité. C’est ce que les chimistes cherchent à comprendre.

    Résultats encourageants

    Pour l’instant, les essais sont réalisés en laboratoire. Les chercheuses utilisent de l’eau purifiée, volontairement chargée en chrome VI, puis des eaux de consommation elles aussi "dopées" pour les besoins de l’expérience. Les biomasses sont placées dans des tubes fermés pendant quatre à cinq jours avant analyse. Les premiers résultats ont été jugés assez encourageants pour prolonger le travail par une thèse, qui ajoute ainsi un volet biologique autour de bactéries issues des sols calédoniens connues pour leur résistance aux métaux.

    Mais il reste de nombreuses étapes à franchir pour passer des éprouvettes au terrain. Un tube agité en laboratoire n’est ni une rivière, ni un robinet, ni une station de traitement des eaux. "Si on veut exploiter cela comme un filtre dans un cours d’eau ou un robinet, il faut évaluer le débit et passer à des systèmes continus", souligne Cynthia Sinyeue. Autre point à maîtriser, certaines matières végétales peuvent relâcher leurs propres molécules. Le marc de café, par exemple, doit être suffisamment lavé pour éviter toute libération de caféine indésirable dans une eau destinée à être bue.

    À terme, les chercheuses imaginent plusieurs pistes : des biofiltres dans une carafe, des cartouches adaptées au robinet ou des dispositifs placés avant le système de distribution de l’eau. Mais le projet reste pour l’heure une recherche en cours. Il faudra encore tester les matériaux en conditions réelles, vérifier leur durée de vie, leur efficacité et leur devenir une fois chargés en métaux.

    Une publication scientifique issue du projet Dechro est en cours de révision. Elle devrait être publiée avant la fin de l’année.

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