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    Nouvelle Calédonie
  • Propos recueillis par Anne-Claire Pophillat | Crée le 16.05.2026 à 19h10 | Mis à jour le 16.05.2026 à 19h10
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    Laurent Chatenay, une des figures du mouvement Faire pays, insiste sur la nécessité de "construire un projet de société avec toutes les composantes du pays". Photo Anne-Claire Pophillat
    Supprimer les provinces au profit de communautés de communes, construire une souveraineté économique et financière, créer un fonds souverain des matières premières, revoir le partenariat avec l’État ou encore reconnaître le fait colonial sont autant de mesures portées par le jeune mouvement Faire pays, qui se présente aux élections provinciales, et dont une des figures est Laurent Chatenay. Entretien.

    Comment est né Faire pays ?

    Fort de mon parcours divers et varié dans de grandes et petites sociétés, dans plusieurs pays, dans le privé et les institutions, etc., je me suis dit qu’il fallait faire une synthèse de tout ça et la partager. Il y a un an, j’ai commencé à publier des posts, à commenter des sujets comme le nickel, l’économie, le vivre ensemble, etc. Il s’agissait un peu aussi de tester les réactions. Et là, beaucoup de gens m’ont sollicité et ont évoqué l’idée de se lancer, intéressés par cette approche différente, qui apportait des solutions techniques sur des sujets comme la souveraineté économique. L’idée est vraiment de construire une autre politique, qui n’existe pas ici.

    On part d’un constat simple, c’est qu’on n’aura jamais de paix dans ce pays, tant qu’on ne construira pas une forme de souveraineté. Nous, on la veut préparée, progressive et accompagnée avec l’État français, mais dans des rapports qui ne sont plus des rapports de dépendance comme on les connaît aujourd’hui, plutôt une alliance stratégique.

    Qui compose ce mouvement ?

    Ce positionnement a commencé à parler à de plus en plus de monde. À tel point qu’on a décidé de tenter l’aventure aux provinciales. On travaille maintenant sur des listes dans le Nord et dans les Îles.

    Je voulais avoir des gens qui ont des parcours, que ce soit dans le public, le privé, le monde associatif, des élus locaux, mais pas de tête politique connue, qui porte une responsabilité dans ce que l’on vit aujourd’hui. Il y a Robert Kakue, un ingénieur Enac (École nationale de l’aviation civile), Marie-Madeleine Lequatre, ancienne directrice de la Mij (Mission d’insertion des jeunes), Qatrëne Juni, entrepreneure, Stéphane Courte, chef d’entreprise…

    Les provinces ont eu leur raison d’être à un moment donné de notre histoire, puis elles ont finalement apporté un certain nombre d’incohérences et d’inefficacités dans les politiques publiques.

    Vous souhaitez une réforme institutionnelle et la suppression des provinces, pourquoi ?

    Les provinces ont eu leur raison d’être à un moment donné de notre histoire, puis elles ont finalement apporté un certain nombre d’incohérences et d’inefficacités dans les politiques publiques. On a commencé à réfléchir sur la façon dont on pouvait restructurer les choses. On est parti sur l’idée de supprimer cet échelon provincial, et de transformer les provinces en communautés de communes basées sur les huit aires linguistiques et coutumières du pays, et ainsi réduire l’épaisseur de ce millefeuille administratif, réduire les coûts de fonctionnement, et avoir une politique plus ancrée dans les réalités du pays, avec des méthodes de démocratie participative, qui permettent d’associer les citoyens aux décisions politiques.

    Vous prônez la souveraineté économique de la Nouvelle-Calédonie, comment comptez-vous y parvenir ?

    On est enfermé dans une prison psychologique, dans laquelle on nous plonge depuis des décennies, selon laquelle on est trop petit et pas capable, et que sans la France, c’est le chaos économique et financier. Or, on a les moyens de construire une souveraineté économique et financière. On extrait du nickel depuis plus de 150 ans et on le donne. J’ai travaillé au début de ma carrière avec les Norvégiens, au sein de la société nationale Statoil (devenue Equinor Asa, NDLR). C’était au début de la création de leur fonds souverain. Je me suis amusé à faire des calculs. Si la Nouvelle-Calédonie avait perçu une redevance de 5 % sur les tonnes de minerais exportées, aujourd’hui, le fonds souverain calédonien serait trois fois supérieur au fonds norvégien par habitant.

    Je m’intéresse aussi aux terres rares, présentes en Nouvelle-Calédonie, dont le scandium et le palladium. Et puis, il y a l’important potentiel d’hydrogène naturel présent sur le territoire, une source d’énergie souveraine, décarbonée et possiblement renouvelable. Je pense que c’est notre avenir : 50 % du déficit de la balance commerciale calédonienne, c’est le coût des hydrocarbures. Cela nous permettrait notamment de produire du nickel plus vert avec un coût de l’électricité inférieur. Des recherches sous-marines vont même commencer dans la baie de Prony.

    Il y a également la zone économique exclusive, une des plus riches au monde, avec des molécules pour la biotechnologie, la pharmaceutique, l’agroalimentaire, des ressources halieutiques, énergétiques… On parle donc d’un fonds souverain des matières premières.

    On parle aussi d’un fonds souverain autochtone. Le contentieux colonial n’est pas réglé, et la Nouvelle-Calédonie ne pourra jamais avancer, si l’État français ne s’en occupe pas.

    Quelle place peut prendre la France dans ce processus ?

    Pour amorcer tout ça, il y a besoin de la France, on a une relation historique, culturelle, il y a des tas de choses qui nous rapprochent, il faut faire avec elle, c’est normal, cela va prendre un certain temps. Le pays a beaucoup de ressources naturelles, sauf qu’on ne les contrôle pas, on ne les exploite pas, et on a presque l’impression que la France ne veut pas nous aider à le faire, parce que ça permettrait de réduire la dépendance économique et financière. Or, ce n’est ni dans l’intérêt de la Nouvelle-Calédonie, ni dans celui de la France d’entretenir cette situation. C’est pour cela qu’on veut changer le rapport que l’on a avec la France et avoir un partenariat stratégique avec elle.

    Vous considérez également que le contentieux colonial n’est pas réglé, et que cela empêche la Nouvelle-Calédonie d’avancer…

    On parle aussi d’un fonds souverain autochtone. Le contentieux colonial n’est pas réglé, et la Nouvelle-Calédonie ne pourra jamais avancer, si l’État français ne s’en occupe pas. On propose un cadre structuré, à l’instar de ce qu’ont fait les Maoris en Nouvelle-Zélande. Ils ont négocié directement avec la couronne d’Angleterre. Eux, leur richesse, ce sont les pêcheries. Aujourd’hui, les organisations économiques maories contrôlent une part majeure des pêcheries commerciales néo-zélandaises.

    L’idée est de poser un cadre à l’intérieur duquel on peut discuter de choses sur une base objective, comme la problématique des terres. Les terres coutumières représentent aujourd’hui 27 % de la superficie de la Nouvelle-Calédonie, donc il y a encore du travail à faire là-dessus. Il y a également la problématique des ressources, notamment celle du nickel, et que cela profite à la population concernée par ce contentieux historique.

    Sur le plan politique, où vous situez-vous par rapport aux partis indépendantistes et non-indépendantistes ?

    On veut apporter une offre qui n’existe pas et sortir de ce schéma. On est toujours dans la dichotomie politique indépendance contre non-indépendance. Nous, on parle de construire un projet de société avec toutes les composantes du pays, on veut faire l’indépendance avec tous les Calédoniens, on ne construira pas ce pays sans le peuple premier. C’est un principe que l’on pose. Et c’est ça la différence. Je pense que ça parle à beaucoup de gens. On a ouvert une porte qui suscite beaucoup d’espoir.

    On reçoit des messages très forts sur le ras-le-bol des partis politiques traditionnels et des gens qui ont exercé des responsabilités politiques dans le pays au cours des 20 dernières années.

    D’autres partis, comme l’UNI, prône une souveraineté en partenariat. Des convergences ne sont-elles pas possibles ?

    On reçoit des messages très forts sur le ras-le-bol des partis politiques traditionnels et des gens qui ont exercé des responsabilités politiques dans le pays au cours des 20 dernières années voire plus, des gens qui sont des professionnels de la politique, et qui sont dans des démarches très personnelles pour sauver leur job. Ils sont dans des calculs électoraux, et ils ne parlent pas du pays.

    Est-ce que vous pensez que cela peut se concrétiser dans les urnes ?

    C’est le risque qu’on est prêt à prendre. On veut apporter une nouvelle offre politique, pour aller chercher les abstentionnistes, les gens qui en ont ras-le-bol de la politique, les jeunes qui ne votent pas, tous ceux qui se désintéressent de la politique, parce qu’on n’est pas capable de leur tracer un cap, une perspective. C’est notre objectif.

    Serez-vous la tête de liste ?

    Ce n’est pas mon intention. Je ne suis pas dans une démarche personnelle. Ce sont les jeunes qui doivent s’engager. Le pays leur appartient, ce sont eux qui vont faire bouger les choses. Des gens comme Patrick Robelin ou moi, on est là pour accompagner cette jeunesse. Elle a été un peu laissée-pour-compte ces dernières décennies, et on a vu ce que ça a donné. On a l’impression qu’on n’a pas vraiment tiré les leçons de tout ça, que ces jeunes, personne ne s’en occupe. Il faut les accompagner, les encadrer, leur proposer des perspectives.

    Il n’y aura jamais de paix, si on n’arrive pas à construire cette souveraineté avec le peuple premier et toutes les communautés concernées, les Vietnamiens, les Chinois, les Indonésiens, les Océaniens…

    Il y a plusieurs listes dites "au centre", comme celles de l’Éveil océanien, de Philippe Dunoyer, de Construire autrement… Cela ne va-t-il pas favoriser la dispersion des voix ?

    Je n’aime pas cette expression, on n’est pas un parti du centre. En fait, c’est la seule solution viable. Il n’y aura jamais de paix, si on n’arrive pas à construire cette souveraineté avec le peuple premier et toutes les communautés concernées, les Vietnamiens, les Chinois, les Indonésiens, les Océaniens… Ce sont des gens qui ont construit le pays avec leurs mains et leurs souffrances.

    J’ai fait quelques campagnes politiques dans ma vie, et c’est la première fois que je vois autant d’engouement et une telle volonté d’engagement de la part des jeunes, entre 30 et 50 ans. Je crois que les gens ont pris conscience qu’on est à un point de rupture. La politique qui est menée depuis 30 ans a fini par détruire ce pays petit à petit. Et ce n’est plus viable, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les mêmes têtes qu’on nous ressort, qui ont une responsabilité énorme dans la situation actuelle, ils vont faire des choses différentes ? Non, ils disent au contraire qu’il faut qu’on revienne à une situation qu’on a connue il y a quelques années. Ce n’est pas entendable.

    Avez-vous été abordés par d’autres partis politiques ?

    On a été abordé par tout le monde, et ce qu’on dit à chaque fois, c’est que l’équipe ne veut pas construire avec des gens qui portent une responsabilité dans ce que l’on connaît. Il y a un dégagisme en ce moment en politique, surtout côté indépendantiste. Il faut qu’on s’occupe de notre pays, pas de carrière personnelle.

    Qui est Laurent Chatenay ?

    "Je suis, du côté de mon père, d’une famille caldoche et, du côté de ma mère, d’une famille mélanésienne, j’ai une grand-mère de Hienghène. J’ai grandi ici, je suis parti faire des études de commerce en Métropole et aux États-Unis. Mon premier boulot a été dans l’industrie pétrolière en Angleterre, pendant presque une dizaine d’années, puis je suis revenu en Nouvelle-Calédonie, où j’ai été un élu du Rassemblement pendant la période des accords de Nouméa. Je n’ai pas voulu continuer, et j’ai réintégré l’industrie. Je suis rentré chez Inco et je suis parti au Canada, là aussi une dizaine d’années, avant de revenir. En 2009, on a lancé, avec Marie-Claude Tjibaou, Élie Poigoune, Louis Mapou, Adolphe Digoué, Ouverture Citoyenne. On est partis aux provinciales au dernier moment, et on n’a pas passé la barre. Et puis, on m’a proposé de piloter le schéma NC 2025 pendant trois ans. J’ai ensuite la Sofinor, qui est devenue Nord Avenir. Et quand Louis Mapou a été nommé au 17e gouvernement, j’ai travaillé avec Adolphe Digoué comme conseiller économique et énergie, et j’ai présidé Enercal pendant trois ans."

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