- Outremers360 et AFP | Crée le 18.06.2026 à 18h09 | Mis à jour le 18.06.2026 à 18h10ImprimerL’adoption à l’unanimité de la proposition de loi visant à réparer les préjudices subis par les enfants de La Réunion envoyés dans l’Hexagone a provoqué beaucoup d’émotion. Photos Outremers360Dans l’émotion, le Parlement a approuvé, mardi 16 juin, l’adoption définitive d’une loi de réparation au bénéfice des mineurs réunionnais déplacés dans l’Hexagone entre 1962 et 1984, plus de 2 000 enfants arrachés à leurs terres, rapporte notre partenaire Outremers360 avec l’AFP.
Avec un vote unanime au Sénat, quelques mois après un vote identique à l’Assemblée nationale, le Parlement français entend reconnaître les torts de l’État dans ce scandale du XXe siècle.
Entre 1962 et 1984, 2 015 mineurs de La Réunion ont été déplacés vers 83 départements hexagonaux, principalement ruraux. Cette politique visait officiellement à répondre au doublement de la population réunionnaise en trente ans et à repeupler des zones rurales comme la Creuse, département ayant accueilli le plus d’enfants, d’où le surnom de ces mineurs parfois baptisés "enfants de la Creuse".
Dans les faits, ce furent des jeunesses interrompues soudainement, des changements d’état civil brutaux, voire des maltraitances ou humiliations à l’origine de profonds traumatismes pour ces enfants initialement placés au sein de l’Aide sociale à l’enfance. Ces mineurs étaient de tous âges, avec des nouveau-nés comme des adolescents. En résumé, "des milliers de trajectoires bouleversées par l’exil, par la séparation des familles, par la rupture brutale avec une terre, avec une langue, avec une filiation", a détaillé la ministre des Outre-Mer Naïma Moutchou, saluant l’adoption d’un "texte de justice et de dignité", qui touche aux "parts d’ombre" de l’histoire de France.
Élue de La Réunion, la socialiste Audrey Bélim a aussi souligné la situation des proches de ces enfants déracinés, "des parents qui ont attendu en vain le retour de leurs enfants et des familles marquées pour toujours par le silence, l’incompréhension et parfois la honte".
Certains enfants s’ignorent sans doute encore aujourd’hui
Parmi ces enfants exilés, Marie-Germaine Périgogne, devenue depuis lors présidente de la Fédération des enfants déracinés des Drom. Adoptée en 1969 après un placement en famille d’accueil, séparée de ses frères et sœurs, elle pense durant des années s’appeler Valérie, être née dans la Creuse. Elle ne découvre qu’à 16 ans un document d’identité lui révélant ses vraies racines, et ne retrouve son vrai nom qu’après une longue bataille avec l’état civil.
En 2017, Emmanuel Macron avait qualifié cette politique d’État de "faute" ayant "aggravé la détresse" de ces "mineurs de la Réunion transplantés". Les parlementaires estiment aujourd’hui que certains de ces enfants s’ignorent sans doute encore aujourd’hui.
Plus d’un demi-siècle plus tard et en présence d’une délégation de rescapés et d’associations les défendant, le Parlement répond avec l’adoption de cette proposition de loi de la députée réunionnaise Karine Lebon (groupe GDR, communiste et ultramarin).
Un droit à réparation sous forme d’allocation
Son texte prévoit notamment la création d’une commission pour la mémoire, l’institution d’une journée nationale d’hommage le 18 février et l’ouverture d’un droit à réparation sous forme d’allocation forfaitaire versée par un fonds mis en place par l’État. Une commission doit être créée pour statuer sur cette indemnisation.
C’est "une nouvelle pierre mémorielle dans un long chemin de reconstruction des enfants transplantés de la Réunion", a salué la sénatrice de La Réunion Viviane Malet (Les Républicains), qui portait le texte au Sénat. "Ce texte parle d’enfants violentés, déracinés, qui ont cherché pendant longtemps d’où ils venaient". "Vous vous rendez compte jusqu’où nous sommes arrivés", a dit, bouleversée, Marie-Germaine Périgogne à l’issue du vote. "L’État va réparer nos souffrances."
"C’est une étape majeure qui a été franchie" pour "ces enfants qu’on a déracinés, à qui on a menti", a déclaré Naïma Moutchou. Cette loi "n’enlève rien à ce qui s’est passé", a estimé la ministre, qui assure "être au rendez-vous" des "prochaines étapes" pour "permettre les réparations que nous avons permis".
La proposition de loi s’appuie sur la loi de 2005 sur les rapatriés d’Afrique du Nord et de 2022 sur les harkis, qui avaient prévu des dispositifs similaires de reconnaissance et de réparation. L’allocation sera versée sur demande aux victimes ou à leurs descendants.
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