- LCA / Aurélia Dumté | Crée le 24.05.2026 à 09h00 | Mis à jour le 24.05.2026 à 09h00ImprimerPhoto CAP-NC / P. BaudhuinLes infrastructures agroécologiques offrent aux exploitations un arsenal naturel pour protéger la ressource en eau, servir de coupe-vent, favoriser la biodiversité. Un principe faisant appel au bon sens paysan, mais dont les données scientifiques, adaptées à la Nouvelle-Calédonie, pourraient améliorer l’efficacité. Un article de notre partenaire La Calédonie agricole, magazine de la Chambre d'agriculture et de la pêche.
Une haie, un cordon de végétation sur les berges, une mare et toute la vie qu’elle apporte…, associés à une exploitation, deviennent des infrastructures agroécologiques (IAE). Un espace de vie sauvage, sans intrant, qui nourrit les sols, fourmille d’insectes auxiliaires des cultures, protège du vent, maintient les sols, filtre l’eau… Bref, une solution naturelle qui apporte de multiples avantages.
L’association Repair et la Chambre d'agriculture et de la pêche travaillent sur les infrastructures agroécologiques depuis 2018. Sur les exploitations du réseau Repair, les IAE représentent en moyenne 38 % en 2025 de la surface agricole utile. Un chiffre positif au regard des standards minimums préconisés, qui vont de 5 à 15 %. "Nous souhaiterions que notre réseau puisse servir de démonstrateur pour pouvoir enclencher une sensibilisation plus large au sein du monde agricole", souligne Julie Deffieux, directrice de Repair.
Plantes de service
De son côté, la CAP-NC a mené des projets dans le sens des IAE, comme Perenne, qui consiste à replanter les bords d’une rivière avec des espèces adaptées, afin de maintenir les berges en cas de crue. Ces bandes végétalisées permettent de maintenir les sols, filtrer les eaux, accueillir des insectes… Dès 2020, la chambre expérimente les IAE sur le terrain. "En plantant des haies chez les agriculteurs, pour lutter contre les ravageurs", se souvient Sébastien Utard, ingénieur agronome au pôle Végétal.

Photo CAP-NCDe ces chantiers est né un livret, Plantes de service et auxiliaires, disponible sur le site cap-nc.nc, réalisé en partenariat avec l’association Repair, l’IAC (Institut agronomique néo-calédonien) et la CPS (Communauté du Pacifique) dans le cadre du projet Protege.
Rendement et préservation
Les IAE semblent donc bien documentées et intégrées dans les pratiques des agriculteurs calédoniens. Pourtant, un travail important reste à faire pour sensibiliser ceux qui ignorent encore les nombreux avantages de ces infrastructures, ou qui hésitent à en implanter sur leur exploitation. "Beaucoup de produits phytosanitaires sont retirés du marché chaque année, constate Sébastien Utard. Tous les partenaires techniques œuvrent sur les différents leviers pour une meilleure protection des cultures. Les IAE en sont un pilier indispensable." Les IAE répondent à deux grandes attentes : le rendement des productions agricoles et la préservation de l’environnement.
Accompagnement
Pour autant, elles peuvent rester difficiles à mettre en œuvre et les résultats peuvent parfois être longs avant leur concrétisation. Des conseils sont disponibles dans le Livret des plantes de service et auxiliaires. Commencer par réaliser un diagnostic en identifiant besoins et contraintes (problématiques, IAE existantes, climat, sol…). Puis conceptualiser l’IAE : renforcer des infrastructures existantes ou en créer de nouvelles en identifiant des espaces, le choix du type d’IAE à implanter et des espèces à intégrer. Enfin, mettre en œuvre dans le respect des règles de plantation et en assurant un entretien primordial.
Pour soutenir les agriculteurs et éleveurs désireux d’implanter davantage d’IAE sur leurs propriétés, des leviers existent, comme un accompagnement financier de l’Agence rurale pour acheter des plants. De leur côté, la CAP-NC et Repair proposent un appui logistique ou des conseils.
Pour aller plus loin
Commencé en novembre 2025, le projet Bosque – biodiversité optimisée au service de la qualité environnementale – porté par Repair et soutenu par le gouvernement et l’ANCB (Agence néo-calédonienne de la biodiversité), s’inscrit dans cette démarche. Il permettra de définir une typologie d’infrastructures agroécologiques spécifique à la Nouvelle-Calédonie, lister les besoins des agriculteurs, identifier les plantes utilisables en privilégiant les espèces endémiques, réaliser des chantiers pédagogiques qui serviront de modèles.
Bosque se poursuivra jusqu’en décembre. "Dix agriculteurs ont répondu à l’appel à manifestation d’intérêt. La problématique de l’exposition au vent revient fréquemment, ainsi que la régulation des ravageurs", constate Julie Deffieux. Cinq d’entre eux verront ces aménagements plantés avec l’appui des classes agricoles du lycée Michel-Rocard et des alternants de la CAP-NC. Les objectifs ? Développer les équilibres écologiques et démontrer concrètement l’intérêt des IAE sur le terrain.
Conseils pratiques

Photo CAP-NCDans le livret Plantes de service et auxiliaires, de nombreuses plantes sont listées comme étant particulièrement adaptées aux IAE, comme les lianes de la famille Oxera, les Cuphéas, les Polyscias, etc. "Dans la conception d’une IAE, il est important de visualiser l’aspect final de l’aménagement. La strate d’un végétal permet de connaître à l’avance certains caractères morphologiques de croissance (hauteur maximale, densité, étendue spatiale) et ainsi de se représenter le développement de l’IAE dans l’espace et le temps", peut-on lire dans le livret.
Il existe trois catégories d’IAE : les éléments surfaciques (jachères, prairies, bosquets…), les éléments ponctuels (arbres isolés, mares, tas de bois…), et les éléments linéaires (haies, bandes enherbées, bandes fleuries…).
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