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    Nouvelle Calédonie
  • L Calédonie / Aurélia Dumté | Crée le 26.07.2026 à 14h00 | Mis à jour le 26.07.2026 à 14h00
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    Sonia Backès est en politique depuis bientôt 20 ans. Photo Bruno Fortin
    Figure de premier plan depuis 2009, qui est donc Sonia Backès ? La présidente de la province Sud raconte la petite fille, la mère, la syndicaliste, la femme derrière le personnage politique. Un portrait de notre partenaire le magazine L Calédonie.

    Elle est partout. Tout le temps. Sur les réseaux, dans les médias. Comme elle le remarque elle-même, "la particularité en Nouvelle-Calédonie, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de gens connus. Les politiques font office de stars, mauvais ou pas, ce sont les VIP. En Métropole, tu as des sportifs, des acteurs, des musiciens… Ici, les gens connus, ce sont les politiques." Et comme toute personnalité publique, elle peut parfois cliver. Mais, Sonia Backès n’est pas du genre à mettre de l’eau dans son vin.

    Arriver à la présidence de la province Sud à 43 ans et au gouvernement à 33 ans nécessite probablement du caractère et de la force dans ses convictions. Et de la conviction, la jeune Sonia en avait déjà beaucoup. Elle grandit entourée de deux parents aux idéaux marqués. Son père, fils d’immigré portugais, arrive à 7 ans en Nouvelle-Calédonie. "Il ne parle pas un mot de français, assure la femme politique. Il finit agrégé de français. Un beau parcours de méritocratie républicaine auquel je crois beaucoup."

    Papa est militant loyaliste. Maman, elle, est une militante de Mai-68, "elle était sur les barrages aux Comores pour leur indépendance". Ils sont tous deux professeurs à Poindimié, où ils se rencontrent. "Elle milite alors pour l’enseignement des langues kanak. Elle est très passionnée." Lorsque Sonia Backès naît, en 1976, la famille est installée à Koutio. Le couple aux idéaux particulièrement antagonistes finit par se séparer. "S’est engagée une bataille judiciaire entre mon père et ma mère assez violente, pour la garde", raconte Sonia Backès.

    Divorce et scientologie

    La petite Calédonienne se retrouve, à 5 ans, à vivre six mois en Métropole avec sa mère et six mois en Nouvelle-Calédonie avec son père. Sa mère finit par obtenir la garde, et Sonia entre au collège. Mais pas n’importe lequel, le collège de l’École de scientologie parisienne. En classe de troisième, Sonia a 13 ans, elle est en avance. Une amie l’alerte sur le caractère sectaire de la scientologie. "Je commence à poser des questions à ma mère. Comment ça, on est dans une secte ? Ce n’est pas possible, on ne peut pas rester là-dedans. Je commence à rentrer en rébellion assez fortement", raconte la présidente de la province Sud. "Ma mère m’emmène en Angleterre, au QG européen de l’Église de scientologie pour traiter ma 'problématique'."

    L’adolescente se retrouve à passer "une audition", reliée à un "électromètre". "Ils m’expliquent que je n’étais pas dans le droit chemin. J’ai fini par jeter tout ça, quitter ce château dans le Sussex, isolé, et à faire du stop pour rejoindre Londres", raconte Sonia Backès. Arrivée dans la capitale, l’adolescente "taxe du fric dans la rue" pour appeler son père, en Nouvelle-Calédonie. La jeune fille rentre au pays.

    Une femme, en plus de son combat politique, doit gérer sa situation de femme, son physique, son image, sa situation de mère. Je pense que les mecs ne s’en rendent pas du tout compte.

    Cet épisode scientologue est particulièrement marquant, car Sonia Backès est nommée Secrétaire d’État Chargée de la citoyenneté de juillet 2022 à octobre 2023, et est en charge, entre autres, de la Miviludes, organisme de surveillance des dérives sectaires. À 16 ans, la jeune Sonia passe un bac C, mathématiques, au lycée Jules-Garnier. Elle obtient un Deug de maths à l’Université de la Nouvelle-Calédonie, puis continue sur une maîtrise et un diplôme d’ingénieur informatique en France. À son retour, elle intègre le programme ZonÉco, puis la direction des services informatiques du gouvernement.

    Premiers pas dans le syndicalisme et dans la maternité

    "Là, je me retrouve confrontée à un directeur du service informatique très misogyne, qui traitait extrêmement mal les femmes, d’autant plus calédoniennes. Je cumulais. Nous étions un petit groupe et nous nous sommes syndiqués." C’est le début de la carrière de Sonia Backès dans le syndicalisme. Mais "j’ai toujours voulu faire de la politique. Mon père était dans le parti de Didier Leroux, l’Alliance à l’époque, un parti d’opposition du RPCR. Moi, de retour de mes études, je prends ma carte au RPCR. Les jeunes du RPCR, c’était mon combat politique, en parallèle de mon quotidien, qui était le syndicalisme."

    La petite équipe syndicale arrive à faire tomber le directeur misogyne et Sonia Backès "monte en puissance". Elle devient numéro 2 de la CFE-CGC, puis, en 2006, en prend la présidence. Le reste de sa carrière, on le connaît : elle rejoint Pierre Maresca comme collaboratrice au Congrès en 2008, puis est élue en 2009 dans le gouvernement de Philippe Gomès. Elle y est nommée membre en charge de l’enseignement.

    Ça m’a fait beaucoup de mal. On m’a renvoyée à mon poids avec beaucoup de violence. J’en ai honnêtement beaucoup souffert.

    Alors que Sonia Backès entre pleinement dans sa carrière politique, elle est mère de deux jeunes garçons, de 5 ans et 3 ans. "Mon mari, à ce moment, passe le plus haut concours de l’administration. Qu’il a réussi en même temps que moi j’ai été élue. Il part alors un an et demi à Strasbourg en formation." Sonia a alors 33 ans. Elle est membre du gouvernement, mère de deux jeunes enfants, sans conjoint pour l’épauler. "Ça s’est super mal goupillé. Mais personne n’a fait de sacrifice sur sa carrière. Ça s’est organisé comme ça. Et objectivement, ça s’est plutôt bien passé."

    Le physique, les réseaux sociaux et les clichés

    Pour Sonia Backès, son statut de femme n’a pas créé trop de conflits avec ses collègues politiciens. Si entre élus, ce sont les combats idéologiques qui font rage, le regard du public, lui, reste particulièrement misogyne et violent. Les femmes, qu’elles soient comédiennes, chanteuses, artistes, sportives, politiciennes, sont, avant tout, jugées sur leur physique. Et Sonia Backès n’a pas dérogé à cette règle. "Ça, ça m’a fait beaucoup de mal. On m’a renvoyée à mon poids avec beaucoup de violence. J’en ai honnêtement beaucoup souffert."

    Caricatures vexantes et rabaissantes, graffitis insultants… Ses dix premières années en politique sont particulièrement douloureuses. "En plus, forcément, quand tu as un complexe, on te le renvoie en permanence, c’est extrêmement dur. Je ne crois pas que tu puisses jamais accepter ça. Je passais beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, je répondais à tous les commentaires. Ça m’a bouffée. J’ai fait une séance d’hypnose qui m’a complètement guérie des attaques en ligne." Si les insultes et les agressions sur les réseaux sociaux se brisent désormais sur l’armure de la présidente de la province Sud, le constat reste le même.

    "Quand je fais une intervention dans un journal télévisé, je vois la différence avec les collègues hommes. Ils reçoivent des commentaires sur la qualité de leur intervention, sur cette bonne phrase qu’ils ont dite… Nous, les femmes, on reçoit 99 commentaires sur notre rouge à lèvres, sur le fait d’avoir l’air fatiguée, d’être bien coiffée, et un sur 'tu l’as bien mouché là !' Une femme, en plus de son combat politique, doit gérer son statut de femme, son physique, son image, sa situation de mère. Je pense que les mecs s’en rendent pas du tout compte." Si, selon elle, les questions de genre ne se ressentent pas dans les discussions entre élus, Sonia Backès reconnaît que le travail pour l’égalité des hommes et des femmes dans la société calédonienne reste à mener.

    Des petites choses comme aller en mission sur le terrain durant plusieurs heures sans avoir accès aux toilettes, avoir des bouffées de chaleur et que cela fait rire les collègues, être en colère et s’entendre dire "tu as tes règles ?" en pouffant, à des questions plus graves et plus profondes. Mais ce n’est pas le combat politique de Sonia Backès. Le sien, depuis aussi jeune qu’elle s’en souvienne, est évidemment pour que la "Calédonie reste française".

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