- L Calédonie / Aurélia Dumté | Crée le 20.09.2026 à 09h05 | Mis à jour le 20.09.2026 à 09h05ImprimerY-Lan Tuyen est une jeune photographe talentueuse, travaillant entre le Pays basque et la Nouvelle-Calédonie. Photo Bruno FortinÀ seulement 26 ans, Y-Lan Tuyen partage sa vie entre la Nouvelle-Calédonie et le Pays basque. Photographe indépendante, elle avance portée par une passion dévorante pour l’image, tout en assumant ses doutes. Entre quête identitaire, voyages et création, elle construit patiemment son univers. Un article de notre partenaire le magazine L Calédonie.
Elle semble incarner à elle seule toute sa génération. Une assurance, une légèreté face à la vie, une douceur fraîche et une volonté solide. Sportive, dynamique, adepte du pilates, du surf et de la boxe. Artiste de l’image, indépendante, forte. Mais aussi fragile, animée par des doutes constants, convaincue de n’être jamais assez bien. Blessée par une société qui demande tant de perfection. Y-Lan Tuyen est une jeune photographe talentueuse qui se cherche encore, qui se demande si elle est vraiment légitime, mais qui fait. Et qui fait très bien.
Née à Nouméa en 2000, Y-Lan, l’adolescente, est pleine de convictions. "J’ai toujours voulu monter mon business, ma propre entreprise, c’était inconcevable que je travaille comme salariée, mais c’était aussi inconcevable que je ne fasse pas d’études." Ballottée par la vie, elle réalise rapidement que les convictions sont faites pour être détricotées. Car Y-Lan choisit d’autres voies que les études. Et se plaît plutôt bien dans le salariat. Mais à 26 ans, évidemment, la jeune femme a encore bien des choses à apprendre et bien des convictions à se forger pour mieux les voir fondues dans le creuset des expériences. Et ça, Y-Lan le sait pertinemment : "J’apprends tout le temps."
Stage, patente et salariat
À 16 ans, Y-Lan est mannequin sur un shooting. Elle y rencontre une personne qui va changer sa vie : Thomas, le cofondateur d’une agence de communication particulièrement puissante qui compte plus de 250 salariés. "Il m’a proposé de faire un stage dans son agence." À 18 ans, un bac STMG en poche, Y-Lan fait jouer ce contact. Bingo. "Il me propose un stage en tant que monteuse vidéo. Je lui ai répondu : "C’est trop bien, mais je ne sais pas faire de montage." Il m’a répondu : "Pas de problème, tu es là pour apprendre.""
Y-Lan embarque dans un avion, direction Lille, au siège de la société. "Ça m’a complètement chamboulée de travailler en entreprise. J’ai adoré être salariée, avoir des collègues, gagner de l’argent en faisant ce que l’on aime." Pour autant, à la fin du stage, la jeune femme rentre en Nouvelle-Calédonie. Y-Lan ouvre une patente de photographe. "J’y suis allée en détente. Si ça ne marche pas, au pire, je tente autre chose, je reprends mes études. J’habitais alors chez ma mère." Sa maman la soutient : "Elle sait que je suis assez débrouillarde, que je retombe toujours sur mes pattes."
Banco. Juste avec son réseau, le bouche-à-oreille et très probablement son talent, la jeune photographe trouve son public. Jusqu’en 2023, Y-Lan Tuyen photographie des familles, des couples, réalise des portraits. Elle forge son expérience et dessine doucement son identité de photographe. Des cadrages originaux, une teinte douce, une lumière qui valorise son sujet…

La jeune femme a eu une expérience de mannequin avant de passer derrière l’objectif. Elle a "shooté" à travers le monde, à Paris, en Tunisie… Photo Bruno FortinLa vie la rappelle aux antipodes, et voilà de nouveau Y-Lan qui pose les pieds dans l’Hexagone. "Je réécris à Thomas. Il me propose un CDI et je m’installe à nouveau à Lille. Je reprends cette vie d’agence, mais en salariée. Je suis alors monteuse, cadreuse et photographe. C’est cool, hyperenrichissant. J’ai shooté en Afrique du Sud, en Tunisie, à Tenerife et partout en France. J’ai appris énormément en travaillant en équipe. Mais je ne me sentais pas de rester en agence et d’avoir des horaires de bureau."
Paris et quête identitaire
Finalement, ses convictions d’adolescente ont la peau dure. Y-Lan quitte la grosse machine de la boîte de com'. Mais sur le vieux continent européen, la concurrence est rude. "Je m’installe à Paris et je fais une petite dépression pendant un an. Je pense même à changer de boulot. Je traîne sur les réseaux, je regarde les photographes qui m’inspirent, je démarche des agences, je propose mes services comme assistante photo. Les photographes que je rencontre me donnent des conseils, comme monter un édito perso : faire un shooting avec ma DA (direction artistique), mon univers, mon identité personnelle. Comment je me démarque en France parmi des milliers de photographes ?"
Y-Lan entre alors dans une quête identitaire dont le chemin est encore en cours. "Mon univers… C’est hyperdur à décrire. Je le cherche encore. Certains photographes ont une identité hyperforte, mais je suis encore jeune et j’ai le temps. Pour l’instant, j’aime tout essayer, découvrir, photographier des choses que je n’avais jamais faites avant, découvrir d’autres univers… J’aime tout prendre en photo. Prendre des nanas en extérieur, je me suis rendu compte que j’adorais prendre de la nourriture, faire des photos en mode reportage, la nature morte…"
Lumière, surf et indépendance
Si la patte Y-Lan est encore à définir, selon elle, une chose est sûre : "Je suis sur la bonne voie professionnelle. Sur un shoot, je suis à mille à l’heure. Je suis en transe. Parfois, je commence à 5 heures et je finis à 23 heures et je ne ressens pas la fatigue. Je suis habitée. Et quand je ne shoote pas, je suis en manque", sourit la jeune femme.
Installée aujourd’hui entre la Nouvelle-Calédonie et le Pays basque, Y-Lan Tuyen est à son compte sous le nom de Korostudio. "Koro signifie lumière en drehu." Les objectifs sont simples : être au bord de la mer, partir en trip surf aux quatre coins du monde, photographier, sculpter son identité visuelle (qui est déjà, en réalité, bien présente), être une femme indépendante, sur les conseils de sa maman, "ma première source d’inspiration". Décidément, Y-Lan est sur la bonne voie. Celle d’une génération qui veut embrasser les plaisirs de la vie à pleines dents. Elle est si courte. Pourquoi s’en priver ?
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