- Baptiste Gouret | Crée le 16.06.2026 à 19h09 | Mis à jour le 16.06.2026 à 19h09ImprimerLe président de la province des Îles, Mathias Waneux, sollicite du gouvernement et du Congrès l’inscription du dossier Betico 3 à l’ordre du jour d’une nouvelle commission des finances. Photo Baptiste GouretÀ deux semaines du terme de son mandat, le président de la province des Îles a tenu une conférence de presse à bord du Betico, pour interpeller la présidente du Congrès et le gouvernement sur l’urgence de convoquer les élus sur le dossier du renouvellement du navire, alors que le constructeur australien exige une garantie d’ici fin juin.
"Bienvenue à bord du Betico", a introduit Mathias Waneux. Le président de la province des Îles a convoqué la presse, ce mardi 16 juin, pour une conférence à bord du navire de la Sudîles. À deux semaines de la fin de son mandat, celui qui n’est pas candidat à sa succession a bien l’intention d’utiliser le temps qui lui reste à la tête de l’exécutif loyaltien pour faire avancer un projet crucial à ses yeux, mais actuellement au point mort : le Betico 3.
Ce nouveau navire, censé remplacer l’actuel catamaran en exploitation depuis 2009, doit être construit d’ici 2028. Le projet représente 3,4 milliards de francs, financé sur la base d’un montage comprenant la défiscalisation locale (1,2 milliard de francs) et nationale (1,3 milliard), et des emprunts bancaires garantis par la Nouvelle-Calédonie à hauteur de 50 %. Le gouvernement a donné son accord, le 13 mai, pour garantir les emprunts. Une décision qui nécessite toutefois la validation du Congrès. Et c’est là que ça coince. Car si l’achat de ce nouveau navire "fait l’unanimité au sein des groupes politiques", affirme Mathias Waneux, l’absentéisme des élus, focalisés sur les élections provinciales du 28 juin, empêche toute nouvelle avancée du dossier. "À l’instant où je vous parle, deux séances de la commission des finances ont déjà été reportées" faute de quorum, indique le président de la province des Îles.
Des garanties exigées par le constructeur
Un immobilisme qui risque de faire capoter le projet. Le futur constructeur du Betico 3, l’entreprise australienne Austal, a donné à la Nouvelle-Calédonie "jusqu’à fin juin" pour effectuer un premier versement "de 280 millions de francs" et apporter les garanties nécessaires au financement du navire. Sans quoi, "nous pourrions perdre notre place" réservée au sein du chantier de construction. Si rien n’est acté avant les élections provinciales, il faudrait attendre fin juillet, et l’installation des élus dans les différentes assemblées, pour espérer une décision. Trop tard pour conserver le créneau.
"J’interpelle la présidente du Congrès et les membres du gouvernement concernés pour qu’ils remettent cette opération au plus vite à l’ordre du jour de la commission des finances", lance Mathias Waneux. À quoi bon, si les élus qui la composent en sont de nouveau absents ? "Si une nouvelle réunion est convoquée, on fera tout pour que les élus y participent", répond le chef de l’exécutif provincial.
"Un appel au secours"
La demande de Mathias Waneux fait écho à celle des salariés de la Sudîles, la compagnie qui exploite le Betico. Lundi 15 juin, ils ont déposé un préavis de grève pour la période du 26 au 29 juin, soutenus par le Soenc Transport, afin d’alerter les élus sur l’urgence d’accélérer le dossier. Une date symbolique, puisque les rotations qui y étaient prévues devaient permettre aux électeurs des îles vivant sur la Grande Terre de voter chez eux. "Le Betico a toujours répondu présent dans toutes les situations et aujourd’hui, on a l’impression que nos élus ne sont pas là pour nous, regrette Stéphanie Leclercq, déléguée syndicale Soenc Transport. C’est un appel au secours."
L’obsolescence de l’actuel navire fait courir le risque, à plus ou moins court terme, d’une interruption du service public maritime et menace, dans le même temps, la cinquantaine d’emplois de la Sudîles. "Le bateau rencontre beaucoup de problèmes techniques, on a déjà investi 100 millions de francs dans les réparations, souligne Mathias Waneux, qui soutient le mouvement de grève. Si rien n’est fait, les coûts ne feront qu’augmenter."
Reste à voir si la dizaine de jours restants avant le scrutin provincial représente un délai suffisant pour organiser une commission et une séance publique. "Ce qui est quand même intéressant, c’est que tout le monde parle du transport et de la mobilité pendant cette campagne, observe le président de la province des Îles. Mais quand il s’agit de se pencher sur le dossier Betico, il n’y a plus personne."
Carénage du Betico : "les collectifs doivent permettre à Aircal de revenir"
Comme chaque année, le navire qui relie la Grande Terre aux îles va faire son carénage à compter du 4 juillet. L’opération doit durer quatre semaines. Toujours privées de desserte aérienne en raison du conflit autour du déménagement d’Air Calédonie à Tontouta, Ouvéa et Maré seront coupées du reste du territoire durant un mois.
"Les collectifs [à l’origine des blocages NDLR] doivent lever le pied pour permettre à Aircal de desservir les îles", enjoint Mathias Waneux. Le président de la province des Îles confirme qu’il n’existe "pas d’alternative" prévue par les pouvoirs publics. La province Sud, elle, s’est attaché les services du Seabreeze pour relier l’île des Pins à Nouméa. Rien de tel n’est envisagé en ce qui concerne les Loyauté.
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