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  • AFP | Crée le 08.12.2018 à 04h25 | Mis à jour le 08.12.2018 à 04h25
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    Les domaines anglais font cependant encore figure de Petit Poucet face aux géants champenois.Photo AFP
    AGRICULTURE. Le vin anglais pourrait-il concurrencer le champagne ? C’est ce que semblent penser certains spécialistes. Le réchauffement serait responsable de la hausse de la qualité.

    «On a quasiment le même climat que la Champagne il y a cent ans », s’exclame Chris Foss, un enseignant anglais spécialiste de la science de la vigne. Avec le réchauffement climatique, les viticulteurs d’Angleterre se frottent les mains : leurs vins effervescents gagnent en qualité et rivalisent désormais avec le champagne.

    Arpentant les vignes de Pinglestone, dans le sud de l’Angleterre, sous un pâle soleil automnal, James Bowerman, responsable du vignoble pour Vranken-Pommery, affiche un grand sourire. « Le pinot meunier s’est vraiment épanoui cette année », se félicite-t-il. Les températures ont surpris la célèbre Maison de champagne, qui a investi récemment ce coin du sud de l’Angleterre pour y développer des vins effervescents.

    Intriguée par le développement rapide de la viticulture en Angleterre, Vranken-Pommery a tenté l’aventure anglaise après un « coup de cœur » pour cette colline du Hampshire au sous-sol crayeux. Quinze hectares de chardonnay, pinot noir et pinot meunier, les trois cépages typiques champenois, y ont été plantés l’an dernier. S’y ajouteront bientôt vingt-cinq autres hectares.


    Un test jugé réussi

    « On a été obligé d’arroser les plants au mois de juin, ce qui est assez incroyable. Compte tenu de la réputation du climat anglais, on ne s’y attendait pas », confie Clément Pierlot, directeur des vignobles et chef de cave de champagne Pommery & Greno.

    La Grande-Bretagne a enregistré des températures bien au-dessus des moyennes saisonnières une bonne partie de l’été et un déficit de pluie, a souligné l’office de météorologie britannique, qui s’attend à ce que le thermomètre grimpe encore au cours des prochaines décennies. « Plus nous aurons d’années comme ça et plus nous aurons de style » en matière de vins, se réjouit M. Bowerman. En attendant ses premières vendanges, Vranken-Pommery a produit un vin effervescent avec des raisins achetés, baptisé Louis Pommery England, un test jugé réussi.

    « On peut avoir des vins qui sont à la fois fins, expressifs mais avec une belle tenue, une belle fraîcheur », décrit Clément Pierlot. Pour le ministre britannique chargé de l’Environnement, Michael Gove, le changement climatique est « une opportunité ». Le vin effervescent anglais offrira « bientôt encore plus de plaisir aux amateurs britanniques que les champagnes français », prédit-il.

    Si la production de vins effervescents (« sparkling wines » en anglais) n’est pas nouvelle en Angleterre, le nombre d’hectares plantés a augmenté de 150 % ces dix dernières années. Avec quatre millions de bouteilles, ils représentent 68 % des vins produits sur le sol britannique en 2017. Une part qui devrait grimper car le pinot noir, le pinot meunier et le chardonnay constituent 71,2 % des cépages plantés. « On est passé d’une industrie artisanale à une industrie florissante », observe Cherie Spriggs, vigneronne en chef chez Nyetimber, un domaine dont les premières vignes ont été plantées il y a trente ans. Cette année, elle a remporté le titre de productrice de vin effervescent de l’année à l’International Wine Challenge, un sparkling détrônant pour la première fois un champagne. « Il y a trente ans c’était impossible de mûrir le chardonnay, les vins restaient verts, durs, très acides, ça ne marchait pas. Mais maintenant, pas de problème », souligne M. Foss, directeur du département Vin du Plumpton College.

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