Nouvelle Calédonie
  • Charlie Réné | Crée le 29.12.2018 à 04h30 | Mis à jour le 29.12.2018 à 04h30
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    Jean-Michel Nagle, cinquième génération d’éleveurs à Poya veut « transmettre un outil moderne ». Photos Charlie Réné
    Agriculture. Production phare de l’agriculture calédonienne, l’élevage est freiné par les sécheresses. A Poya, Jean-Michel Nagle a investi et se prépare dès aujourd’hui pour tenir la prochaine saison fraîche.

    Ce jeudi après-midi, Jean-Michel Nagle regarde avec dépit les nuages qui s’épaississent. « Il y a eu de la pluie, je n’ai pas pu avancer », s’agace l’agriculteur de Poya. Sur sa propriété, 560 hectares qui s’étendent vers les collines de Népou, il compte, en tout, 700 têtes de bétail. Un éleveur qui n’aime pas la pluie : le cas est rare sur la côte Ouest, d’où vient le gros de la production bovine. Ici, chaque saison le rappelle tristement : sans eau, les pâturages sèchent, et les bêtes souffrent.

    Certes, après quatre années difficiles, le climat a été un peu plus clément en 2018. « Mais une sécheresse n’a pas d’impact qu’à court terme, rappelle-t-on à l’Ocef. Quand il fait trop sec, on doit décapitaliser, on envoie des bêtes à l’abattoir. Et, après, on prend beaucoup de temps à reconstituer le troupeau ». Résultat : la production de viande bovine, tombée sous les 3 000 tonnes l’année dernière, ne devrait pas remonter la pente cette année encore. Et c’est l’importation, qui pèse déjà pour 40 % de la consommation des Calédoniens, qui prend le relais, avec une viande produite de façon plus intensive, et donc moins saine que sur le Caillou.

    « Une fois qu’on a dit ça, qu’est-ce qu’on fait ?, interroge Jean-Michel Nagle. On s’organise ». L’objectif : nourrir les bêtes pour qu’elles ne perdent pas de poids quand les collines virent au jaune.


    Orge germé, Sorgho ensilé

    C’est dans cette optique que l’éleveur a investi l’année dernière : machines et matériel pour stocker du fourrage en balles enrubannées, conteneurs réfrigérés pour faire germer de l’orge - la céréale prend, dans de bonnes conditions de lumière, de température et d’humidité, cinq fois son poids en cinq jours -, mélangeuse où il incorpore aussi de la tourte de coprah… Cette année, Jean-Michel passe un nouveau cap avec au moins 8 hectares de sorgho, « une céréale au rendement proche du maïs, mais avec beaucoup moins d’eau », qu’il stockera dans des silos anaérobies (sans oxygène) pour le distribuer à ses bêtes entre août et novembre. Machine à semer, ensileuse… Il a fallu là aussi s’équiper : en trois ans l’éleveur a investi plusieurs dizaines de millions. « Ça va prendre énormément de temps à amortir, note-t-il. Mais sans ça, à chaque sécheresse, on regarde les animaux maigrir. De la production qui s’envole ». Son rêve ? « Envoyer du bétail à l’abattoir en pleine saison sèche, quand on manque de viande », explique-t-il, devant un « feed lot » où 200 jeunes bêtes attendent leur ration. Et pourquoi pas engraisser, comme le font les Néozélandais ou les Métropolitains ? « Ça plairait au consommateur, ça ferait une viande plus persillée, remarque le professionnel de 65 ans. On n’y est pas, il y a beaucoup de travail et beaucoup à apprendre, mais j’ai tout ce qu’il faut, il n’y a plus d’excuses ». Chez les Nagle, éleveurs depuis cinq générations, l’exigence commence par soi-même. « Je pourrais garder 400 bêtes, faire de l’argent, et à chaque sécheresse dire “c’est une catastrophe??, pense Jean-Michel à haute voix. Mais si ça marche ailleurs, ça peut marcher ici. Et derrière, je transmettrai une exploitation moderne. Ces investissements, un jeune aura plus de mal que moi à les faire. »


    Repères


    Plan foin reconduit

    Depuis trois ans, la Chambre d’agriculture, en partenariat avec le Syndicat des éleveurs et l’Apican, a lancé un « plan foin » pour prévenir la sécheresse. L’idée : encourager la culture de plantes fourragères (maïs, sorgho…) pour nourrir les bêtes en période sèche. Plus de 1 000 hectares sont actuellement plantés, et le plan a été reconduit pour trois ans.


    Diversité de races

    Jean-Michel Nagle aime la diversité. Sur sa propriété, des bovins de race limousine, qui comme les Charolaises ou les Blondes d’Aquitaine, sont originaires de Métropole. Mais aussi des races introduites plus récemment, parce que résistantes à la tique : Belmont Red, Senepol, Droughtmaster, Brahman…


    Jeu « Saveurs communes »

    Fruits, légumes, tubercules, élevage… Le quiz de la Chambre d’agriculture disponible sur forumagriculture.nc permet de tester ses connaissances sur la production locale. A la clé, des séjours Bienvenue à la Ferme. Les Nouvelles, partenaires du jeu, distillent chaque samedi des indices pour aider à répondre.

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