Nouvelle Calédonie
  • Charlie Réné | Crée le 16.02.2019 à 04h25 | Mis à jour le 16.02.2019 à 04h25
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    Agriculture. Très présente dans les jardins privés, la pomme-liane s’est longtemps faite rare sur les étals. Certains agriculteurs essaient de répondre à une demande importante.

    Sucrée, acidulée, en jus, à la cuillère ou en sorbet… La pomme-liane est une des reines des tables et des jardins calédoniens. Mais le fruit de la passion, maracuja, ou grenadille, comme on l’appelle ailleurs, a beau longer les murs de beaucoup de propriétés, il se fait souvent désirer sur les marchés. « À une époque, tout le monde en trouvait : si t’en n’avais pas chez toi, il y en avait chez les amis ou sur la route, note Annie, pas mécontente des sachets de beaux fruits jaunes ou violacés qu’elle propose dans son épicerie de Magenta. Mais aujourd’hui, on nous en demande toute l’année. Et on n’arrive pas toujours à en trouver. »

    Ce constat, d’autres l’ont fait, et sont bien résolus à alimenter les étals. Comme Olivier Bagot et son associé, Daniel Duval, qui se sont lancés, courant 2017, dans une double activité à Tontouta.

    Sur les 3 hectares qu’ils ont acquis, « Lucky Dog », leur « pension pour chiens et chats à deux minutes de l’aéroport » jouxte de belles parcelles de pommes-lianes installées à flanc de collines. « L’activité de l’un permet de développer l’autre, explique Olivier, longtemps dans le commerce, et qui aborde l’agriculture avec passion, mais aussi une certaine humilité. Les pommes-lianes, c’est une chose à laquelle je pensais depuis longtemps. Mais il faut prendre le temps d’apprendre, d’expérimenter, de se perfectionner… » Après avoir accueilli des semences de tout le pays - « des rouges de Moindou, des jaunes du Sud… » - l’exploitation avance pas à pas : « Tous les plants sont différents. Il faut garder ce qui marche le mieux, le reproduire. »


    Production sur l’année

    Aujourd’hui, ce sont 1 000 pieds qui poussent sur palissage - des piquets de deux mètres de haut reliés par des fils métalliques autour desquels s’enroule la liane. « On aimerait bien doubler à moyen terme mais c’est beaucoup de travail, reprend Olivier Bagot. Ce qui est difficile, c’est la mise en place des parcelles et de l’irrigation. Une fois que c’est fait, c’est une production relativement rapide. »

    Il faut entre sept mois et un an pour qu’un plant de grenadille donne ses premiers fruits. Et il devra être remplacé trois ou quatre ans après. « Ce sont des cycles très courts, c’est de l’arboriculture sans en être », pointe Franck Soury-Lavergne, producteur bio à La Foa depuis 2012. Lui aussi a fait le constat d’un « vrai manque sur le marché ». Lui aussi a déniché des semences variées. « Au début, je pensais travailler avec des variétés australiennes. Ça fait des fruits bien calibrés, tous identiques, explique-t-il. Mais au final j’ai préféré être dans une démarche où je veux faire confiance à la nature : j’ai beaucoup de variétés, qui évoluent tout le temps, et ça me permet d’avoir des plants plus résistants et moins regroupés sur l’année. » Car si la production de pommes-lianes est très faible, voire nulle entre mi-septembre et mi-novembre, après que les grandes fraîcheurs ont bloqué la floraison, la production s’étale sur tout le reste de l’année. « Il y a tout de même deux pics de production, pour les fêtes, entre décembre et début janvier, et en août », pointe Franck dont les 1 500 pieds, entourés d’autres productions fruitières comme la goyave et le corossol, alimentent la coopérative Coop1. Entre ces pics, la demande est souvent très forte sur le marché.


    Repères


    Aqualone adopté

    Pour leur irrigation, Olivier Bagot et Daniel Duval ont fait appel à Aqualone. Un système sans électricité qui adapte naturellement le débit au climat. Développé par deux Calédoniens, il a gagné de nombreux prix - dont le concours d’innovation de l’outre-mer 2018 - et il est de plus en plus demandé. Par des collectivités et des espaces verts (stades de Nouméa, hippodrome ou golf de Dumbéa) mais aussi par quelques agriculteurs. « On construit un plan d’irrigation sur mesure, pointe son créateur, Bernard Balet, de retour d’Asie pour une négociation de contrat. C’est un investissement qui peut être amorti très rapidement, grâce aux économies d’eau, d’énergie ou de temps qui sont réalisées… »


    Diversification

    La pomme-liane n’est pas le seul fruit qui pousse partout mais se trouve difficilement sur le marché. Les pommes-canelles, les jacques, les goyaves et autres caramboles, sont rares, malgré leur potentiel agricole, comme le fruit du dragon, plus présent ces derniers temps. « On voit des projets de diversification qui naissent, mais ça prend du temps », observe Franck Soury-Lavergne. D’autres agriculteurs, qui ont voulu se lancer dans ces niches, dénoncent le manque de soutien des autorités et des règles d’import de semences trop strictes.

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