Nouvelle Calédonie
  • | Crée le 19.01.2019 à 04h35 | Mis à jour le 19.01.2019 à 04h35
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    Agriculture. Comme Glenda, à Tomo, de plus en plus de Calédoniens se lancent dans de petites exploitations en agriculture biologique. Mais la certification n’intéresse pas que les petits producteurs : de l’élevage à la vanille, les projets sont nombreux.

    Un peu de sueur, beaucoup de sourires dans le champ de Glenda Daye. Le terrain qu’elle exploite à Tomo n’est pas immense - seule une partie des deux hectares et demi est pour l’instant valorisée. Mais, sur les pentes, travaillées en petites terrasses pour conserver l’eau, c’est une jungle de saveurs qui pousse jour après jour. Aubergines qui pointent leur bulbe, papayers pour les couvrir, piments qui rougissent au soleil, oignons verts qui se font déjà sentir, bananiers « tout en bas, pour profiter de l’humidité »… Les cultures s’entremêlent sur le paillage, et Glenda, nouvelle dans la profession, mais aux petits soins pour ses plantations, parle de chaque mètre carré avec plaisir.

    C’est Stéphane, son compagnon, dont le travail à Goro lui permet d’aider dans l’exploitation, qui l’a encouragée à se lancer professionnellement. « Lui, il travaille son jardin depuis toujours. Moi, je n’y connaissais pas grand-chose », explique la jeune femme, originaire de Poum. Après les premières cultures dans leur jardin, à l’autre bout du village, le couple s’est lancé en octobre 2017. Avec, tout de suite l’ambition de produire bio. Ce qui n’était pas une évidence : « Quand on commence à jardiner, on regarde les voisins. Tout le monde utilise des engrais phosphatés, du glyphosate ou du Decis, donc ça paraît normal, explique Stéphane. Mais quand on se pose, on se dit que que ça ne peut pas durer comme ça. Alors, on a fait des recherches ». Internet - « surtout YouTube » - a permis aux deux autodidactes de s’initier.


    La production certifiée Double en province Sud

    Biocaledonia, l’association qui gère le label BioPasifika sur le Caillou, leur a permis de s’intégrer dans le très dynamique secteur bio. « Il y a la certification, qui se fait entre agriculteurs et consommateurs, mais c’est aussi un moyen d’échange, explique Glenda, qui assiste aux réunions tous les mois. On rencontre des gens intéressants, souvent très différents ».

    Car le cas de Glenda et de Stéphane n’est pas à part. En 2018, la production bio s’est tassée au Nord et dans les Iles où le manque de subventions pèse sur l’animation de la filière, mais elle a doublé en province Sud. Ceux qui sont motivés par leur vision d’avenir - « on ne peut pas continuer avec des cultures qui épuisent les sols et combattent la nature » estime Stéphane - croisent ceux qui ont bien identifié bien le bond de la demande en bio. « On a des profils très variés, note avec enthousiasme Thierry Vanhaecke, le directeur de Biocaledonia. L’association a une proximité historique avec l’agriculture familiale, mais on voit arriver de plus en plus de personnes qui ont un projet commercial ».

    Les produits maraîchers - 50 % de la production en 2017 -, les fruits (22 %) et les tubercules (17 %) dominent toujours largement la production bio. Mais, parmi les nouveaux adhérents de Biocaledonia, on croise des producteurs de miel, de vanille - plus d’une tonne était déjà certifiée en 2017 - et même des éleveurs. « On va avoir une grosse montée en production des œufs bio et ça intéresse dans le secteur bovin », reprend le responsable.

    Les quelques éleveurs déjà certifiés attendent, pour pouvoir labelliser leur viande, que l’Ocef passe sa certification - elle est déjà bien avancée - ainsi que certains bouchers. Dans le bio, c’est toute la filière qui doit être inspectée.

    Le gouvernement a bien identifié cet élan. En août dernier, à Bourail, était signé le plan « ambition bio » avec la Chambre d’agriculture qui doit organiser des tables rondes sur le sujet fin mars. Un des objectifs : favoriser l’investissement dans le bio pour que des exploitations plus grandes et plus nombreuses soient labellisées. « Il y a des candidats qui n’attendent que ça », assure l’exécutif.

    Charlie Réné

    charlie.rene@lnc.nc

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