Nouvelle Calédonie
  • Charlie Réné | Crée le 22.12.2018 à 04h25 | Mis à jour le 22.12.2018 à 04h25
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    Des « Chéries » sur le tapis de tri de Ducos. Les non-conformes iront à l’alimentation animale. Photos Julien Cinier
    Agriculture. La production locale est à l’honneur, dans les Nouvelles calédoniennes, cet été. Premier épisode avec la pomme de terre, qui, après des années difficiles, devrait réussir le pari de l’autosuffisance.

    Dans les docks de l’Ocef *, à Ducos, les machines tournent à plein régime pour nettoyer, brosser, trier, mettre en filet… A l’approche des fêtes, les pommes de terre sont incontournables sur les étals, et l’Office, qui, à l’instar de la viande, achète et distribue l’essentiel de la production, fait en sorte de les garder approvisionnés. Pas de problème de ce côté-là : la quarantaine d’exploitations du pays a produit 2508 tonnes de tubercules en 2018.

    « Un record, précise Adeline Cretin, la directrice de la section pommes de terre à l’Ocef. Ca n’est pas un hasard : il y a davantage de quotas qui ont été accordés et on a sélectionné de nouvelles semences qui ont bien marché ». « Et surtout on a eu de bonnes conditions, pas de maladies, pas trop d’inondations », se félicite Yves Dubaton qui cultive la patate depuis maintenant 30 ans à La Foa. Une production qui « fournit une bonne base de revenu » : après tri dans les centres de La Foa et de Bourail, chaque kilo est acheté entre 95 et 154 francs par l’Ocef, en fonction de la variété et de son rendement.

    « Ce qui est bien c’est qu’on est sûr de vendre, on l’amène et ils s’occupent du stockage, du conditionnement, reprend l’agriculteur, qui plante aussi des squashs et des produits maraîchers. Mais il ne faut pas se dire que c’est facile. Entre la plantation (avril à juin, ndr) et la récolte (septembre à novembre), il faut soigner ses parcelles, traiter, arroser… C’est du travail ».


    Filière qui revient de loin

    Si la filière est fière de son record, c’est qu’elle revient de loin. Mildiou en 2013, ralstonia en 2015… A chaque fois, la production s’est effondrée, des parcelles ont dû être gelées. « Il y a eu des compensations, mais les maladies en ont découragé certains », reprend Yves Dubaton. La ralstonia aura au moins servi d’électrochoc sur la sécurité sanitaire. Gouvernement, Ocef, Chambre d’agriculture…

    Les autorités ont travaillé de concert pour trouver de nouvelles sources d’approvisionnement en semences. Plutôt que la Nouvelle-Zélande, c’est la Métropole qui est devenue principal fournisseur. « Ça nous a permis d’avoir accès à beaucoup de nouvelles variétés », explique Adeline Cretin. La récolte 2018 est donc très diverse : dix variétés cultivées, seize en comptant les essais grandeur nature, trente ont été testées par l’Adecal. Le gros de ces productions est aujourd’hui dans les chambres froides de La Foa, de Bourail et de Ducos et en sortira au fil de la demande. « L’année dernière on avait produit pour onze mois sur douze. En 2019, si on arrive à planter assez tôt pour avoir des récoltes en août, on couvrira toute l’année, reprend la directrice. Il n’y aura donc pas d’importation ».


    Défis nombreux

    En tout cas, pas de pommes de terre « fraîches », plus de 10 000 tonnes de pommes de terre transformées étant importées chaque année.

    Affiner la sélection des semences pour gagner en rendement et mieux répondre aux attentes des consommateurs, poursuivre les échanges avec les restaurateurs et les transformateurs locaux, faire certifier une plus grande part de la production en « agriculture responsable »... Les défis sont nombreux, mais « l’élan est là ». D’autant que le gouvernement, en redistribuant certains quotas, fait entrer chaque année de jeunes cultivateurs dans le secteur.

    *Office de Commercialisation et d'Entreposage Frigorifique

    Savoir +

    Jeu Saveurs communes

    Les fruits, les légumes, les tubercules ou encore l’élevage sont à l’honneur dans un questionnaire disponible sur le site forumagriculture.nc, qui permet de tester ses connaissances sur la production locale. Les personnes tirées au sort à l’issue du concours, en février prochain, remporteront de très beaux lots en relation avec le réseau Bienvenue à la ferme. Les Nouvelles calédoniennes, partenaires de cette opération, distilleront dans les prochaines semaines des indices pour répondre aux questions.


    Repères


    Où ?

    Bourail et La Foa sont historiquement les principaux centres de production, mais celle-ci se développe au Nord, à Pouembout notamment, qui se spécialise dans les primeurs.


    Chérie, Marylin, Désirée et les autres…

    Connaissez-vous les variétés de pommes de terre ? Aux Jelly, Atlas, Agria ou Daifla, courantes, s’ajoutent les Chéries, rouges et gourmandes, les Vitelotte, à la chair violette, les rattes, petites et goûtues, les Blue belle… La longue liste compte des noms charmants comme Marilyn, Élodie, Nadine, ou encore Passion ou Désirée.


    A chacun son filet

    Difficile de retenir les qualités de chaque variété.

    L’Ocef travaille donc sur l’emballage : à côté des filets verts de « pommes de terre du

    champ » les variétés à chair tendre peuvent aussi être vendues dans les filets de « jardinières ».

    Filets rouges pour celles qui s’accommoderont mieux de la cuisson à l’eau ou à la vapeur, jaunes pour les variétés qu’on préférera cuisiner en frite, en purée et en gratin.

    S’y ajoutent les « gourmandes », à chair ferme, plus goûtues et plus chères et les « saisonnières », violettes ou gourmettes, produites en quantités limitées.

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