Nouvelle Calédonie
  • Par Anthony Tejero | Crée le 30.11.2018 à 04h25 | Mis à jour le 30.11.2018 à 15h54
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    Photo Anthony Tejero
    Depuis août, la classification de la salade, des tomates, des concombres et des courgettes est expérimentée sur le Caillou. Le principe est simple : il s’agit de répartir en trois groupes les fruits et légumes selon leur aspect visuel. A chaque catégorie correspond un prix. Au vu des retours plutôt positifs des consommateurs, le dispositif devrait être étendu l’an prochain.

    Payer plus ou moins cher les fruits et légumes en fonction de leur qualité, ou du moins de leur aspect visuel. Si le concept n’est pas nouveau, il a officiellement trouvé sa place sur certains étals du Caillou. Depuis le 1er août, et pour une période de six mois, cette classification des produits est en phase de test auprès de dix maraîchers qui alimentent six points de vente volontaires (lire par ailleurs).

    L’objectif est de trier les variétés en trois catégories selon des critères esthétiques afin d’établir trois niveaux de prix. Les tomates les plus rouges et les plus rondes seront ainsi plus chères que celles biscornues ou piquées, vendues à un tarif dégressif. « Aujourd’hui, on retrouve souvent n’importe quelle qualité de produit dans un même cageot. Et donc à un prix unique. L’idée, c’est d’avoir des cageots pour chaque catégorie afin que le consommateur puisse bénéficier des tarifs les plus justes, entame Marjolaine Mitaut, la directrice de l’Ifel (Interprofession des fruits et légumes) à l’initiative de cette expérimentation. Plusieurs études qui datent de 2008 ont montré que les Calédoniens étaient en attente de cette segmentation du marché. C’est une manière de leur offrir plus de choix. »

    Pour l’instant, le dispositif ne s’applique qu’aux tomates, aux concombres, aux courgettes et à la salade. Mais il devrait, dès l’an prochain, être étendu et concerner douze fruits et légumes. Car au bout de quatre mois de test, les premiers retours de consommateurs sont globalement positifs. Selon une enquête menée par l’Ifel auprès de 600 clients, 84 % d’entre eux se disent même « satisfaits », voire « très satisfaits » de cette démarche.

     

    On nous demande d’aller plus loin que le simple aspect visuel. 

     

    Pour autant, les personnes sondées émettent plusieurs bémols, à commencer par une différence de prix parfois trop faible entre les catégories et des critères de sélection qui n’intègrent pas suffisamment les qualités gustatives des produits.

    Bientôt obligatoire ?

    « On nous demande d’aller plus loin que le simple aspect visuel. C’est quelque chose qui pourrait par exemple se faire sur les oranges avec un réfractomètre, l’appareil qui calcule le taux de sucre des fruits », poursuit Marjolaine Mitaut qui espère développer le concept à travers tout le pays. Encore faut-il que les distributeurs acceptent de jouer le jeu. Comme c’est le cas d’Eric Morand, le directeur du Super U d’Auteuil, l’un des six points de vente déjà existants : « On voulait faire partie des précurseurs car on est convaincus par l’argument de l’offre. Si le client a plus de choix, il s’y retrouvera forcément et on améliorera ainsi notre image. Après, il est trop tôt pour savoir si quantitativement, ce dispositif a attiré plus de monde chez nous. Ce qui est sûr c’est que les retours de la part des acheteurs sont positifs. »

    Dans le commerce, le dispositif est visible via ce logo de l’Ifel. Photo Th. Perron

     

    Autant de signaux favorables pour l’année à venir : « Notre but en 2019, c’est d’aller démarcher de nouveaux producteurs et d’avoir au moins dix points de vente, annonce la directrice de l’Ifel. On est également en phase de discussion avec les deux groupes de la grande distribution. Il faut que cela prenne de l’ampleur pour qu’un jour la classification des prix des fruits et légumes devienne la norme en Calédonie. »

    A terme, le gouvernement annonce d’ailleurs vouloir légiférer sur ce sujet : « On sent bien qu’il y a une adhésion des Calédoniens à ce projet donc nous soutenons totalement l’Ifel dans sa démarche, assure Guylain De Coudenhove, le conseiller du secteur agriculture et eau de l’exécutif. Mais cela ne se fera pas du jour au lendemain car cela nécessitera des investissements chez les producteurs. Il faut se donner du temps avant de préparer une loi afin de rendre la classification des fruits et légumes obligatoire en Nouvelle-Calédonie. »

    Ecouler les stocks, éviter le gaspillage

    A Mouirange, chez les Blanchard, chaque matin, c’est le même rituel : après la récolte vient le temps du tri des fruits et légumes. Et ce depuis bientôt une trentaine d’années. Tomates piquées ou biscornues, concombres abîmés ou tordus : la plupart de ces spécimens finissent dans les cageots des catégories 2 ou 3. Quant à ceux jetés, ils servent d’engrais pour cette production estampillée « agriculture responsable ». Photos A.T.

     

    Dans le sud du Mont-Dore, à Mouirange, la famille Blanchard n’a pas attendu l’expérimentation de l’Ifel pour trier les fruits et légumes de son exploitation de 33 hectares. Depuis le début des années 1990, Nicole classe inlassablement sa production et fixe ainsi trois prix différents. Cette semaine, les tomates de « premier choix » sont à 550 F/kg, un tarif qui chute à 395 F/kg pour la catégorie 2, puis à 200 F/kg pour la catégorie 3, idéale pour les sauces par exemple. « Je crois que j’ai été la première à lancer cette classification en Calédonie lorsque je me suis installée au marché de la Moselle, glisse entre deux cageots la Mondorienne. Auparavant, soit les producteurs jetaient, soit ils mélangeaient le tout. Et c’était cette option qui était la plus répandue.

     

    Certains producteurs préfèrent subir des pertes, plutôt que de baisser leurs prix.

     

    On voit encore que certains d’entre-eux préfèrent subir des pertes en ne parvenant pas à vendre les spécimens les plus abîmés, plutôt que de baisser leurs prix. » Car l’un des principaux avantages de la classification serait d’augmenter les rendements en limitant le gaspillage. « Avec ce système, normalement on arrive à presque tout écouler. Et cela s’applique à l’ensemble de nos fruits et légumes, peu importent les volumes produits, assure Serge Blanchard. Au fond, c’est du bon sens : on limite les pertes et le client a le choix de la qualité et du prix. Cela permet de satisfaire tous les budgets. Tout le monde s’y retrouve. »

    Et à en croire la famille Blanchard, le succès ne se dément pas à leur stand du marché de la Moselle : « Cela marche très bien et cela permet de fidéliser notre clientèle. Beaucoup de gens vont directement vers les catégories 2 et 3. Les restaurateurs font souvent des réservations dès la veille. Certains jours, nous n’avons plus que du premier choix au bout de trois quarts d’heure. »

    Repères

    Où ?

    Voici les points de vente partenaires : La Printanière au Korail du Pont-des-Français, Korail de Païta, Simply Market Michel-Ange, Les primeurs du Caillou à Magenta, La Boutique des producteurs au marché municipal de Boulari, Super U Auteuil. A noter que le Discount du centre commercial de Téari, à Koné, devrait prochainement appliquer également la classification des prix de ses fruits et légumes.

    Quels fruits et légumes ?

    Depuis le 1er août, les tomates, les courgettes, la salade et les concombres verts sont soumis à la classification de l’Ifel qui entend, l’an prochain, l’étendre à huit nouveaux produits : les carottes, les choux, les oignons, les oranges, les mandarines, les concombres télégraphe, les poivrons et les aubergines.

    Un meilleur indicateur pour comparer les prix

    Ce dispositif présente un autre avantage : celui de développer un outil d’analyse plus cohérent afin de comparer les prix d’un même produit d’un point de vente à un autre. « Lorsque les fruits et les légumes ne sont pas de la même qualité, il est impossible de pouvoir comparer leur tarif. En appliquant la classification des prix, nous disposons d’un outil objectif pour comparer les prix d’une variété au sein d’une catégorie donnée », indique Marjolaine Mitaut, la directrice de l’Ifel.


    Formations

    D’ici avril 2019, l’Ifel devrait proposer des formations auprès des producteurs afin d’apprendre à mieux opérer le tri de leurs fruits et légumes.


    Communication

    Selon l’enquête de consommateurs de l’Ifel, 47% des clients sondés pointent un manque d’information et de visibilité du dispositif.


    « Avec ce système, normalement on arrive à presque tout écouler. Et cela s’applique à l’ensemble de nos fruits et légumes. »

    Serge Blanchard, producteur à Mouirange.

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