Nouvelle Calédonie
  • Par Anthony Tejero | Crée le 10.04.2019 à 06h44 | Mis à jour le 10.04.2019 à 08h08
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    La loi du pays concernant l’interdiction progressive du plastique à usage unique entrera en vigueur à partir du 1er août. Alors que les Calédoniens devront changer leurs habitudes, certains n’ont pas attendu pour s’adapter. Et innover. Au point d’en faire leur métier.

    Un distributeur automatique de fruits et légumes 

    Les produits vivriers des champs de la Haute Couvelée, à Dumbéa, seront bientôt à portée de main des Nouméens sans même sortir de la ville et sans passer par l’intermédiaire d’un commerçant. Les agriculteurs du Jardin calédonien vont proposer le premier distributeur automatique de fruits et légumes du territoire. Cette machine, actuellement fabriquée en Alsace, pourrait entrer en service sur le parking de Cheval Distribution dès septembre.

    « L’an dernier, on a perdu un gros client, donc on a dû chercher des solutions pour maintenir nos trente salariés en CDI. Il fallait trouver un moyen de se lancer dans la vente directe à Nouméa, mais on a déjà notre chalet du Jardin calédonien ouvert le week-end et tenir une boutique n’est pas notre coeur de métier, raconte Sabrina Ecoiffier, associée cogérante de l’exploitation. Mon collègue est allé à un Salon de l’agriculture à Angers où il a découvert ces distributeurs. On s’est dit : voilà une belle idée pour écouler la production, se faire connaître et rester dans notre démarche de réduire au maximum la production d’emballages et de plastique. »

    Dans le détail, l’appareil proposera plusieurs casiers avec soit des paniers garnis composés de différents produits, soit des fruits et légumes vendus individuellement à la pièce ou au kilo. Le paiement s’effectuera par carte bancaire et le client devra venir avec son propre contenant pour récupérer la marchandise. « Nous allons devoir communiquer et rassurer sur la qualité et la fraîcheur des produits. Puis, si ça fonctionne bien, on aimerait en développer d’autres, notamment dans les stations service afin que ce soit ouvert 24 heures sur 24, poursuit la productrice. Nous avons d’abord choisi Cheval Distribution car il fallait un endroit clos et sécurisé afin d’éviter les actes de vandalisme. L’accès sera donc possible de 5 h 30 à 18 heures. » Lauréat de l’appel à projets innovants (lire par ailleurs) de la province Sud, le Jardin calédonien pourrait être subventionné jusqu’à 1 million sur un investissement total de 3,4 millions de francs. Un « élément déclencheur » de ce projet innovant.


    De la cellophane… à base de cire d’abeilles

    Voilà bientôt deux ans que Coline Gasse a quitté son poste de vétérinaire pour monter sa petite entreprise L’Abeillemballe. Comme le nom le laisse deviner, cette Bouraillaise s’est lancée dans la fabrication d’emballage de type cellophane, mais à base de cire d’abeilles, d’huile de coco et de résine d’arbre. Le tout sur un tissu en coton. « J’ai découvert ce concept lors d’un voyage en Nouvelle-Zélande. J’en ai ramené avec moi et ça a duré un an. Ensuite, j’ai essayé de le reproduire moi-même, j’ai testé plusieurs recettes et finalement, je me suis laissée emporter, raconte l’artisane. La chaleur de la main permet de modeler le tissu au contenant ou à l’aliment. C’est exactement le même usage que de la cellophane sauf que c’est 100 % végétal. » 

    Et le succès semble au rendez-vous : « Ce n’est pas un gros boom, mais je surfe sur la vague. Mon activité est en hausse constante. Lorsque je fais les marchés, je vois que le nombre d’utilisateurs et de consommateurs concernés par ces questions augmente », assure Coline Gasse, qui met volontiers « une touche personnelle » à ses créations. « J’allie le côté pratique et esthétique qui donne envie de prendre soin de cet emballage. » Et donc de le conserver le plus longtemps possible. Tarifs : de 300 à 2 000 F selon modèles et points de vente. Renseignements sur la page Facebook de L’Abeillemeballe.


    Sous les pavés… le plastique et les scories

    Voilà une initiative bienvenue dans la valorisation des nombreux déchets non recyclables en Calédonie. Dans son usine du Mont-Dore, la société Ecopavement planche actuellement sur la fabrication de dalles à base de matière plastique et de scories. « Il s’agit d’un nouveau matériau composé à 99 % de déchets. Nous serions notamment en mesure de traiter les polyéthylènes, c’est-à-dire les films plastique, les contenants colorés, etc. Tout ce qui finit enfoui, expliquent les fondateurs Clément Merzeau et Paul Ligeard. Il s’agit de dalles de revêtement de sol qui pourraient servir pour les trottoirs, les allées privées et pour tout autre besoin carrossable. Pour l’instant, on est encore dans les phases d’essai. On affine notre procédé. C’est un projet pilote sur lequel on travaille afin de développer un process qui soit économiquement viable. A notre connaissance, c’est une première. » 

    Les fondateurs espèrent ainsi commercialiser les premières pièces « dans les mois à venir ».


    Des sacs en matière naturelle cousus à la main par les bénévoles

    Le secteur associatif n’est pas en reste dans la lutte contre les emballages. « Aujourd’hui, il y a un tiers de plastique dans l’océan et deux tiers de poissons. Et d’ici 2050, il pourrait y avoir plus de plastique que de poissons… » Partant de ce constat, Christine Pöllabauer, directrice de Mocamana, n’a pas voulu rester les bras croisés. Si l’association est davantage connue pour ses opérations de plantation, les bénévoles ont décidé de se lancer dans une nouvelle activité : la fabrication de sacs réutilisables en matière naturelle, en vue de l’interdiction des sacs en plastique. « Tout est parti d’un simple atelier, puis nous avons eu une commande de 300 sacs. On a réussi à relever le défi et on s’est dit que c’était un formidable projet, s’enthousiasme la directrice de l’association, qui doit également bénéficier d’un coup de pouce financier de la province Sud pour passer à la vitesse supérieure. On va pouvoir acheter trois machines à coudre plus adaptées. L’objectif est de passer de 100 à 300 créations par mois. » La matière première, 100 % en fibres végétales, est notamment donnée gratuitement par les torréfacteurs qui se débarrassent ainsi de leur contenant, une fois le café importé. « Ces ateliers sont ouverts aux couturières, confirmées comme débutantes. On aimerait également accueillir comme bénévoles des personnes en insertion. Cette expérience mêle un volet économique et un volet social. Le tout au profit de l’environnement. »

    Tarifs : de 1 500 F à 2 500 F le sac. Renseignement sur la page Facebook de l’association.


    Le vrac jusque dans la salle de bains

    Dans l’Epicerie vrac du Faubourg-Blanchot, comme à l’Epicerie Bio de Robinson, la guerre aux emballages est déclarée. Le vrac y tient une place de plus en plus large, jusque dans la vente de produits d’hygiène corporelle. « Nous disposons déjà d’un distributeur avec une pompe à Nouméa et nous allons en acheter également un pour la boutique du Mont-Dore afin d’élargir notre gamme de shampoing et de gel douche vendus en vrac », lance la gérante Fabienne Gandet, qui peut compter sur une aide de la province Sud, recouvrant jusqu’à 47% du montant du projet. C’est un investissement de deux millions de francs. Mais les banques sont frileuses dans ce domaine. C’est donc un super coup de pouce qui donne du poids face aux financeurs. » Et le jeu en vaut la chandelle à en croire la commerçante : « On est vraiment portés par les consommateurs. On sent qu’il y a une attente, une motivation. Le vrac est peut-être encore un marché de niche, mais les gens ont de plus en plus de prise de conscience et ont besoin de solutions concrètes pour parer l’utilisation de plastique,poursuit Fabienne Gandet. Sur certains articles en vrac comme les épices, il peut y avoir une véritable économie à faire. L’objectif, c’est de proposer des produits du quotidien, de la farine au liquide vaisselle, sans emballage. Ces produits de base consommés si souvent que ça fait sens de stopper l’emballage. » 

    Renseignements au 29 82 81 ou sur la page Facebook de l’Epicerie bio de Robinson.


    Des bocaux en verre en consigne plutôt que des sacs sous vide

    En 2015, Delphine Durant et Jérôme Cellard ont quitté leur travail pour se lancer dans la charcuterie. Dans leur laboratoire de Magenta, ils préparent notamment des terrines de porc et de cerf qu’ils ont très vite décidé de vendre dans des bocaux en verre, sous la forme de consignes. «Nous avons vu les masses de plastique que nous utilisions au début pour l’emballage. Nous écoulions jusqu’à 10 000 sacs sous-vide par an et aujourd’hui, compte tenu de notre production, nous en serions à 15 000, racontent ces associés de GDélices qui vendent environ 700 terrines par mois. L’avantage du bocal en verre, déjà, c’est que le produit est de meilleure qualité, mais aussi que la date limite de consommation est plus longue qu’avec du plastique. Par conséquent, on évite le gaspillage. » Sauf qu’une telle transition ne s’est pas faite en un claquement de doigts. Les artisans ont bénéficié d’une aide de l’Ademe qui a couvert 50 % (soit environ 900 000 francs) de l’achat d’un autoclave afin d’adapter le mode de cuisson des terrines. Puis il a ensuite fallu faire accepter le système de la consigne où chaque bocal coûte 300 francs. « Au début, on a perdu quelques clients car c’était un peu difficile à intégrer. Tous les consommateurs ne sont pas encore prêts. Mais on se rend également compte que ça a tendance à fidéliser la clientèle qui de toute façon revient déposer les bocaux », concluent, optimistes, les gérants de GDélices. 

    GDélices a notamment un stand au marché de Moselle, du vendredi au dimanche.

     

    Repères

    Appel à projets jusqu’à juin

    La province Sud soutient plusieurs projets innovants qui proposent des alternatives écologiques au plastique. Une enveloppe de 30 millions de francs y est consacrée, financée par l’Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). La deuxième session pour déposer sa candidature se clôt le 30 juin. Au cours de la première session, douze dossiers ont été reçus et sept projets retenus. Parmi ces lauréats : Mocamana, Le Jardin calédonien, L’Epicerie Bio de Robinson et L’Abeillemballe.

    Calendrier des interdictions

    Au 1er août 2019 : sacs distribués à la caisse à usage unique ; sacs non biosourcés, à usage unique, distribués en rayon ; tous les sacs en plastique cabas réutilisables (importation interdite). 

    Au 1er septembre 2019 : gobelets, verres, tasses, assiettes, couverts, pailles à boire, touillettes, cotonstiges. 

    Au 1er mai 2020 : barquettes alimentaires destinées à la vente directe (sauf compostables et en matière biosourcée). 

    Au 1er mai 2022 : barquettes destinées au pré-emballage des denrées alimentaires (sauf compostables et en matière biosourcée). 

     

    Do-it-yourself.

    De plus en plus d’ateliers proposent de préparer soi-même ses produits, notamment dans l’hygiène. Un procédé écologique qui peut permettre de réduire les emballages.


    8 700 tonnes

    Selon la province Sud, 2 600 tonnes de déchets plastique sont jetées annuellement par les ménages, et 6 100 tonnes par les entreprises dans le pays.


    La loi en ligne

    Sur son site internet, la province Sud met en ligne toute une documentation autour de la fin du plastique dont le document de la loi votée au Congrès.

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