- Mathurin Derel | Crée le 20.01.2026 à 05h00 | Mis à jour le 20.01.2026 à 05h00ImprimerMathieu Harel Vivier et Marie-Alice Guélemé lors de l’accrochage de l’exposition "La Silhouette faîtière", au centre culturel Tjibaou. Photo MDLa flèche faîtière, élément central de l’architecture et de la culture kanak, est au cœur de l’exposition "La Silhouette faîtière", présentée du 20 janvier au 29 mars, case Bwenando, au centre culturel Tjibaou. Porté par l’artiste et enseignant-chercheur Mathieu Harel Vivier, le projet est l’aboutissement de deux ateliers artistiques menés début janvier à Nouméa et dans la tribu de Grand Borendy, sur la côte Est.
"La flèche est l’élément visible de la tribu, du clan", rappelle l’artiste. Placée au sommet de la case, elle marque une présence, une organisation sociale et un rapport au paysage. Si la flèche faîtière demeure un objet coutumier fort, elle a progressivement dépassé ce cadre. "Aujourd’hui, on la croise ailleurs", observe Mathieu Harel Vivier. "On la retrouve peinte sur des abris de bus, sur des vêtements, transformée en bijoux…" Une circulation qui témoigne de son inscription profonde dans l’imaginaire collectif.
Un motif coutumier entré dans les codes
Cette évolution est au cœur du travail proposé. L’exposition s’appuie notamment sur les recherches de l’ethnologue Roger Boulay, qui a conduit, avec Emmanuel Kasarhérou, l’Inventaire du patrimoine kanak dispersé (IPKD). "Selon sa thèse (présentée dans son ouvrage Houp), les premières flèches étaient très simples : un bâton relié à la case, formant un motif géométrique", explique l’artiste. "Les visages arrivent ensuite, et dans les flèches contemporaines, on voit apparaître des motifs végétaux ou animaliers."
L’exposition ne cherche cependant pas à figer une lecture unique de ce que sont ou seront les flèches faîtières. "Les historiens et les artistes ne travaillent pas de la même manière", souligne Mathieu Harel Vivier. "Les historiens ont besoin d’un corpus exhaustif et fixent les choses d’une certaine manière, les artistes font bouger ces lignes." Les échanges menés durant les ateliers ont mis en lumière cette tension entre formes rattachées à un territoire précis et évolutions liées aux déplacements des populations.
Au cœur de l’exposition, une grande fresque propose un paysage imaginaire composé de cimes de cases et de silhouettes de flèches. "C’est un point de vue sur une tribu à l’échelle du territoire", précise l’artiste. L’œuvre donne un aperçu volontairement non exhaustif de la diversité existante. L’IPKD recense en effet plus de 400 flèches différentes sur l’ensemble du pays. "Il y a une diversité de formes considérable, même si certaines sont apparentées", rappelle-t-il.
Démarche collective
Le projet repose sur une démarche collective, centrale pour l’artiste. À Nouméa, les ateliers ont réuni artistes confirmés, amateurs, jeunes et moins jeunes. À Grand Borendy, à Thio, le travail s’est déroulé dans la maison commune, en associant des artistes locaux et les volontaires participant aux échanges.
Mathieu Harel Vivier a notamment pu compter sur le soutien de trois artistes locaux : Ruben Diopoué, Steeve Fisdiepas et Enzo Lepeu, "au cœur du projet". Habitués au travail de fresque, notamment dans des nakamals et sur des bâtiments publics, ils ont apporté une autre manière de créer, plus directe, nourrie par l’expérience du terrain. "Moi, je me pose beaucoup de questions avant de faire, eux ont une dynamique très immédiate", observe Mathieu Harel Vivier. Une complémentarité qui, selon lui, a largement contribué à la richesse des échanges et à la vitalité du projet collectif.
Hommage et transmission
Parmi les participants à l’atelier de Nouméa, Marie-Alice Guélemé, originaire de Bélep, évoque un travail avant tout tourné vers la pratique et la transmission. "La signification, on l’a chacun par aire ou par région. Là, c’était plus dans l’évolution de la flèche", explique-t-elle. Une approche qui l’a menée à renouer avec des techniques de tressage et à envisager leur réutilisation dans ses propres ateliers, notamment avec des enfants.
"La Silhouette faîtière" rend également un hommage au sculpteur calédonien Raymond Bonnenfant, figure discrète de la sculpture locale disparu en 2022. Très investi dans la restauration et la reproduction d’objets coutumiers, notamment de monnaies traditionnelles, Raymond Bonnenfant a travaillé toute sa vie au plus près des pratiques et des savoirs en tribu, dans un dialogue constant avec les Kanak. "Il était extrêmement attentif à l’exactitude des formes", souligne Mathieu Harel Vivier. À travers ses observations des pièces conservées dans les musées et ses échanges en tribu, le sculpteur cherchait à retrouver la justesse des formes avant leur transformation par le temps.
C’est à partir des gabarits de papier retrouvés dans son atelier, utilisés pour la réalisation de flèches faîtières, que Mathieu Harel Vivier a développé ses pochoirs et ses propositions graphiques. Une manière de remettre en circulation ces formes, hors des vitrines des musées.
Plus largement, les deux ateliers posent la question de l’accès à la pratique artistique sur le territoire. "Priver des personnes d’un moyen d’expression, ça a des conséquences", estime l’artiste, évoquant la fermeture de l’Ecole d’art à Nouméa au début des années 2000. À travers ces ateliers, il défend l’idée de lieux et d’espaces permettant aux artistes de créer, d’échanger et de transmettre.
Note
Vernissage le mardi 20 janvier, de 9 heures à 17 heures au centre culturel Tjibaou.
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