Nouvelle Calédonie
  • ENTRETIEN AVEC Jean Massenet, directeur d’Insight SAS et Marc Despinoy, ingénieur de recherche et responsable de l’unité mixte de recherche Espace-DEV à Nouméa
    Sylvie Nadin | Crée le 10.07.2019 à 05h53 | Mis à jour le 10.07.2019 à 07h12
    Imprimer
    Jean Massenet et Marc Despinoy anim(ai)ent, hier et aujourd’hui, des séminaires à l’UNC et à l’IRD. Photo S.N.
    Aujourd’hui se clôture le séminaire Observation spatiale au service de la Nouvelle-Calédonie porté par l’entreprise calédonienne Insight SAS. Politiques, scientifiques et associatifs se sont retrouvés durant deux jours autour du thème de l’imagerie spatiale.

    Les Nouvelles calédoniennes :

    Qu’est-ce qui vous a poussé à organiser ce séminaire ?

    Jean Massenet : L’imagerie spatiale concerne un ensemble de domaines très vastes. De la simple surveillance des feux de forêt à la prévention cyclonique en passant par les impacts des activités humaines sur l’environnement. Beaucoup d’acteurs, en particulier les centres de recherche, utilisent ces images obtenues par satellite ou par drone et les données qu’elles contiennent.

    C’est le plus gros séminaire autour de l’imagerie spatiale en Nouvelle-Calédonie.

    Or, aujourd’hui, nous manquons d’images, de données et même si elles existent nous ne savons pas où elles sont stockées. Nous ne sommes pas encore dans l’open data (NDLR : les données en accès libre sur des plateformes dédiées) même si ça va dans le bon sens. De plus, certaines institutions continuent de croire que l’imagerie spatiale est un gadget. L’objectif du séminaire est donc de démocratiser l’utilisation de l’imagerie spatiale. Ces données sont les richesses de demain, elles permettront de prendre du recul et de mettre en place des actions réfléchies de gestion et de protection des territoires et des ressources.

    Qui est concerné par ce séminaire ?

    Jean Massenet : Nous attendons à peu près 100 personnes, des gestionnaires des territoires (du gouvernement, des trois provinces, des communes du Grand Nouméa) mais aussi des acteurs de la recherche, des bureaux d’études, des organisations internationales, des associations environnementales… C’est le plus gros séminaire autour de l’imagerie spatiale en Nouvelle-Calédonie !

    Nous effectuons ce séminaire dans le cadre d’un projet plus grand. C’est la première action de la nouvelle animation régionale Théia (ART) de Nouvelle-Calédonie. L’ART est un réseau national qui cherche à valoriser l’imagerie spatiale et à permettre aux différents acteurs concernés de se rencontrer autour d’événements.

    Comment obtient-on des images spatiales ?

    Marc Despinoy : Les données avec une faible résolution spatiale sont la plupart gratuites, comme les images de la Nasa ou celles de l’Agence spatiale européenne. Si par contre on augmente la résolution spatiale (NDLR : la taille minimale des objets observables), donc la précision, les données deviennent payantes. Tout cela c’est lorsqu’on souhaite des données d’archives.

    Lorsqu’on souhaite étudier un phénomène bien précis et avoir des images particulières on peut les commander.

    Dans le cas d’un cyclone, par exemple, nous pouvons étudier par l’imagerie spatiale l’impact sur les milieux. En effet, les images permettent de catégoriser les différents milieux (zones habitées, forêts, mangroves, zones agricoles…) et, ensuite, d’évaluer la perte végétale ou la destruction de ces différents milieux. Ce qui permet ensuite de prendre des décisions sur la base de données concrètes et précises.

    Pouvez-vous nous donner d’autres exemples concrets d’utilisation de l’imagerie spatiale en Nouvelle-Calédonie ?

    Marc Despinoy : La foresterie, par exemple. Nous pouvons détecter des espèces particulières d’arbres ou de plantes via les images spatiales et ainsi déterminer leur implantation. Ce qui est utile lorsqu’on étudie des espèces envahissantes, comme le Pinus caribaea, utilisé par l’exploitation forestière. Un suivi spatial et temporel de cette espèce permet de maîtriser son expansion.

    Dans le cadre du changement climatique, les images spatiales nous permettent de suivre l’évolution du trait de côte sur le littoral. On en utilise également pour surveiller les bateaux de pêche illégaux. La télédétection est également utilisée dans la lutte contre les moustiques. L’imagerie spatiale permet de déterminer les zones potentiellement occupées par les moustiques, vecteurs de maladie comme la dengue, et de mettre en place des actions ciblées. Et je pourrais citer bien d’autres exemples encore !

     

    Repères

    Télédétection

    La télédétection est la détection des objets à distance, sans contact. L’imagerie spatiale est la prise d’images par un satellite.

    Lorsqu’on couple ces images avec d’autres données, on parlera de système d’information géographique, SIG.

    Insight SAS

    Insight SAS est une start-up innovante dédiée au traitement et à la diffusion de données issues de l’imagerie spatiale.

    UMR ESPACE-DEV

    Cette unité mixte de recherche de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) utilise l’imagerie spatiale pour répondre à des problématiques multidisciplinaires, liant écosystèmes et sociétés.

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS