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    Nouvelle Calédonie
  • Julien Mazzoni | Crée le 09.01.2026 à 15h58 | Mis à jour le 09.01.2026 à 16h00
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    Soren est la première chouette sauvée par le refuge de Ga’hoole. Les chouettes sont "des alliées de l’écosystème" affirme Alexandre Roulin, professeur à l’université de Lausanne et spécialiste mondial de la chouette effraie. Photo Refuge de Ga'hoole
    La récente découverte de fragments de scarabée rhinocéros dans une pelote de réjection de chouette effraie, à Bouraké, relayée sur les réseaux sociaux, suscite l’espoir d’utiliser l’oiseau pour contribuer à endiguer l’avancée de ce ravageur de cocotiers. Mais les chercheurs rappellent que la lutte contre cet insecte invasif repose sur des stratégies bien plus complexes.

    Une photo, partagée mercredi 7 janvier sur la page Facebook du refuge de Ga’hoole a suffi à susciter l’espoir et à ouvrir le débat. Dans une pelote de réjection de chouette effraie, des fragments de coléoptère ont été identifiés comme appartenant au scarabée rhinocéros, redouté ravageur de nos cocotiers. De quoi nourrir l’idée d’un prédateur capable de freiner l’invasion. Une hypothèse séduisante, mais que les spécialistes invitent à considérer avec prudence.


    Pelote de réjection d’une chouette effraie contenant des restes de scarabée rhinocéros, trouvée à Bouraké par Julien Lebreton. Photo Julien Lebreton

    À l’origine de cette observation, Julien Lebreton, consultant en faune terrestre calédonienne. Sur son terrain, à Bouraké, il repère des restes alimentaires sous un site fréquenté par une chouette. Une observation fortuite que le consultant relativise. "Ce n’est pas une découverte au sens scientifique du terme", insiste-t-il. Pour lui, la prédation par la chouette est possible, mais marginale, et ne saurait constituer un levier de lutte à elle toute seule.

    La chouette est un allié de l’écosystème

    Même prudence du côté du refuge. Sa gérante, Cindy Badin, amoureuse des chouettes depuis de nombreuses années, explique avoir dans un premier temps douté de leur implication dans la lutte contre le scarabée, pensant plutôt au rôle des rats ou des corbeaux. Ce n’est qu’après l’examen des pelotes que l’hypothèse s’est dessinée. À ce stade, toutefois, aucune quantification n’est possible : ni fréquence de consommation, ni impact sur la population de scarabées.

    Pour éclairer la discussion, Cindy Badin a sollicité Alexandre Roulin, professeur à l’université de Lausanne et spécialiste mondial de la chouette effraie. Son analyse est claire : la chouette consomme régulièrement des coléoptères, la présence d’un scarabée rhinocéros n’a donc rien d’exceptionnel. "La chouette est un allié de l’écosystème", souligne-t-il, en rappelant son rôle majeur dans la régulation des rongeurs. Mais il tempère : "Elle ne régulera pas à elle seule une population invasive comme celle du scarabée rhinocéros."

    Consommation "opportuniste"

    Les travaux scientifiques menés en Europe confirment cette lecture. L’analyse de plusieurs centaines d’études montre que les insectes représentent une part très minoritaire du régime alimentaire de la chouette effraie, largement dominé par les petits mammifères. Une consommation qualifiée d’opportuniste, variable selon les contextes, mais jamais suffisante pour constituer une stratégie de contrôle biologique.

    En Nouvelle-Calédonie la réalité de la lutte est bien plus complexe. Chercheur en entomologie à l’Institut agronomique néo-calédonien (IAC), Christian Mille rappelle que le scarabée rhinocéros pose un défi particulier. Très prolifique, l’insecte passe plusieurs mois à l’état larvaire, enfoui dans les déchets végétaux, avant que les adultes n’émergent et s’attaquent aux palmiers. "C’est le stade adulte qui est ravageur", précise-t-il.

    Une combinaison de différents leviers

    La lutte engagée repose donc sur une combinaison de plusieurs leviers : piégeage des adultes, amélioration de l’attractivité lumineuse, utilisation de champignons entomopathogènes (capable d’infecter les insectes) ciblant les larves et des recherches en cours sur des stratégies virales. Sur la Grande Terre, le biotype identifié est en outre résistant à certains outils utilisés ailleurs dans le Pacifique, ce qui complique encore la tâche. À Lifou, où le scarabée a été détecté de manière limitée, il fait l’objet d’une surveillance étroite sans qu’une communication détaillée soit disponible à ce jour.

    Dans ce contexte, la chouette effraie conserve un rôle à jouer, mais qu’il faut envisager à sa juste mesure. Favoriser sa protection, mieux connaître son régime alimentaire, analyser ses pelotes sont autant de pistes utiles pour la connaissance scientifique et la sensibilisation du public mais ne constituent pas une solution miracle contre le scarabée rhinocéros.

    Sollicitée sur le sujet, la direction des affaires vétérinaires, alimentaires et rurales (Davar), le service du gouvernement chargé de la biosécurité et de l’agriculture en Nouvelle-Calédonie, n’a pas répondu à nos sollicitations.

    Détecté en 2019

    Introduit accidentellement, le scarabée rhinocéros (Oryctes rhinoceros) est détecté pour la première fois en Nouvelle-Calédonie en septembre 2019, à proximité de la zone de Tontouta. Comme ailleurs dans le Pacifique, son arrivée est attribuée au transport de matériel ou de déchets végétaux. Depuis, l'insecte s'est installé sur la Grande Terre, où il cause des dégâts importants sur les cocotiers et certains palmiers, ravivant le souvenir d'autres invasions biologiques difficiles à contenir. Récemment des spécimens ont également été découverts à Lifou.

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