Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 08.07.2019 à 04h25 | Mis à jour le 08.07.2019 à 08h07
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    Plus d’une centaine de personnes ont manifesté dans le calme, vendredi, jusqu’à la brigade de gendarmerie de Fayaoué. Photo DR
    FAITS DIVERS. Durant le week-end, des coutumiers et des pêcheurs d’Iaai qui ont participé à l’abordage d’un bateau de touristes, lundi 24 juin, ont été auditionnés sous le régime de la garde à vue.

    La réponse judiciaire était très attendue par les victimes, elle est intervenue ce week-end. Un peu plus de dix jours après l’agression de touristes australiens et brésiliens et de leurs accompagnateurs calédoniens, le lundi 24 juin à Beautemps-Beaupré, huit personnes ont été auditionnées à la brigade de gendarmerie de Fayaoué sous le régime de la garde à vue, samedi et dimanche. Trois autres individus doivent encore être entendus aujourd’hui. En charge de l’enquête ouverte pour violences aggravées, vol avec violences et dégradations par moyen dangereux pour les personnes, la gendarmerie n’a procédé à aucune interpellation, « les personnes entendues ont été invitées à se présenter. Ce qu’elles ont fait dans le calme et sans aucun problème », indique une source proche du dossier.

    Quelle réponse pénale ?

    Il s’agissait pour les enquêteurs de la brigade de recherches de la compagnie de gendarmerie de Nouméa d’entendre les personnes soupçonnées d’avoir participé à l’abordage du bateau touristique armées de sabres et de fusils, mais également celles qui ont réalisé la coutume avec les accompagnateurs calédoniens. Une coutume au cœur de cette affaire qui a fait réagir bien au-delà d’Iaai : les autorités coutumières ont-elles donné l’autorisation aux touristes de pêcher à Beautemps-Beaupré ? Les premiers affirment haut et fort que non et qu’un « droit de visite » a été accordé pour réaliser des photos et seulement pour trois jours. Tandis que les victimes soutiennent qu’elles avaient eu l’accord des représentants de la chefferie pour pêcher dans l’atoll, à condition de ne pas le faire dans les environs immédiats de l’îlot de Beautemps-Beaupré. « Les auditions réalisées jusqu’à présent ont confirmé les divergences relevées quant aux contenus des autorisations accordées aux touristes », a indiqué, hier, le procureur de la République. Selon Alexis Bouroz, « les intéressés ont tous reconnu leur participation, l’utilisation de deux fusils lors de l’agression, dont un a été saisi, et avoir exercé pour certains d’entre eux des violences à l’encontre de deux des victimes, dont le skipper».

    Le sort du matériel de pêche et de photographies sous-marines « réquisitionné » par les coutumiers est aussi en suspens. Une réunion devrait prochainement s’organiser entre les autorités coutumières pour en décider. « Les démarches entreprises permettent d’envisager dans un bref délai la restitution des objets volés et la saisie du second fusil », assure le procureur. Enfin, une fois toutes les gardes à vue levées, le parquet n’est pas tenu de donner de réponse pénale dans l’immédiat afin que l’enquête préliminaire se poursuive. C’est ce qui devrait très probablement se passer dans ce dossier très sensible.

    Cyriaque Alosio, président de l’aire coutumière Iaai, dépose plainte

    Vendredi, une marche a réuni plus d’une centaine de personnes à Ouvéa et s’est conclue par un dépôt de plainte de Cyriaque Alosio contre la société Long island fishing dont le bateau a servi de « taxi-boat » aux touristes qui vivaient sur le yacht. Dans ce document, l’ancien maire d’Ouvéa et actuel président de l’aire coutumière d’Iaai dénonce « le non-respect de la coutume et de la parole donnée lors des échanges coutumiers », « la violation de la zone coutumière classée au patrimoine mondial de l’Unesco », « l’utilisation du matériel professionnel de pêche » et « l’utilisation des engins nautiques motorisés dans la zone marine protégée ». Par ailleurs, dans un cahier de doléances transmis à la gendarmerie, l’aire Iaai indique que ce sont « les jeunes coutumiers de l’île » qui ont « constaté les infractions sur le site protégé » et ont « agi en conséquence », exigeant « que le nécessaire soit fait pour le retrait de la plainte déposée, et ce, dans les plus brefs délais » par les victimes.

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