- Anthony Tejero | Crée le 05.01.2026 à 18h16 | Mis à jour le 05.01.2026 à 18h34ImprimerL’attaque s’est produite à quelques dizaines de mètres, dans le "bleu", à l’extérieur du récif, à proximité de la passe de Kélé, entre Moindou et Bourail. Photo d'illustration : Anthony TejeroUn homme de 35 ans a été grièvement mordu par un squale, samedi 3 janvier, pendant qu'il plongeait en bouteille à l'extérieur du récif, entre Moindou et Bourail. L’un de ses sauveurs, un garde nature de la province Sud, raconte le récit de la prise en charge en mer de la victime, qui, selon plusieurs témoignages, aurait pu être la cible d’un requin-bouledogue. Alors que ces accidents sont jugés rarissimes à l’échelle mondiale, cette deuxième attaque contre un plongeur pose bien des questions.
Que s’est-il passé, le samedi 3 janvier, au grand coude de Kélé, une passe située entre Moindou et Bourail, où un plongeur a été grièvement mordu par un requin ? Deux jours après cet accident, si de nombreuses questions restent en suspens, quelques réponses affleurent afin d’éclaircir les circonstances de ce fait divers. Pour rappel, un homme de 35 ans a été cible d’une attaque de squale alors qu’il plongeait en bouteille à quelques dizaines de mètres à l’extérieur du récif.
En ce long week-end du Nouvel An, la victime effectuait une sortie de plusieurs jours avec un club de Nouméa. Lorsque l’alerte a été donnée par ce groupe, notamment sur le canal 16 de la VHF, le hasard a mis sur leur route le bateau des gardes nature de la province Sud, qui effectuaient des missions de contrôle de pêche dans cette zone.
Blessures "aux mains et aux poignets"
"Nous nous trouvions à environ 500 mètres lorsque le Coss (Centre opérationnel de surveillance et de sauvetage en mer) nous a contactés pour leur porter assistance, explique Olivier Rolland, responsable de l’équipe des gardes nature de Bourail. À notre arrivée, la victime avait déjà été prise en charge par une infirmière qui faisait partie de ce groupe d’une dizaine de personnes et qui avait déjà posé un garrot et des bandes sur ses blessures."
Touché au niveau des deux membres supérieurs, le plongeur a été grièvement mordu "au niveau des mains jusqu’aux poignets". L’un des quatre gardes nature, par ailleurs pompier volontaire, s’est d’abord assuré que les premiers secours lui avaient été prodigués, avant de transporter la victime sur le bateau de la province Sud, en présence de l’infirmière. Direction le débarcadère de la Roche-Percée, à l’embouchure de la Néra en près de vingt-cinq minutes, où les pompiers de Bourail et le Smur attendaient la victime pour la prendre en charge avant son évacuation au Médipôle. "Ce jour-là, il y avait une forte houle, mais notre bateau, beaucoup plus rapide, a permis de gagner une bonne demi-heure pour le ramener sur la terre ferme, sachant que le navire du club de plongée n’aurait pas pu accoster à marée basse. C’était très important d’être le plus rapide possible, ne serait-ce que pour soulager sa douleur, détaille Olivier Rolland, qui confirme la version des pompiers : la victime n’a pas perdu connaissance avant son évacuation. Notre équipe, ainsi que l’infirmière à bord, lui ont parlé tout au long du trajet. Il était conscient jusqu’à notre arrivée au débarcadère."
"La victime a reconnu un requin-bouledogue"
Selon nos informations recueillies ce lundi, la victime, qui a survécu à ses blessures, a été conduite au bloc opératoire du Médipôle dès le samedi après-midi, après son évacuation par hélicoptère. Une question de taille est néanmoins sur toutes les lèvres depuis ce week-end : quelle espèce de squale est à l’origine de l’attaque ?
Si aucune identification du spécimen en cause n’est à ce stade officielle, il pourrait s’agir d’un requin-bouledogue, selon plusieurs témoignages, à commencer par celui de la victime elle-même. "Lorsque nous l’évacuions en bateau, il nous a indiqué avoir reconnu un requin bouledogue. Il l’aurait mordu alors qu’il remontait vers la surface, glisse Olivier Rolland, à qui des plaisanciers avaient d’ailleurs signalé la présence d’un spécimen agressif dans cette zone, peu de temps avant l’accident. Environ cinq ou dix minutes avant l’alerte, nous avions contrôlé le contenu de la pêche sur un autre bateau. L’un des chasseurs sous-marins nous a signalé avoir eu un contact avec un requin-bouledogue qui l’avait clairement embêté. Or, les deux bateaux étaient distants d’environ un kilomètre, dans ce secteur de la passe de Kélé."
Si ce faisceau d’indices concordants laisse donc penser à une attaque de requin-bouledogue, l’analyse par des experts des blessures du plongeur, lorsqu’il sera tiré d’affaire, pourrait confirmer cette hypothèse dans les prochains jours.
"Ces attaques sont vraiment très rares dans le monde"

Le docteur Claude Maillaud, médecin généraliste et spécialiste de la faune marine dangereuse, est l’un des rares experts des requins en Nouvelle-Calédonie.Les attaques contre les plongeurs en bouteille sont réputées très rares dans le monde. Pourtant, c’est déjà la deuxième fois qu’un accident se produit dans de telles circonstances dans le pays, qui plus est dans le même secteur. En effet, le 31 décembre 2020, une monitrice de plongée avait déjà été grièvement mordue à la cuisse par un squale à Bourail. Une attaque survenue à 37 mètres de profondeur, vraisemblablement due à un requin-tigre, à laquelle la victime avait survécu.
Ce nouveau fait divers soulève donc de nombreuses interrogations puisque les cibles des squales sont habituellement essentiellement des chasseurs sous-marins, des pratiquants de sport nautique (à commencer par le kitesurf) ainsi que des baigneurs.
"Dans les eaux tempérées, le grand requin blanc est capable d’attaques sur des plongeurs en scaphandre autonome, c’est-à-dire en bouteille. C’est rare, mais c’est possible. En revanche, dans les eaux tropicales, les attaques par les espèces de requin qu’on y trouve sur des plongeurs en scaphandre autonome sont vraiment très rares ", confirme Claude Maillaud, médecin et spécialiste de la faune marine dangereuse.
"Shark feeding" en Polynésie française
Cet expert émet néanmoins une nuance pour la Polynésie française, où plusieurs faits ont été recensés avant que le "shark feeding" (nourrissage de requins) destinés aux sorties touristiques, ait été interdit. "À l’époque, il y a eu un nombre assez conséquent de morsures, on ne va même pas parler d’attaques, car cette pratique était très largement répandue dans l’archipel afin que les requins soient présents lors de la plongée. Les moniteurs les appâtaient, et en général, ils étaient eux-mêmes mordus, sauf que c’est une configuration qui ne concerne pas la Nouvelle-Calédonie où les attaques de plongée en bouteille sont vraiment exceptionnelles, poursuit Claude Maillaud, selon qui l’attaque de la monitrice de plongée de 2020 était la "huitième" de ce type officiellement recensée dans le monde.
Davantage d’attaques durant l’été austral
Alors que ces faits se sont produits au cœur de la saison chaude, fin décembre et début janvier, cette temporalité est-elle un facteur d’explication ? Là encore, difficile d’apporter une réponse fiable. "Ces événements sont vraiment trop exceptionnels en termes de chiffres pour le vérifier. Pour autant, on est dans la période de l’été austral où statistiquement on relève plus d’attaques de requin en Nouvelle-Calédonie, reconnaît le spécialiste. C’est un moment où on sait que les gros spécimens, tels que les tigres et les bouledogues, sont plus présents et c’est une période de reproduction pour certaines espèces. Cela pourrait donc modifier le comportement des requins et les rendre potentiellement plus agressifs, mais à ce stade ce ne sont que des suppositions. Normalement, les squales ne sont pas censés attaquer les plongeurs en bouteille. Pour l’instant, on en est encore à comprendre ce qui a pu se passer."
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