Nouvelle Calédonie
  • Julia Trinson / julia.trinson@lnc.nc | Crée le 14.09.2018 à 04h25 | Mis à jour le 14.09.2018 à 07h38
    Imprimer
    Hier, les organisateurs des Francofolies et certains artistes internationaux étaient rassemblés pour répondre à la presse. D’autres, comme IAM, Brigitte et Kalash, n’étaient pas présents à la conférence de presse. Photos Thierry Perron, Sophie Ebrard et DR
    MUSIQUE. La 2e édition des Francofolies a lieu aujourd’hui et demain, à Nouméa. Huit têtes d’affiche internationales et dix groupes ou artistes calédoniens sont au programme de cet événement « familial et populaire ».

    Les Francofolies reviennent pour une deuxième édition à Nouméa, et sur un seul site, place de la Moselle. Une situation « plutôt centrale pour se rapprocher encore plus des gens, rendre le festival plus accessible, que ce soit un vrai rendez-vous familial et populaire », pose Chris Tatéossian, directeur de l’événement. Pour Florence Jeux, nouvelle directrice des Francofolies de La Rochelle, l’enthousiasme est réel : « ce festival fait partie des huit que l’on soutient dans le monde, parce qu’il défend des valeurs que nous partageons : proximité, partage, démocratisation de la chanson… »

    Valoriser le patrimoine culturel

    Egalement conçues comme un moyen de mettre en avant le pays (par exemple, l’an dernier, la venue de représentants de différentes Alliance française de la région a débouché sur une tournée en Nouvelle-Zélande pour Julia Paul), les Francofolies « offrent aux artistes locaux les mêmes conditions qu’aux musiciens nationaux et internationaux, et permettent de valoriser notre patrimoine culturel et artistique », précise Cyril Pigeau, cofondateur des Francofolies NC.

    Autre caractéristique, une programmation hétéroclite autour de la francophonie. Resserrée sur deux jours, contre trois pour la première, cette édition propose une soirée plutôt variété-chanson, l’autre reggae-hip-hop. « Le mélange, c’est vraiment dans l’ADN des Franco, où on va trouver des artistes très indépendants et d’autres beaucoup plus mainstream », décrit Christophe Willem qui espère « avoir le temps d’aller écouter les artistes locaux ». « Ce genre de festival, ça nourrit les hommes qu’on est, les femmes qu’on est, c’est un beau cadeau de venir ici », complète Slimane. Pourtant, il n’est pas toujours évident de convaincre des artistes vivant à l’autre bout du monde, souvent en pleine tournée, de bloquer une semaine entière pour venir en Calédonie. Et tous aux mêmes dates !

    Retours aux sources pour Vaiteani

    En 2011, le centre culturel du Mont-Dore voyait Vaiteani faire sa première scène pour la sélection Pacifique du concours musical 9 semaines et demi. Quelques mois plus tard, le duo de « polynesian folk » faisait deux dates aux Francofolies de La Rochelle, l’une d’entre elles devant 10 000 personnes. Une propulsion ébouriffante pour celle qui jouait « dans son canapé » et pour son complice à la scène comme à la ville, Luc, qui manie les instruments qui piquent sa curiosité comme un balafon ramené du Cameroun ou un udu, percussion venue du Nigeria.

    Le tempo s’est ensuite ralenti pour Vateani : le duo est retourné faire ses armes à Tahiti, jouant sur de petites scènes, peaufinant ses compositions. En 2014, une cousine de Vaiteani fait écouter un extrait à un producteur qui se met en tête de leur trouver une maison de disques. Ce sera Un Plan simple. Pendant deux ans, le duo peaufine son projet d’album et fait le grand saut vers la musique pro, quittant des emplois de professeur et s’installant en France.

    L’an dernier sort un album éponyme, accueilli avec enthousiasme dans les milieux musiques actuelles, musiques du monde, jazz.

    Loin de la musique traditionnelle tahitienne, Vaiteani propose « un style plutôt folk, un peu world, pop aussi par certaines mélodies ». Pourtant, l’ancrage tahitien est là. Si l’ancienne prof d’anglais aime écrire dans la langue de Shakespeare, le concours 9 semaines et demie l’a incitée à se tourner vers le reo maohi. Pas simple pour celle dont la génération maîtrise mal la langue de ses aïeux. Vaiteani a donc sollicité l’aide de sa grand-mère qui l’aide à renouer avec la langue. Et, indirectement, à progresser dans son art. « Pour toucher plus les gens, il faut être plus proche de son identité personnelle. En France, ce qui plaît le plus, c’est les chansons en tahitien », sourit Vaiteani. « La musique me ramène à mon identité, à ma culture, tout doucement et ça fait du bien », conclut la jeune femme.

    Vald, sale gosse plus que bad boy

    Sourire en coin et second degré déchiffrable par les connaisseurs : loin des clichés du rappeur bad boy, Vald cultive plutôt l’image du sale gosse. Celui qui fait rigoler tous ses copains en murmurant depuis le fond de la classe et qui crée le comique de répétition en se citant lui-même. En une poignée de minutes, il aura répété une bonne dizaine de fois « excellent pour le moral », fait référence à sa chanson Bonjour - où celui qui ne dit pas bonjour doit craindre pour sa mère - et aura fait ricaner l’équipe de six qui l’accompagne partout où il va. Tout en répondant, il gribouille des zizis avec son stylo.

    Même le public « mou du c… », il sait le faire bouger, promet-il. Sur scène, ils seront trois avec son « backer de toujours, Suik'On Blaze Ad, qui va bientôt sortir une mix-tape » et son DJ Aociz. Depuis deux ans qu’il est sorti de l’underground, le rappeur s’est rodé, est devenu professionnel. « On sait exactement quoi faire ». Ses projets pour les mois à venir, une fois rentré en région parisienne ? « Faire vraiment de la bonne musique et envoyer un bon message à l’univers », répond-il, le regard insondable derrière ses lunettes noires et l’ironie frémissant sur ses lèvres. Et, accessoirement, remplir une série de Zénith en Métropole. Car son rap nouvelle école, provoc, cru et parfois drôle, fascine. Reste à voir si les Calédoniens, dont certains seront plutôt venus pour IAM ou Kalash, y seront sensibles, demain en fin d’après-midi.

    Christophe Willem, toujours « émerveillé » mais « moins naïf »

    Dix ans ont passé depuis le concert de Christophe Willem au centre Tjibaou, peu après sa propulsion par l’émission La Nouvelle star. « Je suis exactement la même personne, je suis toujours émerveillé », insiste le chanteur. Mais en dix ans, il aura aussi connu quelques déceptions et une évolution profonde du métier où « on se raccroche davantage au plaisir de faire de la scène ». Ce qui lui convient parfaitement, « c’est le lieu où j’aime être ». En somme, celui que Marianne James avait baptisé « La Tortue » se trouve « moins naïf ». « A l’époque, je me laissais porter par quelque chose », se souvient-il. Depuis, cinq albums sont sortis, dont le dernier, Rio, qu’il a entièrement composé avec son complice Aurélien Mazin qui officie aux claviers sur scène. « Il a pris naissance à Rio, parce que j’ai eu un vrai coup de cœur pour cet endroit, mais ç’aurait pu être n’importe où dans le monde. L’idée était de prendre du recul et de la hauteur, de se concentrer sur ce qui est important, essentiel. »

    Responsabilité de l’artiste

    Car ce n’est pas seulement le milieu de la musique qui a changé en dix ans : le monde aussi. « On a tous été marqués par les attentats », reconnaît-il. La scène, qu’il a toujours aimée, il la voit aujourd’hui « comme une fenêtre de liberté, où l’on oublie le temps d’un concert ce qu’on vit au jour le jour, et c’est vraiment vital. L’art, c’est le point sur lequel il ne faut jamais faire d’économie quand une société est difficile. Avant j’étais dans l’amusement, aujourd’hui, j’ai plus la notion de la responsabilité et de l’utilité qu’on peut avoir à faire ce métier. »

    Rio va servir de fil conducteur au concert d’aujourd’hui, confie Christophe Willem, avec toutefois de nombreux « clins d’œil » à tous les albums et à ses plus grands tubes. Parce qu’« en festival, il y a aussi la notion de retrouvailles, avec un public qui ne nous suit pas forcément, il faut arriver à un set qui n’est pas égoïste ».

    L’Entourloop, « crêpe complète » musicale

    Le duo de « papys DJ » de L’Entourloop (ils sont plusieurs à tourner derrière un grimage) a raté un avion et n’était pas en conférence de presse hier. C’est donc le MC, Troy Berkley, qui a répondu à la presse. « Je chante, je rappe, je toaste, je suis la crêpe complète », rigole cet Anglais originaire des Bermudes qui vit en Bretagne et affectionne les expressions franchouillardes. Bien qu’archipel britannique, les Bermudes sont « à une heure de New York. On est beaucoup plus Américains qu’on a envie de l’accepter, on est riches en hip-hop comme en reggae, on passe du coq à l’âne ! » Un mélange qui colle parfaitement avec le collectif L’Entourloop, fondé autour d’une passion commune pour les vieux vinyles et les sound systems. Un son nourri à parts égales de reggae et de hip-hop, le tout saupoudré de vieux dialogues de cinéma.

    Le MC ne doute pas de pouvoir réchauffer le public calédonien : « mais je ne le fais pas comme les autres MC. Je suis de l’ancienne école, je laisse les chansons faire le boulot, je n’arrête pas la musique tout le temps. Et je traite chaque date comme si c’était Wembley, même s’il y a trois personnes dans la salle ! »

    Connus pour être des chasseurs de trésors audio, les DJ de L’Entourloop auront peut-être l’occasion de dénicher quelques sons collector sur le Caillou. « A mon avis ils sont déjà dégoûtés d’arriver à la bourre, parce qu’il y en a un qui avait déjà prévu de chasser de petits bijoux audio, c’est sa passion… »

    Slimane « ému par cet endroit magique »

    « C’est une des premières fois que je vais aussi loin », sourit Slimane, qui avoue avoir eu les larmes aux yeux en arpentant la plage, hier matin, tandis que le soleil se levait. « Il y a à peine trois ans, je faisais mes chansons dans ma chambre avec un vieux synthé qui ne fonctionne pas très bien », s’émerveille-t-il. Révélé par l’émission The Voice en 2016, il a sorti quelques mois plus tard A Bout de rêves, double disque de platine, puis Solune, début 2018. Interprète sensible, Slimane oscille entre rap et chanson. Avant de venir à Nouméa, il n’a pas beaucoup hésité « J’ai des copains qui sont venus l’année dernière et qui m’ont dit "trouve le temps et vas-y"? »… Ces amis, ce sont le trio LEJ et Claudio Capéo.

    Au programme

    Aujourd’hui vendredi

    Programmation payante, ouverture des portes : 16 heures

    17 h 30 : Gulaan

    18 h 20 : Vaiteani

    19 h 40 : Slimane

    21 h 10 : Christophe Willem

    22 h 40 : Brigitte

    Demain samedi

    Village gratuit - Scène des Francofolies

    9 heures : Kalaga’la

    10 h 40 : Baraka

    12 h 20 : Kapa Kapa

    14 h 10 : Incontrol

    15 h 10 : Paul Wamo - Haut parleur Pacifique

    Village gratuit - Scène de la ville de Nouméa

    9 h 50 : Kaori

    11 h 30 : Yenu

    13 h 10 : Kass Pa

    Programmation payante. Ouverture des portes : 16 h 30

    17 heures : Pacifika Hood

    17 h 50 : Vald

    19 h 10 : L’Entourloop

    20 h 30 : Kalash

    22 h 10 : IAM

    Le village gratuit

    Une foule d’animations et de stands attendent les visiteurs samedi dans la journée. Evénement familial oblige, deux espaces sont prévus pour les plus jeunes : Bébé francos, pour les 1 à 5 ans (garderie remplie de jeux, encadrée par des professionnels) et Kids francos (6 à 12 ans) : jeux de société, loisirs créatifs… Un « petit marché » regroupe une douzaine d’exposants locaux : sculptures de la famille Tiaou, marques locales de vêtements ou encore barbier. Les comédiens André Luserga et Sam Kagy présenteront le spectacle itinérant et participatif Casting loufoc, écrit pour l’occasion. Enfin, quelques rendez-vous sont prévus pour les dédicaces et autres selfies : Vaiteani à 9 heures, Vald à 11 heures et Christophe Willem à 13 h 30.

  • MEDIAS ASSOCIÉS
    Vendredi 14/09/2018
  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS