Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche | Crée le 25.03.2019 à 04h25 | Mis à jour le 25.03.2019 à 07h20
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    Henri Martinet (à dr) et son ami Paul Klein ont parcouru le monde depuis les airs, reliant Nouméa à Paris en 1939. Un véritable exploit pour l’époque. Photo DR
    HISTOIRE. Le 23 mai 1939, Henri Martinet et Paul Klein atterrissaient au Bourget, dans un avion en bois. Deux mois plus tôt, les deux amis avaient décollé de Dumbéa. Ils venaient de réussir le vol le plus audacieux de l’époque : relier la lointaine colonie à la France. Quatre-vingts ans plus tard, nous vous racontons la vie d’Henri Martinet, créateur de l’aéro-club calédonien, cofondateur de la Transpac et héros de l’aviation calédonienne.

    Ce fut sûrement sa plus belle aventure. Celle qui marque à jamais un homme, qui entraîne des anecdotes inoubliables et qui vous fait entrer dans l’histoire. Qui aurait pu s’imaginer, parmi les habitants de Sainte-Ménehould, petite ville de la Marne où Henri Martinet a vu le jour en 1906, qu’un homme allait marquer de son empreinte un territoire si lointain, la Nouvelle-Calédonie ? C’est à vingt-huit ans, devenu pharmacien et passionné d’aviation, qu’Henri Martinet découvre le Caillou. Il n’en repartira plus jamais. Ou presque. Le jeune homme rêve d’aventures. Rester à l’officine toute la journée, ce n’est pas son truc. Une idée des plus folles lui vient alors à l’esprit : il veut relier Nouméa à Paris en avion. Après tout, Charles de Verneihl, Max Dévé et Emile Munch avaient bien réussi à joindre ce petit bout de terre depuis Paris, en 1932, à bord de l’avion « Biarritz ». Henri Martinet se lance corps et âme dans ce défi : en 1934, il fonde l’aéro-club calédonien et devient, trois ans plus tard, officiellement pilote. Il n’a alors que 35 heures de vol à son actif.

    Le 23 mars 1939, c’est le jour tant attendu. Henri Martinet s’envole depuis la piste de Nondoué, à Dumbéa. Il pilote « l’Aiglon », un petit avion de tourisme en bois biplace de 8 mètres de long, doté d’un moteur de 100 CV à l’autonomie de quatre heures. Il rejoint Bundaberg puis Sydney où il retrouve son compagnon de voyage Paul Klein, ancien planteur aux Nouvelles-Hébrides.

    Henri Martinet (à droite) en compagnie de Diégo Sanuy, le mécanicien qui a préparé l’Aiglon (un Caudron Renault type C600) avant le Nouméa-Paris.

     

    Mobilisé pendant la guerre

    L’aventure dure deux mois. Près de 22 500 kilomètres parcourus en 24 escales (147 heures de vol) au-dessus des plus beaux paysages du monde. Un voyage jalonné de galères, d’atterrissages forcés mais aussi de belles rencontres. Le 23 mai 1939, l’équipe atterrit au Bourget. Ils ont réussi ce que personne d’autre n’avait réalisé par le passé. La Seconde Guerre mondiale arrive, l’exploit passe presque inaperçu. Tandis que Paul Klein repart sur le Caillou, Henri Martinet est mobilisé. Il verra la guerre depuis les airs. À son retour à Nouméa, il se met en tête de moderniser l’aviation calédonienne et d’ouvrir le pays au tourisme. En 1954, le pharmacien participe à la création de la Transpac, la première société calédonienne de transport, avec Herbert Coursin et Louis Eschembrenner.

    Des projets toujours plein la tête, Henri Martinet devient aussi… patron d’hôtels à l’île des Pins et à Hienghène. En 1969, l’OPT édite un timbre en hommage au célèbre raid Nouméa-Paris de 1939. Qu’à cela ne tienne, le sexagénaire, désormais pilote chevronné, décide de rééditer l’exploit avec, cette fois-ci, un aller-retour Paris-Nouméa/Nouméa-Paris avec un avion similaire à « l’Aiglon ». Le 9 février 1969, c’est le grand départ depuis l’Hexagone. Le périple, en compagnie de son épouse, France, n’est pas de tout repos. Un terrible accident en Indonésie laissera l’avion cloué au sol pendant quatre mois. Le couple arrive finalement victorieux le 16 août sur la piste de Magenta où il est accueilli par une foule d’amis et de journalistes. En octobre, Henri et France Martinet regagnent les airs, direction Paris pour gagner leur pari. Après deux mois de voyage sans encombre, c’est la consécration. Henri Martinet est désormais considéré comme un des plus grands personnages de l’aviation calédonienne. En janvier 1980, l’aventurier s’éteint en Nouvelle-Zélande. L’aéro-club calédonien, un boulevard et une école primaire portent aujourd’hui son nom.

    En compagnie de Yann Renevier-Faure (en blanc), président de l’ACC, l’historien Luc Steinmetz a rendu un hommage à Henri Martinet, samedi.

     

    Repères

    À Kunié… en pédalo

    Toujours en quête de défis sportifs, Henri Martinet et sa femme ont rejoint l’île des Pins, où le pilote avait un hôtel réputé, en pédalo ! S’arrêtant d’îlot en îlot pour poser la tente, se reposer et manger, le couple a parcouru un total de 110 kilomètres. Deux jours et demi de navigation pour amener le pédalo à l’hôtel et en faire profiter les clients.

    Un crash extrême

    En septembre 1973, Henri Martinet a l’idée folle de se poser sur îles inhabitées de Matthew et Hunter. À l’atterrissage sur une plage de Matthew, « son avion s’est gravement endommagé », raconte Luc Steinmetz. Le pilote s’en sort miraculeusement. L’année d’après, il retourne sur l’île pour réparer son avion avec son épouse et un mécano. Mais il va tomber en panne d’essence et sera obligé d’amerrir : plus de 23 heures dans un canot de sauvetage. Le lendemain, ils seront retrouvés sains et saufs.

    L’ACC en chiffres

    L’aéro-club calédonien (ACC) compte aujourd’hui 265 membres et neuf avions. L’an dernier, 22 élèves ont été brevetés.

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