Nouvelle Calédonie
  • Par Philippe Frédière, Jean-Alexis Gallien-Lamarche et Yann Mainguet | Crée le 05.10.2018 à 06h37 | Mis à jour le 05.10.2018 à 06h39
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    « J’interdirai le port et le transport des armes à feu du samedi 3 novembre à 16 heures au lundi 5 novembre à midi », annonce le haut-commissaire Thierry Lataste. Photo Thierry Perron
    Dans quatre semaines, la Nouvelle-Calédonie choisira son destin. « Oui » ou « Non » à l’indépendance du pays : les électeurs auront en mains les deux options le 4 novembre. En arrière-plan de l’enjeu institutionnel, la tenue d’un référendum exige une logistique irréprochable. Et les conditions de vote doivent être sereines. Avant d’être astreint au devoir de réserve, le hautcommissaire Thierry Lataste prend la parole pour détailler le dispositif.

    Sécurité

    « L’État aura les moyens de faire face aux violences »

    Quels sont les enjeux à l’approche du référendum ?

    Comme toute élection, c’est une période au cours de laquelle des expressions publiques, des manifestations publiques peuvent amener à des réactions. Je constate que les expressions sont modérées et n’appellent pas à la polémique. Cette tension que l’on pouvait se préparer à affronter, rien ne l’atteste aujourd’hui. Il reste un mois, je ne dis pas qu’on échappera à toute confrontation en tout lieu, mais en tout cas l’esprit de responsabilité préside actuellement.

    La gendarmerie a protégé ses casernes avec des barbelés. Craint-elle des intrusions ?

    Les gendarmeries, comme les commerces et les particuliers, ont pris en compte la nécessité de se protéger. On a déjà eu des intrusions dans des gendarmeries, qui abritent souvent aussi les domiciles des gendarmes et de leur famille. En 2017, il a été décidé un plan de meilleure protection des brigades. À cause des procédures de marché public, ce plan n’est mis en oeuvre qu’actuellement. Ce n’est pas lié à l’organisation du référendum.

    Quel sera le dispositif de sécurité lors du 4 novembre ?

    Pour le 4 novembre, comme pour toutes les autres élections, la police du bureau de vote appartient au président du bureau de vote. À l’extérieur des bureaux, la responsabilité incombe aux forces de l’ordre. On sera au niveau maximum des effectifs dans les jours qui précéderont le 4 novembre, le jour du vote et dans les jours qui suivront. Il y aura des patrouilles, elles circuleront dans les communes pour s’assurer que tout se passe bien dans les bureaux de vote et pour être en capacité de répondre s’il y a un incident quelque part.

    Des renforts sont-ils arrivés ?

    Nous sommes préparés à intervenir là où un incident pourrait éclater. Les gendarmes arriveront progressivement en octobre, il y aura trois escadrons de gendarmes mobiles en plus. Notre évaluation quotidienne de la situation déterminera si les moyens sont surabondants ou s’il y a une nécessité de les conserver après le scrutin.

    Est-ce que vous craignez que la victoire d’un camp ou de l’autre entraîne des violences ?

    La campagne se déroule paisiblement. Donc rien ne permet aujourd’hui de pronostiquer que le résultat du scrutin aura des conséquences sur l’ordre public. J’en appelle à l’esprit de responsabilité des dirigeants politiques et de tous les Calédoniens pour exprimer avec respect et modération leur sentiment après le résultat. En toute hypothèse, l’État aura les moyens de faire face si des violences se produisaient.

     


    Contrôle du scrutin

    « Les 250 délégués arriveront une semaine avant le référendum »

    Environ 250 délégués de la commission de contrôle de l’organisation et du déroulement du scrutin sont attendus. Qui sont-ils et quand arriveront-ils ?

    Ce sont des magistrats des ordres judiciaire et administratif, des cadres de préfectures rompus aux questions électorales, ainsi que des universitaires. Il y a 284 bureaux de vote répartis dans 250 lieux de vote. Ils doivent arriver au début de la semaine précédent le scrutin, ce qui permettra de mener auprès d’eux un travail d’explication et d’exposé sur la Calédonie, puis d’organiser leur acheminement jusque dans les différents lieux de vote, dans tout le territoire.

    Voilà qui demande un gros travail logistique.

    Effectivement, nous avons une équipe dédiée à cette mission et les mairies que je tiens à remercier, élus comme personnels municipaux, vont nous aider dans ce travail d’acheminement et d’hébergement. Pendant les opérations électorales, la commission de contrôle sera installée au haut-commissariat et, bien sûr, les délégués pourront la contacter s’il se présente une difficulté ou s’il y a une orientation à recueillir. 

    Comment va s’organiser la mission de l’ONU ?

    Le profil de ses membres devrait être très proche de celles qui sont venues participer aux opérations d’établissement des listes électorales. Il devrait y avoir une douzaine d’experts désignés par le secrétaire général des Nations unies. C’est eux qui choisiront les lieux dans lesquels ils se rendront.

    La mission sera amenée à rendre un rapport ?

    Ils sont maîtres de leur emploi du temps et devraient rendre un rapport au secrétaire général de l’ONU qui décidera de sa destination. On peut raisonnablement penser que ce rapport sera adressé à l’Etat puisque c’est lui qui a sollicité l’ONU.

     

     


    Liste du référendum

    « Tout le monde peut vérifier s’il est bien inscrit »

    Une vérification, et non une inscription, de « dernière minute », est possible. Quel est le cadre ?

    Tout le monde peut vérifier à tout moment auprès de sa mairie, et j’encourage à le faire, s’il est bien inscrit dans sa commune, et dans quel bureau de vote. C’est le cas notamment pour ceux qui pensent être inscrits du fait des procédures d’inscription d’office auxquelles on vient de procéder. Ces personnes ne savent pas nécessairement dans quel bureau de vote de leur commune cette inscription d’office a été faite. Il faut donc faire cette vérification. Un électeur qui n’est pas inscrit et qui pense que cette absence d’inscription est due à une erreur matérielle des administrations, peut effectuer un recours devant le juge d’instance, dès aujourd’hui. Le juge d’instance, s’il considère qu’il y a eu erreur matérielle, peut rectifier. Il vaut bien sûr mieux que les gens s’en préoccupent dès aujourd’hui, et non pas le jour du scrutin.

    La liste peut-elle évoluer ?

    La liste a été arrêtée au 31 août. Les modifications sont liées aux décès, et aux éventuelles inscriptions décidées par l’autorité judiciaire ou par la commission de contrôle.

     


    Communication - campagne

    « Les temps de parole ont fait l’objet d’un accord entre les groupes politiques »

    L’Etat communiquera-t-il sur les incidences du « oui » et du « non » ?

    Cette communication est rendue publique ce jour et sera accessible sur les sites referendum-nc.fr et nouvelle-caledonie.gouv.fr

    Quelles sont les dispositions inhérentes à la campagne ? 

    Les partis peuvent d’ores et déjà faire campagne. La presse écrite applique à elle-même ses règles déontologiques. Le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel), pour les médias audiovisuels, a formulé des recommandations qui sont disponibles sur les équilibres à respecter, et la manière de travailler. La campagne officielle démarre, elle, le 22 octobre. Elle sera diffusée sur les médias publics, à la fois télévisé et radio. Y participeront les formations politiques qui ont été habilitées par la commission de contrôle. Les temps de parole ont fait l’objet d’un accord entre les groupes politiques au Congrès, et ont ensuite été entérinés par une décision de la commission de contrôle. Il y a trois heures au total de campagne audiovisuelle au sens institutionnel. Ces trois heures sont réparties à parts égales entre indépendantistes et non-indépendantistes. Puis au prorata du poids des groupes au Congrès.

     


    L’après consultation

    « Un comité des signataires dans la foulée ?»

    A l’issue du référendum, y aura-t-il une réunion entre l’Etat et les différentes forces politiques calédoniennes dans un format de type Comité des signataires ?

    Le Premier ministre Edouard Philippe a d’ores et déjà indiqué qu’il organiserait une telle réunion avec les principaux acteurs politiques pour évoquer la période suivante. Mais à ce stade, ni le calendrier, ni le format, ni le lieu de ce rendez-vous ne sont arrêtés. Nous ignorons si cela se tiendra à Paris ou en Nouvelle-Calédonie, mais il y aura nécessairement un temps de partage et d’échange sur les conséquences du scrutin.

     

    Difficultés

    Les Calédoniens qui rencontreraient des difficultés pour faire établir leur procuration sont invités à faire remonter l’information auprès du haussariat, via le site referendum-nc.fr ou la page facebook « référendum NC 2018 ».

     

    Procuration

    Pour le référendum, les règles de procuration sont plus strictes que pour les autres scrutins. Si l’électeur ne peut pas voter personnellement le 4 novembre 2018, il faudra établir une procuration en remplissant un formulaire spécial, et en apportant un justificatif pour démontrer l’absence ou l’incapacité à se rendre dans le bureau de vote.

     

    Bureaux délocalisés

    Les bureaux de vote délocalisés seront implantés dans la salle omnisports François-Anewy, 35, rue Edouard-Unger à la Vallée-du-Tir.

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