Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 27.03.2018 à 04h25 | Mis à jour le 27.03.2018 à 07h56
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    Le 29 novembre 2016, Mylène Devaud portait un coup de couteau fatal à son compagnon. La cour d’assises a condamné cette mère de famille à dix années de réclusion criminelle. Photo J.-A.G.-L.
    JUSTICE. Mylène Devaud a été condamnée par la cour d’assises à 10 ans de réclusion criminelle pour avoir tué son compagnon, Fabian Bertoni, en novembre 2016, à Koné. Les jurés ont retenu l’altération du discernement de l’accusée, atteinte de schizophrénie.

    Quand le nom de son fils Fabian « Junior » résonne dans la salle, coulent sur le visage bouffi et rougeaud de Mylène Devaud quelques larmes. Qu’elle s’empresse aussitôt de sécher pour ne rien laisser paraître dans le box des accusés où elle s’est trouvée, hier, pour avoir tué d’un coup de couteau son compagnon, Fabian Bertoni, père de son enfant « Junior ». « Je l’aimais, on avait même prévu de se marier », témoigne cette mère devant les jurés et sa maman. Personne d’autre n’est venu. Mylène Devaud n’a pas d’ami et personne ne vient lui rendre visite au Camp-Est.

     

    Un coup fatal

    Sur le banc des parties civiles, le clan Bertoni est plus nombreux et soudé. Ils ont perdu ce qu’ils avaient de plus cher, un être « calme, gentil, pas violent », dit Karl, son frère adoptif, « un gros travailleur avec des mains en or qui portait un amour incommensurable à son fils », ajoute sa sœur qui reconnaît qu’il avait « une addiction à l’alcool ». La famille ne supporte pas d’entendre Mylène Devaud.

    Le destin de l’accusée et de Fabian Bertoni a basculé le 27 novembre 2016 dans leur appartement au lotissement Le Bosquet, à Koné.

    Dans le quartier, la réputation du couple n’est plus à faire. Il est fréquent d’entendre des disputes et il n’est pas rare que Mylène Devaud porte des traces de coups sur son visage. « Dès le matin, il était saoul, se souvient une voisine, parlant de Fabian. Leur poubelle était constamment pleine de bouteilles. » « À 9 heures, il était déjà plein. Quand il boit du whisky, il devient taré. Du vendredi au dimanche, il carbure à l’alcool, je savais que ça allait mal se finir, un jour », avait prédit le père de Mylène Devaud.

    Un ami, à qui Fabian s’était confié, explique que celui-ci avait peur pour lui et pour « Junior » car elle déambulait de temps à autre, la nuit, avec un couteau à la main en disant qu’elle allait le tuer.

    Ce 27 novembre 2016, après une dispute, Mylène Devaud, 46 ans, porte un coup de couteau fatal dans l’abdomen de Fabian, presque trois grammes d’alcool dans le sang.

    Pourquoi un tel geste ? Mylène Devaud, seul témoin de la scène, charge son compagnon de 42 ans et pointe du doigt les violences répétées qu’elle subit depuis la naissance de « Junior ». « J’ai pris le couteau au cas où il allait m’agresser. Il me frappait souvent. J’avais peur qu’il s’en prenne à moi. Si je ne l’avais pas piqué, c’est moi qui serais allée à l’hôpital », dit-elle. Faut-il croire Mylène Devaud ? Quand les enquêteurs ont fouillé le passé du couple, certains témoins confirment les violences, d’autres non. Une chose est sûre, Mylène Devaud est depuis l’adolescence atteinte de schizophrénie.

    À 29 ans, elle va voir pour la première fois un psychiatre qui ordonne un traitement médical. Elle, Mylène Devaud, préfère parler d’« emboucanement ». « Elle a pris le couteau dans une logique d’autodéfense », explique l’expert-psychiatre. Oui, « son contact à la réalité a été altéré » du fait de sa maladie mais, si « elle a pris le couteau, c’est qu’elle avait une idée derrière la tête. On ne peut pas conclure à l’abolition du discernement », poursuit le médecin. « Elle a pris un couteau parce qu’elle était en train de couper un poulet. Elle aurait préparé une tarte, elle serait partie avec un rouleau à pâtisserie. Sa responsabilité est atténuée, elle n’a pas été en capacité de comprendre les conséquences de son acte, elle n’a jamais voulu tuer Fabian », défend l’avocat de l’accusée.

    Le verdict est tombé en début de soirée, hier. La cour a retenu l’altération du discernement et condamné Mylène Devaud à dix années de réclusion criminelle. L’avocat général avait requis la même peine.

     

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