Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 06.06.2018 à 04h25 | Mis à jour le 06.06.2018 à 06h40
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    La cour d’appel a alourdi les peines des « narcos » prononcées en première instance. Archives LNC
    JUSTICE. La cour d’appel a alourdi les peines de l’équipage de l’Amira Najia, intercepté avec 600 kg de cocaïne, tout en reconnaissant que sa détention était arbitraire depuis deux semaines.

    Parfois, la justice réserve bien des surprises. Ce fut le cas, hier matin, lors de l’audience de la cour d’appel qui devait (enfin) révéler le délibéré concernant les narcotrafiquants arrêtés sur un voilier rempli de 600 kg de coke, en octobre dernier. Cela fait deux semaines que l’affaire fait grand bruit et que beaucoup d’encre a coulé depuis que les avocats ont réclamé, via de multiples recours, la libération de ces trois ressortissants européens. Ils dénonçaient « une détention illégale », au motif que la cour d’appel n’avait pas statué sur leur sort dans un délai de quatre mois et que, dès lors, aucun titre ne justifiait leur détention au Camp-Est.

     

    Remis en liberté « virtuellement »

    À la surprise générale, alors que tout le monde attendait le délibéré sur le plan pénal, la chambre civile de la cour d’appel a suivi l’argumentaire des avocats. Dans un arrêt que Les Nouvelles ont pu consulter, la cour estime que la détention « n’a pas de fondement légal depuis le 23 mai » et que, de fait, une « mise en liberté immédiate doit être ordonnée ».

    On pouvait donc s’attendre à ce que Johannes De Wilde, capitaine néerlandais, Norbert Wloszczynski, Polonais, et Jorge Zapata, Hispano-Péruvien, quittent le Camp-Est, baluchons sur les épaules. « Ils ont été virtuellement remis en liberté », ironise Me Julien Marty. Car dans le même temps, les « narcos » sont apparus sur les écrans de télévision de la cour d’appel. Ils n’ont en fait jamais quitté la prison. En visioconférence, le président a énoncé le délibéré : 9 ans pour le capitaine, 7 ans pour le reste de l’équipage. Des peines assorties pour deux d’entre eux d'une interdiction de territoire français pour dix ans. Les juges ont ainsi alourdi les peines prononcées en première instance.

     

    Indemnité de l’état ?

    « La cour nous a suivis en constatant la détention illégale de nos clients », s’est réjouie Me Barbara Brunard. Conséquence, « cela ouvre le droit à une indemnisation de l’État » et « conforte la plainte contre le procureur général et le directeur adjoint du Camp-Est ». Silencieux depuis le début de l’affaire, le procureur général a évoqué, hier, « une polémique procédurale », expliquant s’être « fermement opposé aux demandes de mise en liberté de dangereux narcotrafiquants considérant que celles-ci n’étaient pas fondées juridiquement et ce, en dépit de l’analyse faite aujourd’hui par la chambre civile de la cour d’appel ». Ajoutant que « cette différence d’interprétation pourra être tranchée par la cour de cassation ». Quant aux avocats des « narcos », ils comptent former un pourvoi sur le plan pénal. L’affaire n’a pas fini de faire parler.

     

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