Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 31.05.2018 à 04h25 | Mis à jour le 31.05.2018 à 08h43
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    Harold Martin, avec son avocat Me Reuter, dément avoir « acheté » des électeurs lors des municipales de 2014.Photo Archives LNC
    JUSTICE. Dans son réquisitoire sur l’affaire des achats de voix présumés aux municipales de Païta en 2014, le ministère public requiert un procès de l’actuel maire. Harold Martin dénonce « une opération montée de toutes pièces ».

    Harold Martin a été « branché » en toute discrétion. Les écoutes téléphoniques ordonnées par le juge d’instruction en charge de l’enquête sur l’affaire des achats de voix présumés lors des municipales de Païta de 2014 n’ont amené « aucun réel élément probant, sauf à démontrer la gêne d’Harold Martin » lorsqu’il parlait de l’affaire en cours, analyse le parquet dans son réquisitoire transmis au magistrat instructeur, que Les Nouvelles Calédoniennes ont pu consulter.

    Dans ce document de quinze pages, le ministère public requiert le renvoi devant le tribunal correctionnel d’Harold Martin pour avoir « obtenu ou tenté d’obtenir par don ou promesse un suffrage ou une abstention » (lire par ailleurs). Au juge d’instruction de décider si un procès aura lieu. Une hypothèse désormais hautement probable.

     

    Des enveloppes d’argent

    Qu’est-ce qui est reproché à Harold Martin dans cette affaire pour laquelle il a été mis en examen en septembre 2016 avec Willy Gatuhau, son adjoint ? À l’époque, la conquête de la mairie se joue à couteaux tirés. 286 voix d’écart séparent le gagnant, Harold Martin (candidat Front pour l’unité), et Frédéric de Greslan (Calédonie ensemble). La justice soupçonne que le maire, lui-même, ou via l’intermédiaire de proches, a remis des enveloppes d’argent liquide à des habitants de Païta, principalement de la communauté wallisienne, pour faire pencher le scrutin en faveur de sa liste. Plusieurs électeurs ont en effet affirmé devant les enquêteurs avoir été conduits à la mairie pour recevoir de l’argent. Dans son réquisitoire, le parquet évoque aussi la rénovation d’une église d’un village de Wallis-et-Futuna qu’Harold Martin aurait promise à un coutumier en échange de voix.

     

    « Je n’ai jamais rien volé »

    L’ancien président du gouvernement dément en bloc. Il évoque « une affaire de pieds nickelés » et « une opération politique montée de toutes pièces ». « Au lendemain des élections, j’ai porté plainte contre le candidat De Greslan pour avoir triché sur son compte de campagne. Pour allumer un contre-feu, il a déposé plainte contre moi. Le procureur de la République de l’époque, Claire Lanet, avait classé les deux plaintes. C’est Alexis Bouroz, son successeur, qui a ressorti l’affaire. Mais seulement les éléments contre moi. Je ne sais pas pourquoi, ni quelles sont ses instructions et ce que lui a dit la chancellerie », se défend-il. Les enveloppes d’argent remises à la communauté wallisienne ? « J’ai gagné toutes les élections municipales auxquelles je me suis présenté, je n’ai eu besoin d’acheter personne. À Païta, il y a 18 000 électeurs, vous n’allez pas me dire que si vous donnez 800 000 francs à un couple, ça va changer le résultat ? Ces gens sont d’illustres inconnus », poursuit Harold Martin. « Je ne suis pas Rothschild, je suis un besogneux de la politique. Cela fait 35 ans que je suis élu, est-ce que dans ma carrière politique, j’ai fait une faute ? Je n’ai jamais rien volé et je n’ai jamais été pris dans la moindre affaire ». Pour autant, d’autres procédures judiciaires sont en cours. Outre la cour d’appel qui se penchera en octobre sur l’affaire des « Terrains de Païta » pour laquelle il a été condamné à deux mois de prison avec sursis, 5 millions d’amendes et deux ans d’inéligibilité en première instance, le dossier de la 3G est toujours entre les mains de la cour de cassation.

     

    Quel ressort juridique pour la preuve?

     

    Harold Martin pourrait être jugé pour achats de voix devant le tribunal correctionnel. Mais comment prouver cette infraction puisque, par définition, personne n’est dans l’isoloir pour vérifier le bulletin de vote du corrompu ? L’article L106 du code électoral est clair : c’est la tentative d’influencer le vote d’un électeur qui est condamnée.

     

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