Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 28.04.2018 à 04h30 | Mis à jour le 30.04.2018 à 12h08
    Imprimer
    La justice reprochait à l’ancien président de la FCF de s’être octroyé plusieurs privilèges : voiture de fonction, l’embauche de son fils ou encore l’explosion des frais de restauration. Photo Archives LNC
    JUSTICE. L’ancien patron de la Fédération calédonienne de football, de 2011 à 2013, a écopé de dix-huit mois ferme et de dix millions d’amende pour divers abus de confiance.

    Entre attaque et défense, Edmond Bowen n’a pas joué la partie la plus facile de sa carrière. Épinglé, bousculé, mis au pilori par les juges du tribunal correctionnel de Nouméa, qui le jugeaient hier pour abus de confiance, entre 2011 et 2013, au préjudice du club de l’AS Magenta et de la Fédération calédonienne de football (FCF), s’est défendu bec et ongles. Rarement convaincant, il s’est retrouvé le plus souvent embourbé dans une défense intenable, empêtré dans des explications confuses. Ce procès a signé la fin d’un long feuilleton judiciaire et d’une guerre de tranchées qui a sévi entre partisans et détracteurs d’Edmond Bowen et de sa gestion de l’instance sportive.

    Divers privilèges

    En clair, il était reproché au prévenu divers privilèges dont il a profité alors qu’il était à la tête de la fédération : achat d’une Toyota Prado et usage à des fins personnelles, embauche de son fils à un salaire plus élevé que celui du secrétaire général de la FCF, explosion des frais d’hébergement et de restauration (15 millions en 2011) et effondrement de l’achat de matériels sportifs (18 millions pour la même année), acquisition de portables (plus de 670 000 francs d’appels téléphoniques), prélèvement d’argent liquide ou encore paiement des honoraires d’avocat avec l’argent de la « fédé » (500 000 francs). Edmond Bowen n’a rien reconnu. L’argent liquide, « nous l’avons utilisé pour les deuils coutumiers d’anciens footballeurs », dit-il. Les frais d’avocat, « c’est le bureau confédéral qui a décidé de ce choix, je n’y suis pour rien ». La Toyota, « c’était tout à fait légal ». « L’achat de la voiture n’a jamais été inscrit dans les procès-verbaux des assemblées générales », répond la présidente, Évelyne Camerlynck. Quant à l’argent pour les coutumes, « il n’y a pas de preuve. Les témoins et les pièces comptables ne prouvent pas ce que vous dites », enchaîne la magistrate. « Quand on remet 100 000 francs lors d’un deuil, on ne demande pas un reçu », se défend celui qui a manœuvré en coulisse, l’an dernier, à la refondation du club de Tiga.

    Un « satrape » qui s’est « goinfré »

    De petits avantages qui, additionnés, font grimper la note. Au terme d’un réquisitoire d’une rare sévérité au cours duquel Edmond Bowen a été qualifié d’« escroc », de « délinquant en col blanc », de « satrape » qui s’est « gavé, goinfré » au « détriment de ceux qui n’ont rien et qui veulent s’en sortir avec le football », le procureur de la République, Richard Dutot, a réclamé dix-huit mois de prison, le mandat de dépôt, une amende de vingt millions et l’interdiction des droits civiques pour cinq ans. « Ces affaires ont nui à la crédibilité et à l’image de la “fédé?? », a plaidé Me Louzier, conseil de la FCF. « Perte de crédibilité, perte de confiance avec les partenaires et sponsors », a poursuivi Me Calmet pour les intérêts de l’AS Magenta, dont une des voitures a été utilisée par la fille d’Edmond Bowen. « Je n’ai pas pris d’argent à la fédé??. J’ai été maladroit mais pas malhonnête », a conclu celui-ci, assisté de Me Milliard, avant que le tribunal ne parte délibérer. À son retour, sonne le glas pour Edmond Bowen : dix-huit mois ferme, dix millions d’amende. Sa fille, poursuivie pour l’utilisation de la voiture de l’AS Magenta, écope de six mois avec sursis.

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS