Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 21.03.2018 à 04h25 | Mis à jour le 21.03.2018 à 07h28
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    De nombreuses personnes ont protesté devant le haussariat contre l\'incarcération de Noël Booéné et pour dénoncer « l\'inactivité des autorités dans la lutte contre la délinquance.» Photo Thierry Perron.
    JUSTICE. Noël Booéné, jugé pour avoir tiré sur un mineur dans une voiture volée, à Canala, a écopé de cinq ans de prison dont quatre avec sursis. Il est parti au Camp-Est purger une année, ce qui a provoqué la colère de sa famille et d'une centaine de manifestants.

    La justice a donné raison au Code pénal, pas à la rue. Hermétiques à la pression d'une centaine de personnes venues soutenir Noël Booéné, aux cris d’orfraie entendus de la rue jusqu'aux réseaux sociaux, les magistrats ont rendu une décision symbolique en condamnant cet habitant de Canala de 57 ans à la peine de cinq ans de prison dont quatre avec sursis. Symbolique car le dossier qui a touché la barre du tribunal correctionnel, hier, intervient alors que nombre de Calédoniens s'alarment de la montée de la délinquance et accusent la justice de laxisme. Symbolique, aussi, car Noël Booéné a fait ce que la population et les autorités pouvaient craindre un jour ou l'autre : se faire justice soi-même.

     

    La victime « ne peut pas marcher »

    Cela fait des années que Noël Booéné et toute sa famille n'arrivent plus à fermer l'œil le soir venu. La faute à ceux qui remontent à Nakéty avec des voitures volées et « délirent », faisant crisser les pneus toutes les nuits. « J'étais excédé, je n'en pouvais plus », confie Noël Booéné. Le 3 mars dernier, au petit matin, alors que deux pick-up volés s'amusent à faire du gymkhana devant sa maison, Noël Booéné charge trois cartouches dans son fusil et, à cinq mètres d'une des voitures, ouvre le feu.

    « La balle a traversé l'habitacle, puis a perforé les deux jambes du conducteur avant de se loger dans son bras », décrit la présidente, Évelyne Camerlynck. La victime est un jeune homme de 17 ans de Canala, évadé de son foyer depuis la veille. « On le sait qu'il "pique" des voitures mais il n'empêche, vous n'aviez pas à tirer dans le tas comme vous l’avez fait. Même si la situation est tendue et compliquée à Canala, on ne peut pas accepter votre geste », continue la présidente.

    Plus de quinze jours après les faits, l'état de santé de la victime ne s'est pas arrangé. « Il est toujours hospitalisé, il ne peut pas marcher ni utiliser son bras », raconte Me Martin Calmet, son avocat. Noël Booéné exprime ses « regrets » et semble ému lorsque les juges lui montrent les photos des blessures de la victime. « Vous aussi, vos enfants ont fait des bêtises et sont connus de la justice. Auriez-vous accepté qu'on leur tire dessus ? », questionne Me Calmet. Noël Booéné ne peut que hocher la tête sans dire un mot. Il jure qu'il voulait seulement « faire peur » et qu'il ne s'est pas rendu compte qu'il avait « blessé quelqu'un ».

    Même si Noël Booéné a « encaissé des agressions sonores depuis des années », « on ne peut pas faire n'importe quoi », relève le substitut du procureur de la République. « Il faut un arbitre et l'arbitre, c'est la loi. Il faut dire aux excités du cerveau qu'on ne peut pas se faire justice soi-même », a poursuivi Richard Dutot. « Oui, ce geste est grave, a répliqué Me Denis Milliard. Mais il peut s'expliquer, se comprendre. Jusqu'à quand faut-il subir cette délinquance ? Quand est-ce qu'on dit stop ? »

    À l'énoncé du délibéré, les esprits se sont échauffés. « Les délinquants font n'importe quoi et c'est le vieux qui paye, il n’a rien à faire au Camp-Est », clame Christian, neveu de Noël Booéné. « Les délinquants auront toujours raison, on en a marre », s'indigne l’un des manifestants venus soutenir le quinquagénaire. En colère, la centaine de personnes a listé les actions pour protester contre l'incarcération du « Tonton de Nakéty ». Empêcher le fourgon de police de quitter le palais de justice ? Bloquer les grilles du Camp-Est ? Finalement, après plusieurs prises de paroles, notamment de Gabriel Booéné, chef de clan, et d'autres coutumiers de Canala, il a été décidé de manifester devant le haussariat et de fermer certaines mines de Canala, aujourd'hui. « Je sens revenir certaines choses que l'on a connues au début des Evénements », commente, l'air grave, Me Milliard. Noël Booéné a dix jours pour faire appel de la décision du tribunal. Jugée « pédagogique », par Me Calmet, l'avocat de la victime, la peine a révolté les soutiens de Noël Booéné, faisant craindre des tensions à Canala.

    Hier soir, une centaine de manifestants étaient encore devant les grilles du haussariat dont l’accès était bloqué.

     

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