Nouvelle Calédonie
  • Par Philippe Frédière | Crée le 18.05.2019 à 09h03 | Mis à jour le 21.05.2019 à 09h39
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    Sonia Backès succède à Jacques Lafleur, Philippe Gomès, Pierre Frogier, Cynthia Ligeard et Philippe Michel. Photo: Thierry Perron
    Sonia Backès a été élue hier matin présidente de la province Sud au deuxième tour de scrutin. Elle a obtenu 23 voix sur 40, contre 7 en faveur de Roch Wamytan. Philippe Blaise, Gil Brial et Yoann Lecourieux sont vice-présidents. Les élus de Calédonie ensemble n’ont pas présenté de candidat et ont voté blanc à chaque fois.

    Il aura fallu attendre le deuxième tour de scrutin pour voir Sonia Backès proclamée présidente de la province Sud à la majorité absolue de 23 voix sur 40. Son premier vice-président, Philippe Blaise, a lui aussi été élu au deuxième tour avec 21 voix, de même que Gil Brial. Quant au troisième viceprésident, Yoann Lecourieux, il n’a été élu qu’au troisième tour à la majorité relative de 20 voix sur 40.

    L’Avenir en confiance de Sonia Backès a donc trusté l’ensemble des fonctions exécutives de la province Sud. Sans grande surprise, mais non sans difficulté. 

    Avec 20 sièges, ce mouvement est à une voix de la majorité absolue, face à Calédonie ensemble qui détient neuf sièges, le FLNKS sept, et l’Eveil océanien, quatre. 

     

    Relations manifestement glaciales entre Sonia Backès et Philippe Gomès

     

    Assez logiquement, le FLNKS Sud a proposé la candidature de Roch Wamytan pour la présidence, puis celle d’Ithupane Tiéoué pour la première vice-présidence, de Sylvain Pabouty pour la deuxième viceprésidence, et enfin celle d’Aloisio Sako pour la troisième vice-présidence.

    De son côté, au titre de l’Eveil océanien, Milakulo Tukumuli s’est présenté à la présidence puis aux trois vice-présidences. Il a simplement retiré sa candidature à l’issue des deuxièmes tours, sauf pour la troisième vice-présidence où il s’est maintenu jusqu’au bout, contraignant Yoann Lecourieux à un troisième tour.

    Fait marquant de cette matinée, Calédonie ensemble n’a présenté aucun candidat, et l’ensemble de ses élus a systématiquement voté blanc à chaque tour de chaque scrutin. L’usage républicain veut qu’à chaque proclamation d’élection, l’ensemble des élus applaudisse, y compris les perdants. Mais Philippe Gomès, Philippe Michel et Philippe Dunoyer sont restés de marbre. Seuls les nouveaux élus du groupe Calédonie ensemble ont esquissé des applaudissements, avant de très vite s’apercevoir que c’était malvenu en cette circonstance particulière.

    Les relations sont manifestement plus glaciales que jamais entre Sonia Backès et Philippe Gomès. 

    Discours empreint d'émotion

    Dans son discours d’installation, Sonia Backès a d’abord exprimé sa grande émotion : « Après dix ans au Congrès, au gouvernement ou à la province Sud, jamais plus qu'aujourd'hui, je n'ai eu de fierté d'être une enfant de la Nouvelle-Calédonie. Je serai la présidente de tous ceux qui vivent en province Sud, de tous ceux qui sont venus d'ailleurs, de la Métropole, de Wallis-et-Futuna. »

     

    Respect de la méritocratie 

     

    La nouvelle présidente de la Maison bleue a aussi adressé un message à son prédécesseur, Philippe Michel, soulignant « un engagement qui mérite le respect » mais l’ancien et le nouveau chef de l’exécutif n’ont pas cru bon de se serrer la main. Message aussi à L'Eveil océanien, reconnaissant : « Nous n'avons pas su collectivement répondre à la communauté wallisienne et futunienne » avant de laisser entendre qu’il en irait sans doute différemment dans les prochaines semaines.

    Sonia Backès poursuivait : « Les Calédoniens veulent que les choses changent. Ils attendent un comportement différent. Moins d'idéologie, plus de bons sens. Plus d'humanité, de patience, de tolérance, de proximité. Notre but est que les Calédoniens retrouvent confiance dans l'avenir. » Pour la nouvelle présidente : « La province doit être le moteur de la relance économique. La province aura aussi un rôle à jouer pour accompagner la SLN et les milliers d'emplois qui en dépendent. Je travaillerai avec tous les maires de la province, main dans la main. »

    Main tendue

    Sans oublier que « la sécurité est aussi au coeur de nos priorités en cette période sensible. »

    La chef de liste de l'Avenir en confiance a souligné sa volonté de « tendre la main aux autres élus : les Calédoniens attendent un comportement respectueux et constructif. » 

    Elle a affirmé que les valeurs de sa mandature seraient : « le respect, la méritocratie, l'équilibre entre le droit et les devoirs. Des valeurs qui doivent nous rassembler. » 

    Avant de conclure : « Chacun des élus de cette assemblée a une importance pour moi : ma porte sera toujours ouverte. »


    Les trois vice-présidents

     

    Philippe Blaise

    Agé de 49 ans, Philippe Blaise a fait ses études à Nouméa avant de faire une grande école de commerce en Métropole. Il a entrepris une carrière dans la banque, et s’est très vite investi en politique au sein du RPCR. En 2011, il a fondé le Mouvement républicain calédonien (MRC) et a été élu en 2014 à la province Sud et au Congrès.


    Gil Brial

    Agé de 45 ans, Gil Brial a fait des études de génie mécanique, a été enseignant puis chef d’entreprise. Entré en politique au sein du Rassemblement, il a créé le Mouvement populaire calédonien (MPC) avec Gaël Yanno. Il est élu à la province Sud depuis 2009. Il est président du MPC depuis juillet 2018.


    Yoann Lecourieux

    Agé de 47 ans, Yoann Lecourieux a d’abord eu une carrière administrative à Nouméa, puis à Dumbéa où il a exercé les fonctions de secrétaire général de mairie. Militant du Rassemblement, il a été élu en 2014 à la province Sud et est devenu l’un des vice-présidents du Congrès.


    Réactions chez les concurrents

    Philippe Dunoyer, Calédonie ensemble « Aucune ouverture »

    « Le résultat nous montre que le parti arrivé en tête considère qu’il a les clés pour prendre toutes les responsabilités à la province. Ça ne s’était pas vu depuis dix ans et quand ça s’était fait en 2004, il y avait une très large majorité non-indépendantiste. Le partage des responsabilités n’a pas été envisagé comme une nécessité pour la suite. Nous ne pouvons pas nous y opposer, mais nous ne pouvons pas le cautionner et d’autres échéances arrivent tant au Congrès qu’au gouvernement. »

    Milakulo Tukumuli, Eveil océanien

    « Pas de partage des responsabilités » « Nous aurions aimé que puisse s’opérer un partage du pouvoir rassemblant différentes formations politiques. Une sorte de collégialité que l’on retrouve naturellement au Congrès et au gouvernement. Ce n’est pas le cas en province Sud. C’est dommage et ça va nous pousser à bien réfléchir à la façon d’aborder les autres échéances. »

    Roch Wamytan, FLNKS-Sud

    « Pas de Kanak dans le bureau exécutif » « Le bureau exécutif qui a été élu ce vendredi matin reflète bien les quartiers sud de Nouméa et je regrette qu’il n’y ait pas de Kanak dans le bureau exécutif, contrairement à la précédente mandature. J’observe aussi que les élus de l’Eveil océanien ne votent pas systématiquement avec les non-indépendantistes. Peut-être que ça pourrait nous profiter vendredi prochain. »


    Benjamine

    Elle avait été parmi les plus jeunes membres du gouvernement. A 42 ans, Sonia Backès devient la plus jeune présidente de la province Sud.


    Composition

    La province Sud est composée de 40 élus. L’Avenir en confiance en a 20, Calédonie ensemble 9, le FLNKS Sud 7, et l’Eveil océanien 4.


    Le 24 mai au Congrès

    Les élus calédoniens doivent se retrouver vendredi prochain au Congrès pour élire le président de l’institution et les vice-présidents. A ce stade, bien malin qui peut prédire quelle majorité va se dégager, ni au profit de qui.


     

    L’ÉDITO

    Par Olivier Poisson, rédacteur en chef

    Question de cohérence

    Le jeu politique calédonien a un côté pervers, du moins pour les loyalistes. Ils sont dans l’obligation, au lendemain d’une élection, de s’entendre pour empêcher les indépendantistes d’accéder à la présidence du gouvernement. Sauf que cette fois-ci est sûrement celle de trop. Et que le verrou du sacro-saint clivage pour ou contre l’indépendance pourrait bien sauter au profit du réalisme politique. Du côté de l’Avenir en confiance, l’équation est simple : la victoire a été large avec plus du double de voix par rapport à son principal concurrent au Sud et les électeurs ne comprendraient tout simplement pas qu’un contrat de gouvernance laisse la présidence du gouvernement à Calédonie ensemble. Car bien plus que le bilan de Philippe Michel à la Maison bleue, c’est celui de Philippe Germain qui est au coeur des critiques de l’union loyaliste et de ses partisans. Le pragmatisme nécessite un accord, le réalisme l’interdit. 

    La position de Philippe Gomès peut aussi s’entendre. Bien sûr, beaucoup (y compris dans son propre camp ?) lui reprochent de ne pas vouloir lâcher et de ne pas accepter la défaite. Il est en effet difficile d’imaginer Calédonie ensemble s’arroger la présidence du gouvernement alors que le mouvement ne peut prétendre qu’à un seul membre au sein de ce même gouvernement. Pour autant, les idées politiques du député sont tellement éloignées de celles de Sonia Backès qu’il paraîtrait presque incongru de le voir se ranger tranquillement derrière la grande gagnante du scrutin.

    De fait, il y a une réelle cohérence à la grande mésentente loyaliste. Rien ne les rapproche, certainement pas la façon d’appréhender les discussions avec les indépendantistes et encore moins la conception de l’économie. Et il ne faudra sûrement pas s’étonner si la mise en place du futur exécutif du pays nécessite certaines alliances ou concessions a priori contre-nature.

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