Nouvelle Calédonie
  • Par Anthony Tejero | Crée le 15.03.2019 à 04h53 | Mis à jour le 15.03.2019 à 06h54
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    Dans l’agglomération, de plus en plus d’enseignes passent à la vente en vrac et aux consignes en verre, comme à l’Epicerie vrac du Faubourg-Blanchot. Photos Thierry Perron
    La feuille de route afin d’accompagner la fin des produits en plastique à usage unique, loi qui s’appliquera progressivement à partir du 1er août, vient d’être dévoilée par la province Sud. Quatorze mesures, souvent synonymes de bon sens, ont été listées. Objectifs : produire et consommer autrement ; soutenir les innovations et les savoir-faire locaux.

    Encourager la vente en vrac

    La première des quatorze mesures de la feuille de route, dévoilée mercredi soir par la province Sud, se focalise sur le développement de la vente en vrac, permettant ainsi de réduire les (sur)emballages. Un concept qui a récemment pris de l’ampleur dans les commerces du Grand Nouméa et que l’institution entend davantage encourager.

    Utiliser des gamelles réutilisables

    La province recommande également aux services de gamelles d’utiliser des contenants réutilisables, type lunch box, qui sont mis à disposition par ou pour les clients.

    « Il s’agit de revenir à ce qui se faisait déjà autrefois, glisse Karine Lambert, la directrice de l’environnement à la Maison bleue. Cela pose alors la question de l’hygiène. D’où la mise en place d’une charte de bonnes pratiques entre les commerçants et les clients. Cela implique également pour ces sociétés de s’adapter et d’investir, par exemple, dans du matériel de lavage, dans de nouveaux logiciels comptables et de caisse, etc. »

    Une filière locale et artisanale pour les sacs

    Il est proposé de structurer une filière textile à l’échelle de la province Sud, notamment pour promouvoir la fabrication locale de sacs en tissu recyclés. Une initiative déjà engagée à la fois dans le secteur artisanal et associatif. En parallèle, la feuille de route prévoit de soutenir le secteur de la vannerie en fibres végétales, majoritairement issue d’associations de femmes. « L’enjeu est de participer à la transmission et à la préservation de ce savoir-faire, précise la directrice de l’environnement. Cela permet également de faire passer des messages au plus près de la population et des familles. » Ce volet pourra notamment se mettre en place en partenariat avec la Maison de la condition de la femme.

    Promouvoir les consignes

    Dans le même esprit, les consignes sont appelées à se développer tant dans le secteur artisanal qu’industriel. Le principe est simple : lors de l’achat de son produit, le client paye une somme supplémentaire qui lui est rendue quand il ramène ce contenant au commerçant ou au point d’apport. A noter qu’afin d’encourager ces trois préconisations (vrac, gamelles et consignes), une aide financière peut être débloquée notamment par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) ou via l’appel à projets innovants en cours (lire par ailleurs).

    Favoriser les circuits courts de distribution

    Il s’agit de développer ce volet tant dans la vente directe (produits achetés directement au producteur, sur les marchés comme à Ducos, à la ferme, à domicile, en épicerie associative, etc.) que dans la vente indirecte (commerçants, restaurateurs et autres professionnels). « C’est pourquoi, il est important d’accompagner le secteur agricole vers l’autosuffisance alimentaire ; plus on produira localement, moins on sera obligés de passer par de la vente emballée », estime Karine Lambert.

    Miser sur l’innovation

    Une réflexion doit être engagée avec le monde agricole en vue de lancer une filière locale de production de ressources végétales. D’une manière générale, il s’agit « d’encourager la créativité, de favoriser le développement de l’innovation », notamment dans l’écoconception afin de « penser autrement son produit ». Autant d’annonces qui ne se sont néanmoins pas suivies de solution ou d’exemples concrets. Si ce n’est une aide financière possible de l’Ademe ou l’accompagnement de travaux en recherche et développement.

    Sensibiliser et informer

    La Maison bleue prévoit de mettre en place « un plan d’actions de communication et de formation » pour sensibiliser les professionnels aux modes de production et de consommation durables. C’est pourquoi un guide détaillé des produits qui seront autorisés et interdits est notamment en cours de création. Cette campagne de communication sera également adaptée aux consommateurs afin de les accompagner dans l’adoption de bonnes pratiques.

    Montrer l’exemple

    Chasse aux verres en plastique dans les bureaux de la province, remplacement des gobelets par des mugs dans les machines à café de la Chambre de commerce et d’industrie… Il est proposé d’impulser des écogestes « par l’exemplarité des acteurs ». « En clair, « il faut déjà inciter les bonnes pratiques dans les institutions publiques. On doit donner l’exemple au quotidien, c’est important pour la crédibilité de cette loi », résume Karine Lambert. Pour ce faire, les critères environnementaux devront être intégrés dans le cahier des charges des appels d’offres, les agents seront régulièrement sensibilisés, etc.


    Inquiétudes et critiques du monde économique

    Nina Julié et Karine Lambert, directrice de l’environnement à la province, ont animé le débat.

     

    A l’issue de la présentation de la feuille de route, mercredi soir, le débat a parfois été houleux entre acteurs du monde économique, dénonçant une loi « prématurée », et représentants de la province Sud. « Il n’y a pas un problème de timing dans votre mesure ? Nous réunir maintenant pour réfléchir à des alternatives, c’est un peu tard… Le temps politique n’est pas le temps industriel…», s’agace d’emblée un participant. « On a préparé les gens par des actions et des campagnes choc dès 2014. Donc on ne peut pas dire qu’on est surpris en 2018 quand la réglementation tombe, répond Nina Julié, l’élue à la province qui a porté cette mesure adoptée par le Congrès le 27 décembre dernier. Lorsque la loi a été déposée, une consultation publique a eu lieu. En un mois, quarante personnes ont répondu. Et favorablement. Donc c’est étonnant que l’on se manifeste désormais pour demander le report de la date. »

    Autre critique d’un fabricant local de plastique : « On comprend la nécessité de cette loi qu’on nous impose. Mais aujourd’hui, je suis incapable de dire à mes employés qui travaillent comme des fous pour chercher des solutions, ce qui sera autorisé ou non. La vraie urgence est d’identifier quelles sont les alternatives possibles. Et de nombreuses autres sociétés, dont les importateurs, se posent cette question. »

    Réponse de la Maison bleue : toute matière alternative, tant qu’il ne s’agit pas de plastique (papier, carton, inox etc.), est admise. Sauf que ce n’est pas si simple… Comme en témoigne un fabricant local qui vient de lancer son activité de produits à base de polylactique (PLA), une matière biosourcée « 100% biodégradable et compostable ». L’entrepreneur demande pourquoi autoriser, d’un côté, les barquettes en PLA, mais pas la vaisselle et les autres accessoires de pique-nique. « Il y a plusieurs raisons. Déjà, le PLA n’a pas bonne presse en raison des grandes surfaces agricoles souvent traitées avec des engrais que cela nécessite, explique l’élue. Par ailleurs, cette matière n’est pas compostable chez les particuliers, elle ne se dégrade pas dans l’eau et surtout nous ne disposons pas des moyens en Calédonie pour traiter ces déchets. D’où le choix de se limiter aux barquettes. »

     

    Si je n’écoute que le secteur économique, il n’y a pas de loi. 

     

    A l’inverse, des représentants du monde associatif évoquent une loi qui n’est pas assez ambitieuse, notamment en ne comprenant pas l’interdiction des bouteilles en plastique. « Ces extrêmes dans les points de vue sont intéressants : si on veut avancer, on doit trouver des consensus pour aller vers cette transition écologique. A mon sens, cette loi est équilibrée, conclut Nina Julié. Bien sûr qu’elle ne va pas assez loin pour les associations environnementales et bien sûr qu’elle va trop loin pour le secteur économique. Tout l’enjeu est de pouvoir sortir une réglementation qui va dans le sens de l’histoire. La Nouvelle-Calédonie est un joyau de biodiversité. Le développement économique se fera dans ce senslà. Si on n’est pas capables de montrer l’exemple, alors qu’on en a la capacité, que va-t-on laisser à nos enfants comme emplois et comme environnement ? Si je n’écoute que le secteur économique, il n’y a pas de loi. Aujourd’hui, tout le monde doit s’enorgueillir de cette loi. »


    Savoir +

    Informations, campagnes de sensibilisation et conseils sur le site www.province-sud.nc

     

    Repères

    Calendrier des interdictions

    Au 1er août 2019 : sacs distribués à la caisse à usage unique ; sacs non biosourcés, à usage unique, distribués en rayon ; tous les sacs en plastique cabas réutilisables (importation interdite). Au 1er septembre 2019 : gobelets, verres, tasses, assiettes, couverts, pailles à boire, touillettes, cotons-tiges.

    Au 1ermai 2020 : barquettes alimentaires destinées à la vente directe (sauf compostables et en matière biosourcée). 

    Au 1er mai 2022 : barquettes destinées au pré-emballage des denrées alimentaires (sauf compostables et en matière biosourcée).

    Appel à projets jusqu’à juin 

    La province soutient plusieurs projets innovants qui proposent des alternatives écologiques au plastique. Une enveloppe de 30 millions de francs y est consacrée, financée par l’Ademe. La deuxième session pour déposer sa candidature se clôt le 30 juin. Au cours de la première session, douze dossiers ont été reçus et sept projets retenus. Certains de ces lauréats étaient présents mercredi soir. Figurent notamment : l’épicerie bio de Robinson pour son espace de vente en vrac qui propose également des liquides, de type produits d’hygiène corporelle ; l’association Mocamana qui entend se professionnaliser dans la confection de sacs en toile de jute ; L’abeillemballe qui propose des produits réutilisables à partir de cire d’abeille et d’huile de coco ; Le Jardin calédonien, basé à Dumbéa, qui va se lancer dans l’ouverture de distributeurs de fruits et de légumes (le premier devrait se situer chez Cheval distribution) ou encore Zéro déchet Nouvelle-Calédonie.

    Comité de pilotage

    Institutions, chambres consulaires, Finc, syndicat d’importateurs, DAE, douanes, associations... devraient se réunir dès la semaine prochaine.


    8 700 tonnes

    Selon la province Sud, 2 600 tonnes de déchets plastique sont jetées annuellement par les ménages, et 6 100 tonnes par les entreprises dans le pays.


    WWF

    L’ONG vient de publier un rapport alarmant, estimant que chaque année, 100millions de tonnes de plastique deviennent un polluant terrestre ou marin.

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