Nouvelle Calédonie
  • De notre correspondante, Marie-Laure Euriboa | Crée le 02.03.2019 à 04h30 | Mis à jour le 02.03.2019 à 04h30
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    Des dizaines de personnes ont crié leur indignation après la mort de Maureen. Photos M.-L.E
    Société. Une marche a été organisée hier, en réaction à la mort de Maureen, qui serait décédée sous les coups de son compagnon, et pour dénoncer les violences conjugales.

    C’est le cœur lourd que la population, la famille et les proches de Maureen, dite « Momo », décédée dans la nuit du 11 au 12 février (lire par ailleurs), se sont rassemblés, vendredi matin, pour que le crime dont a été victime la femme de 29 ans ne tombe pas dans l’oubli et, plus généralement, pour dénoncer avec force les violences faites aux femmes.

    Organisée par la Fédération des groupes de femmes ajië de Houaïlou et avec l’aide de la mairie, la procession s’est mise en marche en silence avant que les quelque 200 manifestants ne scandent des « Halte à la violence faite aux femmes ! » jusqu’aux grilles du portail de la gendarmerie. « La violence se banalise : violences, viols, actes de barbarie, maltraitance…, a déclaré Anne-Marie Kede, présidente de la fédération, sans trouver de réponse adéquate, ni au sein de nos sociétés ni de la part des pouvoirs publics. »

    Les participants, pour la plupart vêtus d’un tee-shirt blanc, ont crié leur « indignation ». La mort de Maureen, dont le responsable serait son compagnon, qui est activement recherché par les enquêteurs de la gendarmerie, a été vécue comme le drame de trop. « Notre indignation n’est pas l’affaire d’un jour et d’une manifestation éphémère. Nous exigeons des réponses et l’assurance d’un changement immédiat dans l’accomplissement des missions de toute la chaîne des intervenants et des autorités ayant pour mission de s’occuper de ces affaires de femmes martyrisées ou violentées et de les réprimer sévèrement », a poursuivi Anne-Marie Kede, remettant un courrier à un gendarme.

    « Que le meurtrier se fasse attraper pour que l’on soit en sécurité », c’est le souhait qu’a formulé la sœur aînée de « Momo », un bandeau sur la tête en « hommage à ma sœur ».


    « Il la menaçait de s’en prendre à ses proches »

    Elle accuse le meurtrier présumé de pressions sur sa cadette. « Je l’ai plusieurs fois mise en garde, je lui ai dit qu’elle devait le quitter. Mais il la menaçait de s’en prendre à ses proches. J’ai même appelé les gendarmes une fois, ils ne sont jamais arrivés. » « C’était une fille réservée et trop gentille, qui n’aurait jamais fait de mal à qui que ce soit », a confié la sœur aînée de la victime. Que les femmes ne se laissent pas faire et qu’elles dénoncent les violences dont elles sont victimes, c’est l’autre souhait de cette grande sœur, qui a décidé de s’engager dans ce combat, animée par des sentiments d’impuissance, de désarroi, de colère et d’« hypocrisie de la justice » face à ce drame de notre société.


    Son profil a de quoi inquiéter, à juste titre, la population de Houaïlou et les autorités qui sont à sa recherche. La mort de Maureen remonte à la nuit du 11 au 12 février à la tribu de Karovin. Il est 2h21 du matin lorsque « le Samu a signalé le décès d’une femme à la suite d’un accident de voie publique qui aurait eu lieu une heure et demie auparavant. Le corps de la défunte était ensuite transporté à son domicile », a indiqué le parquet.

    L’affaire n’est pas claire. Les explications du compagnon de Maureen ne convainquent personne et surtout pas le médecin qui dresse un « obstacle médico-légal ». Les blessures constatées ne seraient pas compatibles avec celles occasionnées par un accident de la route. « Sur les lieux, les militaires ont relevé un certain nombre d’anomalies laissant planer quelques doutes quant aux circonstances réelles du décès de la victime », ajoute le procureur.

    Déjà condamné pour des violences conjugales

    Deux jours plus tard, une autopsie est réalisée. « Momo » aurait été tabassée. « La victime aurait été rouée de coups portés avec une extrême violence », décrit Alexis Bouroz. Par son compagnon ? Il est, aux yeux des autorités le principal suspect. L’intéressé s’est, depuis, volatilisé. Il est traqué par les gendarmes alors même qu’il était déjà recherché depuis 2017 dans le cadre d’une autre affaire. Selon nos informations, l’homme est particulièrement connu de la justice et a déjà été condamné pour des violences conjugales. « Depuis des années, un délinquant, à nos yeux un criminel, multiplie des actes monstrueux de violence, de barbarie et de torture. Ces actes auxquels il se livre se sont poursuivis et les gendarmes de Houaïlou ne sont pas parvenus jusqu’à ce jour à l’interpeller alors qu’il habite et est vu en permanence dans la commune », a déploré Anne-Marie Kede, présidente de la Fédération des groupes de femmes ajie de Houaïlou.

    Jean-Alexis Gallien-Lamarche

    jeanalexis.gallien@lnc.nc

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