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    Nouvelle Calédonie
  • Julien Mazzoni | Crée le 04.02.2026 à 16h51 | Mis à jour le 04.02.2026 à 16h55
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    Gérard Sarda (à gauche) a succédé à Élie Poigoune en tant que président de la LDH-NC en 2021. Photo Archives LNC / A.T.
    En contestant l’avis de la CNCDH sur les émeutes de 2024, la Ligue des droits de l’homme de Nouvelle-Calédonie met en lumière le fossé qui la sépare de la LDH française. Un décalage statutaire, doctrinal et organisationnel. Explications.

    On peut porter le même nom sans porter les mêmes combats. Un communiqué publié ce mardi 3 février par la Ligue des droits de l’homme et du citoyen de Nouvelle-Calédonie (LDH-NC) contre l’avis rendu le 29 janvier par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH)* illustre la distance qui s’est installée entre la ligue calédonienne et la LDH nationale.

    Dans ce texte, la LDH-NC conteste la méthode de la CNCDH*, qui est un organisme de la République, qui comporterait selon elle "de nombreuses inexactitudes". Elle reproche notamment au rapport de ne pas prendre en compte la réalité des barrages, le rôle des réseaux sociaux dans la propagation des violences, ainsi que la situation des habitants et des entreprises touchés par les émeutes.

    Une position opposée à celle portée par la LDH française. Interrogée, sa présidente, Nathalie Tehio, précise avant tout que la LDH-NC "est une association indépendante" détachée de la Ligue nationale. Historiquement, la LDH-NC était une section locale, lorsque la Nouvelle-Calédonie relevait du droit commun. Mais après la signature de l’Accord de Nouméa, cette organisation est devenue une association distincte. Il n’existe aujourd’hui aucun lien statutaire ni décisionnel entre les deux structures. Un point que Gérard Sarda présente de manière différente. Le président de la LDH-NC, qui revendique une soixantaine de membres actifs, évoque "une convention particulière" et une forme d’autonomie vis-à-vis de Paris.

    Une approche juridique et une analyse plus politique

    Alors que dans son communiqué, la LDH-NC reproche à la CNCDH de ne pas s’être prononcée sur les actes des émeutiers, les barrages, les violences contre des civils et les conséquences économiques des destructions, Nathalie Tehio rappelle que "les droits de l’homme s’appréhendent toujours face à l’État et aux collectivités publiques". C’est le prisme retenu par la commission, qui analyse la crise de 2024 au regard des obligations de l’État en matière de respect des droits fondamentaux.

    Ces deux lectures ne reposent donc pas sur le même cadre. Une approche juridique en termes de respect du droit pour la CNDCH, et une analyse plus politique portée par la Ligue locale. Ce décalage s’était déjà matérialisé lors des contentieux liés aux verrous de Saint-Louis, à l’interdiction de rassemblements et à la suspension de TikTok. Là où la LDH nationale a engagé des recours, la LDH-NC a refusé de s’y associer. Selon Gérard Sarda, cette dernière fonctionne avec deux commissions actives sur les quatre ("prison", "citoyenneté", "racisme et discriminations") que comptait la Ligue à l’origine, et que la commission prison est à l’arrêt depuis le décès de son responsable historique.

    Crises intestines

    Pourtant, la Ligue locale a longtemps été au diapason de la LDH nationale. Sur son site Internet, dont la dernière mise à jour remonte à 2013, la LDH-NC se présente comme engagée dans la lutte contre les discriminations, pour la défense de l’égalité, la citoyenneté et le respect des droits fondamentaux. En 2015, par exemple, elle participe à la condamnation d'une boîte de nuit pour "discrimination raciale" en organisant une opération de testing.

    Mais depuis, les crises intestines ont miné l’association. Deux courriers adressés aux membres, en novembre et en décembre 2024, et que Les Nouvelles calédoniennes ont pu consulter, font état de "perturbations qui ont paralysé les comités de coordination", d’une "tentative de scission" et d’une décision du bureau de centraliser les prises de position publiques. Des membres auraient quitté la Ligue à la suite de ces tensions, dont certains se sont regroupés dans une structure différente.

    Nathalie Tehio indique avoir été contactée à plusieurs reprises après la publication du communiqué. Elle précise que l’usage de l’ancien logo de la LDH française par la LDH-NC "prête à confusion" et rappelle que les deux structures "n’ont pas les mêmes positions".

    Note

    *La Commission nationale consultative des droits de l'homme, fondée en 1947 à l'initiative de René Cassin, Prix Nobel de la Paix, est l'institution nationale de protection et promotion des droits de l'Homme en France, accréditée auprès des Nations Unies. Elle est composée d'une soixantaine de membres, associations et personnalités, issus de la société civile

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