Pacifique
  • Dan Martin et Kelly Wang/AFP | Crée le 14.08.2018 à 04h25 | Mis à jour le 14.08.2018 à 08h27
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    Lin Zhengu, propriétaire et chef du restaurant Stone Sal à Shanghai, achète son bœuf aux Etats-Unis et en Australie. Mais si le prix de la viande américaine augmente encore, il pourrait tout importer de Canberra. Photo AFP
    COMMERCE. Taxés par Pékin de droits de douane prohibitifs, le porc et le bœuf américains voient leur prix s’envoler et leur popularité fondre en Chine… au profit de viandes australiennes.

    «Les produits américains sont devenus hors de prix, alors nous allons nous approvisionner ailleurs », explique sans ambages Zhang Lihui, directeur à Shanghai du distributeur mondial de viande PMI Foods. « Pour le bœuf, nous allons acheter davantage en Australie, en Amérique du Sud, et même un peu plus au Canada… »

    Dans la guerre douanière qui oppose le géant asiatique et les Etats-Unis, les taxes imposées depuis juillet par les autorités chinoises sur les importations de viande américaine la rendent inabordable. Ce qui « profitera assurément » aux pays proposant des alternatives, souligne M. Zhang.

     

    Steaks à Shanghai

    Si l’issue de la guerre douanière, qui pénalise un nombre croissant de secteurs, reste difficile à prédire, les exportateurs américains - pour qui le colossal marché chinois reste crucial - devraient être sévèrement pénalisés.

    Avant l’entrée en vigueur des tarifs douaniers chinois, les Etats-Unis avaient ainsi exporté en juin vers la Chine pour 140 millions de dollars de porc, bœuf et produits associés, soit 10 % de leurs exportations dans ce domaine, selon la Fédération américaine des exportateurs de viande.

    Par ailleurs, Pékin tend à cibler des produits comme la viande, le soja, le blé ou des composants pétrochimiques, qu’il peut commodément se procurer ailleurs sur le marché mondial, insiste Julian Evans-Pritchard, analyste du cabinet Capital Economics.

    L’impact sur le prix des importations chinoises, cependant, devrait rester négligeable, ajoute M. Evans-Pritchard, estimant qu’une partie des fournisseurs américains absorberont eux-même les coûts des surtaxes douanières pour épargner leurs clients et ne pas éroder trop leurs ventes.

    C’est justement ce dont bénéficie Lin Zhengu, propriétaire et chef cuisinier du restaurant shanghaïen haut de gamme Stone Sal, réputé pour ses steaks de bœuf américain et australien.

    Le coût des morceaux de bœuf américain premium s’est déjà envolé de 30 à 40 % en l’espace d’un mois en raison des droits de douane, soupire M. Lin. Mais ses fournisseurs aux Etats-Unis ont décidé d’assumer ce surcoût. Dans ces conditions, le restaurant de M. Lin peut se permettre d’acheter encore du bœuf de l’autre côté du Pacifique : « La seule chose qui nous forcerait à prendre nos viandes ailleurs, c’est si les portes se fermaient entièrement. Pour le moment, nous préférons continuer à travailler avec ces fournisseurs » aux Etats-Unis.

     

    Origines de substitution

    Aussi, le soja, que la deuxième économie mondiale achète massivement aux Etats-Unis pour les besoins de ses élevages en plein boom, n’est pas irremplaçable : le mastodonte chinois de l’agroalimentaire Cofco a confirmé accroître ses achats de soja au Brésil, et d’autres céréales auprès de l’Ukraine et de la Russie. Même son de cloche chez Shanghai Xinshangshi International Trade Co, important importateur qui a acheté pour 40 millions de dollars de bœuf et de porc aux Etats-Unis l’an dernier : il se tourne désormais vers l’Europe, et surtout l’Australie, selon son directeur général Xu Wei. « Nous remplirons très bientôt le manque » avec des origines de substitution, expliqué M. Xu. « Ce seront les exportateurs américains » laissés sur le carreau et privés d’un débouché critique, « qui en souffriront le plus ». Quant au régime communiste, il s’attache à apaiser les inquiétudes sur d’éventuelles pénuries.

    Les importations de produits agricoles américains vont chuter, mais « les administrations concernées sont pleinement préparées, et la Chine est entièrement capable de répondre à ses besoins d’huile et de nourriture pour animaux », a assuré le vice-ministre de l’agriculture Han Jun, cité samedi par le très officiel Quotidien du Peuple.

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