Pacifique
  • Glenda Kwek/AFP | Crée le 06.10.2018 à 04h25 | Mis à jour le 08.10.2018 à 09h24
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    Les Australiens eux-mêmes ne s’accordent pas sur les dégâts subis. Seuls 50 % croient que le changement climatique a déjà provoqué des destructions sur la Grande Barrière, selon un sondage Ipsos. Photo DR
    Australie. La bataille fait rage autourde la Grande Barrière, où les entreprises de tourisme redoutent que les avertissements apocalyptiquesdes scientifiques ne fassent fuir les visiteurs.

    Chaque année, plus de deux millions de touristes armés de masques et de tubas se rendent sur le plus vaste ensemble corallien du monde. Ils dépensent l’équivalent de 3,7 milliards d’euros et donnent du travail à 64 000 personnes. Mais la hausse des températures de l’eau liée au réchauffement climatique a endommagé le récif victime de graves épisodes de blanchissement. L’industrie du tourisme craint les répercussions sur le nombre de visiteurs.

    Le Centre de recherche sur les récifs et les forêts pluviales vient cependant de créer la surprise dans un rapport annonçant « des signes significatifs de régénération » dans les principaux spots de plongée autour de Cairns. Le rapport contredit à dessein une flopée d’études inquiétantes récentes sur l’état de la Grande Barrière.

    « Il faut montrer que ce n’est pas le récif tout entier qui est devenu un désert aquatique, souligne Col McKenzie, de l’Association des opérateurs touristiques du parc maritime (AOTPM) qui a collaboré à ce rapport. On assiste globalement à une baisse de la fréquentation à cause de la mauvaise publicité. Ca ne fait aucun doute. »

    D’après lui, le nombre de visiteurs sur les récifs et les îles a chuté de 10 % en 2017 par rapport à 2016, et devrait encore reculer de 15 % cette année. Les chiffres du gouvernement contredisent, eux, ces données, montrant une augmentation du nombre de touristes se rendant dans la région au sens large. Pour M. McKenzie, il est vital de faire passer le message selon lequel certaines zones du gigantesque écosystème sont toujours pleines de vie et de couleur.

     

    Trop tôt pour savoir

    Ses commentaires sont la dernière illustration en date du combat entre les écologistes et une industrie confrontée au réchauffement climatique. Car si certains coraux récupèrent leur couleur au bout de quelques mois, d’autres ont besoin d’une décennie pour se remettre, souligne le professeur Terry Hughes de l’Université James-Cook, qui dirige les études sur le blanchissement des coraux. « Il est encore très tôt, dit le professeur Hugues. Dans un processus de guérison décennal, on est à l’an 1 en ce qui concerne le milieu du récif, à l’an 2 s’agissant de la partie septentrionale. » Selon l’Institut australien de la science marine, une institution publique, la couverture corallienne « a continué ces quatre dernières années à décliner à cause de l’effet cumulé de perturbations sévères et multiples ».

    Au sein même du gouvernement, des intérêts différents s’affrontent. Canberra a réussi, pour l’heure, à éviter que l’Unesco n’inscrive la Grande Barrière sur la liste du patrimoine en péril, ce qui aurait des conséquences nuisibles pour le tourisme. L'Etat a débloqué 1,2 milliard d’euros pour protéger le site.

     

    Au taquet

    Mais il soutient en même temps un projet gigantesque de mine de charbon proche des côtes du groupe indien Adani. Canberra a également renoncé à inscrire dans la loi les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’accord de Paris. En attendant, les scientifiques sont au taquet pour étudier les variations du récif. « Nous sommes dans une période critique de récupération, explique le professeur Hugues. L’inconnue, bien sûr, c’est l’éventualité d’un autre épisode de blanchissement. Si nous avons une canicule, cela pourrait arriver tôt l’année prochaine. »

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