Pacifique
  • Chris Foley/AFP | Crée le 20.03.2019 à 04h25 | Mis à jour le 20.03.2019 à 04h25
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    L’enseigne Gun City a vendu les armes au tueur. Les organisateurs de la plus grande foire aux armes de Nouvelle-Zélande, le Kumeu Militaria Show, près d’Auckland, ont annoncé l’annulation de l’événement Photo AFP
    Nouvelle-Zélande. Après Christchurch, le pays s’interroge sursa législation sur les armes à feu, entre des autorités qui veulent durcir les ventes et ceux qui refusent de renoncer à un droit.

    «On ne peut ignorer le fait troublant » que le suprémaciste blanc australien qui a tué cinquante musulmans vendredi « est venu en Nouvelle-Zélande pour acheter des armes qu’il n’aurait pu obtenir en Australie », a déclaré Chris Cahill, président de l’Association de la police kiwie.

    La Première ministre Jacinda Ardern a annoncé que des mesures restreignant l’accès aux armes seraient annoncées d’ici une semaine. Elles pourraient comprendre l’interdiction de certains fusils semi-automatiques et un programme de rachat des armes. Même le parti de Winston Peters, New Zealand First, opposé jusque-là à de telles mesures, a apporté son soutien total aux réformes. « La réalité c’est qu’après vendredi, notre monde a changé à jamais et nos lois feront de même », a-t-il lancé.


    Zéro culpabilité

    Actuellement, toute personne de plus de 16 ans jugée « compétente et convenable » peut obtenir un port d’armes standard de catégorie A, qui permet d’acheter des fusils d’assaut comme le AR-15 dont se serait servi le tueur de Christchurch.

    Selon les dernières statistiques, la police a approuvé 99,6 % des près de 45 000 demandes de port d’armes déposées en 2017, l’année où le tueur a obtenu le sien.

    M. Cahill a exigé l’interdiction des armes semi-automatiques aisément modifiables et la création d’un registre national des armes à feu. « Aujourd’hui, on n’a aucune idée de qui achète des armes, où ils les conservent, et combien ils en ont », déplore-t-il.

    David Tipple, directeur général de Gun City, l’enseigne qui a fourni quatre armes à l’extrémiste australien, souligne que cette vente n’avait rien d’illégal.

    Brenton Tarrant était « un client tout neuf avec un permis tout neuf. C’était une vente ordinaire », a-t-il dit. Et comme on lui demandait s’il ressentait de la culpabilité, il a répondu : « non, pas du tout ». L’armurier a ajouté qu’il continuerait de vendre des armes à toute personne disposant des mêmes papiers. Désormais, même la publicité est remise en cause. De nombreux habitants ne décolèrent pas face à une pancarte de Gun City installée en bordure d’autoroute et qui montre un homme en train d’apprendre à tirer à deux enfants.


    Animaux Nuisibles

    « Je suis totalement stupéfait qu’on puisse avoir un panneau comme ça », explique Richard Griffiths, dont le cabinet médical est situé non loin de la mosquée de Linwood, où sept personnes ont été tuées.

    Les défenseurs des armes semi-automatiques arguent qu’elles servent à abattre les animaux nuisibles dans les zones où ils sont en surnombre.

    Andrew Taylor, propriétaire de Shooters Supplies dans la banlieue de Christchurch, vend généralement des armes semi-automatiques à des « types qui tirent sur des cerfs ou des chèvres sauvages, depuis des hélicoptères ». Mais il a fermé son commerce le week-end après le carnage et a retiré des étagères les chargeurs à grande capacité.

    La page Facebook du Kiwi Gun Blog a aussi été inondée de messages inquiets d’habitants craignant que les détenteurs d’armes qui en font un usage responsable ne soient injustement punis.

    Dans une lettre ouverte à Mme Ardern, une organisation se faisant appeler Shooterslottery réclame une enquête pour déterminer si l’attaque résulte d’un échec des services de sécurité, de la législation sur les armes ou des « agissements imprévisibles d’un monstre ». D’autres détenteurs d’armes refusent de voir restreindre leurs droits tout en reconnaissant que le pays n’a pas besoin d’armes de type militaire.


    Repères


    Réformes avortées

    La dernière réforme d’importance de la législation date d’une fusillade à Aramoana, près de Dunedin, sur l’île du Sud, en 1990, qui avait fait 13 morts à la suite d’une querelle de voisinage.

    Les lois avaient été durcies mais les tentatives suivantes, en 2005, 2012 et 2017, échouèrent.


    Trois armes pour dix habitants

    Dans ce pays de moins de cinq millions d’habitants, environ 250 000 personnes possèdent un port d’armes. Il y aurait 1,5 million d’armes en circulation, selon les estimations basses. Cela revient à trois armes pour dix habitants, soit moins que la moyenne américaine de plus d’une par personne mais plus qu’en Australie, qui a durci ses lois après une tuerie en 1996.


    Enquête sur l’alerte à l’aéroport de Dunedin

    La police a ouvert une enquête sur l’origine de l’alerte à la bombe qui a provoqué dimanche soir la fermeture de l’aéroport de Dunedin, où vivait l’auteur de la tuerie. Elle a indiqué qu’un homme avait escaladé une clôture entourant l’aéroport, puis déposé une sacoche d’ordinateur accompagné d’une note dans une zone où les gens viennent regarder les avions décoller et atterrir.

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