Pacifique
  • Jérôme Taylor/AFP | Crée le 19.03.2019 à 04h25 | Mis à jour le 19.03.2019 à 09h05
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    Hier matin, des ouvriers étaient à l’œuvre dans le cimetière de Christchurch pour préparer les sépultures. Photo AFP
    NOUVELLE-ZÉLANDE. Alors que les familles s’apprêtent à enterrer leurs morts, la Première ministre a mis en cause les réseaux sociaux où la vidéo de la tuerie a été téléchargée par des milliers d’internautes.

    Des dizaines de tombes étaient en cours de préparation hier matin au cimetière de Christchurch pour accueillir les dépouilles des 50 fidèles tués vendredi dans l’attaque contre deux mosquées de la ville.

    La coutume musulmane prévoit en effet l’inhumation du corps dans les 24 heures suivant le décès. Les médecins légistes ont dit espérer être en mesure de satisfaire les familles rapidement, tout en soulignant qu’ils devaient procéder avec précaution dans leur enquête sur le massacre. « On fait un scan de tous les défunts, leurs empreintes sont relevées, on retire les objets qu’ils portaient ou avaient sur eux », a expliqué la médecin légiste en chef Deborah Marshall, qui dirige l’enquête. La Première ministre Jacinda Ardern a annoncé dimanche que les dépouilles seraient restituées d’ici demain.

    La mort en direct

    Parallèlement, Mme Ardern a indiqué dimanche qu’elle attendait des explications de Facebook et d’autres réseaux sociaux sur la diffusion en direct des images du carnage. L’extrémiste australien Brenton Tarrant a filmé et diffusé en direct sur Facebook le massacre, dans une vidéo où on le voit passer de victime en victime, tirant sur les blessés à bout portant alors qu’ils tentent de fuir.

    Le groupe américain est parvenu à supprimer la vidéo de 17 minutes. Mais elle avait auparavant été partagée de nombreuses fois.

    Affirmant qu’il demeurait « des questions nécessitant des réponses » des géants de l’internet, Mme Ardern a précisé qu’elle avait été en contact avec la directrice des opérations de Facebook Sheryl Sandberg qui avait « reconnu ce qui s’était passé en Nouvelle-Zélande ». « Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour retirer ou obtenir que soient retirées certaines des images qui ont circulé, a déclaré Mme Ardern. Mais au final, c’est à ces plateformes qu’il appartient de faciliter ces retraits. ».

    Un jeune homme inculpé

    « Au cours des 24 premières heures, nous avons retiré dans le monde 1,5 million de vidéos de l’attaque, dont plus de 1,2 million bloquées lors de leur téléchargement », a indiqué Facebook.

    Le Premier ministre australien Scott Morrison a également fait part de ses doutes quant à l’efficacité des législations en la matière et des possibilités actuelles. Il a indiqué que les réseaux sociaux avaient « coopéré ». « Mais je dois malheureusement dire que l’aptitude réelle à aider du côté de ces entreprises technologiques est très limitée. » Il a ajouté que des « assurances avaient été données » quant au fait que les contenus retirés ne pourraient pas réapparaître. « Il est évident que ce n’est pas le cas. »

    Hier, un jeune de 18 ans a été inculpé par un tribunal de Christchurch pour avoir relayé la vidéo diffusée en direct par l’auteur du carnage. Il est également poursuivi pour avoir mis en ligne une photo de la mosquée al-Nour avec la mention « cible atteinte » et pour incitation à la violence. Chaque chef est passible de quatorze années de détention.


    Une enquête policière qui ne fait que commencer

    Dimanche, l’opéra de Sydney s’est paré de la fougère argentée, symbole kiwi, en hommage aux victimes. Photo Salty Dingo/État de Nouvelle-Galles du sud/AFP

     

    La police antiterroriste australienne a perquisitionné hier matin deux habitations en lien avec l’attentat de Christchurch. Elles se situent en Nouvelle-Galles du Sud, dans les villes de Sandy Beach et de Lawrence, près de Grafton, là où le suspect numéro 1 Brenton Tarrant, un Australien de 28 ans, a grandi, même s’il a passé ces dix dernières années à l’étranger.

    « L’objectif est d’obtenir des éléments pouvant aider la police néo-zélandaise dans son enquête », a expliqué la police australienne. Elle n’a pas fourni plus de précision sur ce qui l’avait amenée là ni sur ce qu’elle espérait y trouver. Brenton Tarrant, fasciste et raciste autoproclamé, a grandi à Grafton, mais a énormément voyagé à l’étranger au cours des dix dernières années. Il vivait en Nouvelle-Zélande, à Dunedin, à 300 km au sud-ouest de Christchurch.

    Une famille brisée

    Lundi le ministre australien de l’Intérieur, Peter Dutton, a déclaré que le suspect n’avait passé que 45 jours en Australie au cours des trois dernières années et ne figurait sur aucune liste de surveillance antiterroriste. Selon la police australienne, la famille de Brenton Tarrant « nous aide dans nos investigations », et rien ne laisse craindre « une menace actuelle ou imminente ». La famille du jeune homme a découvert son rôle dans les attaques de Christchurch à la télévision. Elle est « brisée », a déclaré dimanche sa grand-mère, Marie Fitzgerald, interrogée chez elle en Nouvelle-Galles du Sud par Channel 9. « Nous sommes tous sidérés. C’est tellement difficile d’admettre que quelqu’un de notre famille puisse faire une telle chose. » La sœur et la mère de Brenton Tarrant, qui habitent dans le secteur, ont été placées sous protection policière.

    L’homme, inculpé samedi pour meurtre, a fait savoir qu’il comptait se défendre seul, selon Richard Peters, son avocat commis d'office lors de l'audience préliminaire.

     

    Repères

    Marine Le Pen réagit

    Marine Le Pen a déclaré dimanche qu’elle ne « connaissait pas » la thèse du « grand remplacement », citée par l’auteur du carnage en Nouvelle-Zélande qui, à ses yeux, « ne vaut pas mieux que Daech ». Brenton Tarrant, auteur du massacre, a évoqué dans un manifeste un « génocide blanc du fait de l’immigration de masse » et affirmé que la défaite à la présidentielle de 2017 de Marine Le Pen et la mort de la petite Ebba Åkerlund à 11 ans dans une attaque en 2017 à Stockholm avaient été des facteurs déterminants pour son action.

    Lors de sa rentrée politique à Fréjus (Var) en septembre, Marine Le Pen avait dénoncé sur Twitter une immigration qui fera disparaître « par dilution ou substitution » la culture et le mode de vie français, s’en prenant à la « folle politique immigrationniste » de l’UE.

    L’aéroport de Dunedin réouvert

    L’aéroport de Dunedin a rouvert hier. Il avait été fermé la veille après la découverte d’un colis suspect, dans un contexte de surveillance renforcée. Un vol depuis Wellington avait dû rebrousser chemin.

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