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  • Frédérique de Jode / L Calédonie | Crée le 25.01.2026 à 06h00 | Mis à jour le 25.01.2026 à 06h00
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    "En 2023, 45 % des femmes créatrices d’entreprise citent l’indépendance comme leur principale motivation", rapporte Danièle Brault, de l’association Femmes Chefs d’Entreprise Nouvelle-Calédonie. Photo L Calédonie
    Les Calédoniennes montrent une réelle inclination à se lancer dans l’entrepreneuriat. En témoigne le succès du Nouméa Women’s Forum, un rendez-vous créé pour et par les femmes qui veulent entreprendre. Si l’entrepreneuriat féminin surfe sur une dynamique encourageante, la crise a révélé à la fois sa vulnérabilité et sa capacité à se réinventer. Un article de notre partenaire le magazine L Calédonie, paru en décembre.

    La cinquième édition du Nouméa Women’s Forum s’est tenu les 4, 6 et 7 novembre. Un rendez-vous qui réunit chaque année des femmes issues d’horizons variés, entrepreneures, élues, étudiantes, responsables associatives, professionnelles de tous secteurs, autour d’un objectif commun : partager leurs expériences, renforcer leurs réseaux. Un lieu créé pour et par les femmes qui veulent entreprendre. "Ce fut une expérience riche et inspirante. J’y ai rencontré des femmes remarquables et participé à des master class précieuses. Cet événement me paraît incontournable pour renforcer les liens entre femmes, nourrir l’élan collectif", s’enthousiasme Isabelle Marboeuf, membre de Notylia, le cercle des femmes chefs d’entreprise qui compte 97 notyliennes.

    Un événement qui, pour l’association Femmes Chefs d’Entreprise Nouvelle-Calédonie (FCE) qui a fêté cette année ses 40 ans et compte 50 entreprises membres, est "un levier stratégique qui permet de positionner la Nouvelle-Calédonie comme un hub Pacifique pour l’entrepreneuriat féminin. Nous tenons à y participer activement en encourageant toutes celles qui se développent et ont des besoins auxquels nous pouvons répondre en qualité d’aînées, de pionnières. Ce forum offre potentiellement une visibilité régionale et une voie vers l’international".

    Des atouts

    "Les entrepreneures calédoniennes possèdent des forces indéniables. Leur capacité à fédérer un réseau est l’une de leur plus grande qualité. Leur agilité est également à souligner. Elles savent s’adapter rapidement, comme en témoigne par exemple, le passage du tourisme à la vente de produits locaux en ligne après la crise. Enfin, leur ancrage territorial leur permet de répondre avec précision aux besoins locaux, notamment dans les circuits courts et l’économie sociale et solidaire", souligne Danièle Brault-Delahaie, à la tête d’Aboro et secrétaire dans le bureau de FCE, dont la présidente est Barbara Vlaeminck.


    Des membres de l’association Femme Chef d’entreprise. Photo DR

    Les Calédoniennes montrent en effet une réelle inclination à se lancer dans l’entrepreneuriat. "En 2023, 45 % des femmes créatrices d’entreprise citent l’indépendance comme leur principale motivation, suivie de près par la flexibilité, afin de concilier vie familiale et professionnelle. Les opportunités sectorielles locales favorisent cette dynamique, notamment dans les microentreprises, qui nécessitent moins de capital", précise Danièle Brault-Delahaie.

    Des faiblesses

    Quant aux faiblesses, elles concernent souvent la taille des entreprises. 80 % des entrepreneures sont des TPE de moins de trois salariés, ce qui les rend particulièrement vulnérables face aux crises. Le manque de formation en gestion financière est également un point faible : seulement 30 % des entrepreneures ont suivi une formation dans ce domaine. "L’isolement est un défi majeur, surtout en dehors de Nouméa, où les entrepreneures rurales sont peu connectées aux réseaux d’entraide", indique Danièle Brault-Delahaie.

    Des freins

    Plusieurs freins persistent. "L’accès au financement reste un obstacle majeur : seules 15 % des entrepreneures obtiennent un prêt bancaire classique, contre 25 % pour les hommes. Une femme qui échoue dans son entreprise est encore souvent "malmenée", ce qui peut décourager certaines de se lancer", appuie Danièle Brault-Delahaie. Conjuguer vie de famille et vie d’entrepreneure, avec la charge mentale que cela implique, peut s’avérer compliqué. "Les femmes peuvent avoir peur de l’entrepreneuriat par manque de confiance, en se disant qu’elles ne pourront pas tout assumer, car dans une société encore très masculine, les femmes doivent trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, appuie Caroline Plaisant, avocate et présidente de Notylia. Sans parler de familles monoparentales, où la charge des enfants revient à la femme peut être aussi un frein. Autre frein : les aides qui n’existent plus, allocations familiales, bons Cafat pour les enfants, quand on quitte le monde du salariat."

    Un avant et un après 2024

    L’entrepreneuriat féminin en Nouvelle-Calédonie était marqué par une dynamique encourageante, bien que confrontée à des défis structurels. "Environ 30 % des entreprises étaient dirigées par des femmes, un taux comparable à la moyenne nationale", appuie Danièle Brault-Delahaie. Des entrepreneures qui se concentrent principalement dans des secteurs comme le commerce (40 %), les services (35 %) et le tourisme (20 %). "La crise de mai 2024 a profondément bouleversé ce paysage. Selon les différents chiffres disponibles à juin 2024, plus de 200 commerces, dont 60 % détenus par des femmes, ont été détruits. La chute de 20 % du PIB, confirmée par la Banque mondiale, a particulièrement touché les petites structures féminines, notamment dans le tourisme et la distribution", souligne Danièle Brault-Delahaie. Pour certaines autoentrepreneures, il a fallu prendre de lourdes décisions.


    Le nouveau bureau de Notylia. En rouge, à droite, Caroline Plaisant, la présidente de l’association. Photo DR

    C’est le cas d’Alexandra Piazza, juriste, ancienne vice-présidente de Notylia, toujours dans l’association : "j’ai dû mettre la clé sous la porte de mon cabinet en raison de la crise et revenir à un emploi salarié." A contrario, des femmes qui ont perdu leur emploi de salariée ont franchi le pas de l’entrepreneuriat. On observe une augmentation de 25 % du nombre de femmes travaillant à leur compte, signe d’adaptabilité ou de précarité. La reconstruction après la crise est un parcours semé d’embûches : le coût des assurances a explosé (+ 40 % en 2025), et la pénurie de main-d’œuvre qualifiée complique encore les choses. Les pouvoirs publics ont mis en place des prêts à taux zéro pour les entrepreneures sinistrées, mais l’accès à ces aides reste complexe en raison de critères stricts et de lenteurs administratives. "Celles qui ont tenu le coup sont souvent celles qui bénéficiaient d’un réseau solide ", appuie Danièle Brault-Delahaie.

    Résilience et entraide

    Malgré cela, les entrepreneures ont fait preuve d’une résilience remarquable. "Beaucoup se sont tournées vers le digital en développant des plateformes de vente en ligne ou en se rejoignant pour mutualiser les coûts et ou leurs offres, indique Danièle Brault-Delahaie. La plateforme Femmes Entreprendre NC a vu le nombre de ses adhérentes doubler en six mois." Que ce soit chez FCE ou Notylia, leur soutien logistique et moral, leur entraide ont permis d’inscrire dans le marbre une solidarité qui booste les entrepreneures à tenir dans cette période d’incertitude. "Sans faire de généralité, il y a chez les entrepreneures cette capacité à rebondir, à s’adapter. C’est ce que je constate, explique Géraldine Lefevre, formatrice et membre du bureau de Notylia. L’association crée du réseau, nous permet de partager nos soucis. On a fêté nos dix ans et c’est une bulle de bonheur où le mot sororité a du sens."

    De son côté, Le FCE Nouvelle-Calédonie joue un rôle clé en offrant un accompagnement précieux à travers des formations et son réseau. "Aujourd’hui, l’entrepreneuriat féminin en Nouvelle-Calédonie est à un tournant. La crise a révélé à la fois la vulnérabilité des structures féminines et leur capacité incroyable à se réinventer. Nous ne parlons plus seulement de survie, mais de reconstruction collective. Toutefois, sans un plan de relance ciblé sur les entrepreneures, nous risquons de perdre une génération de talents", craint pour l’avenir Danièle Brault-Delahaie.

    Note

    Retrouvez le numéro 7 du magazine L Calédonie, paru en décembre, dans de nombreux points de vente, et sur la page Facebook L Calédonie magazine.

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