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  • Patricia Calonne - L Calédonie | Crée le 08.02.2026 à 14h00 | Mis à jour le 08.02.2026 à 14h00
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    MARC LE CHELARD
    De la pharmacie à la photographie sous-marine, du lagon calédonien aux mers d'Indonésie, Marie-Christine Cacot a toujours choisi de plonger - au sens propre comme au figuré. Pharmacienne de terrain et photographe du minuscule, elle explore depuis des décennies l'invisible et le vivant, avec la même exigence : comprendre, révéler, transmettre. Un article de notre partenaire le magazine L Calédonie, paru en décembre. 

    "Je suis née à Madagascar, ma sœur à Tahiti, ma mère au Vietnam et mon père en Bretagne." Dès l’entame, Marie-Christine Cacot annonce la couleur : une vie où les géographies se croisent et où les origines se superposent. Son père, instituteur breton, a quitté l’Europe après la guerre pour l’Indochine, alors colonie française. Là, il rencontre sa future épouse, fille d’un Ardéchois venu lui aussi tenter sa chance en Asie au début du siècle. "Je suis quarteronne", dit-elle simplement, avec cette généalogie éclatée qui raconte déjà une histoire de déplacements.


    MARC LE CHELARD

    À 7 ans, la fillette découvre pour la première fois la France métropolitaine. La maison familiale est couverte de souvenirs d’Outre-mer, de masques et d’objets exotiques. "Forcément, je lisais tous les magazines en rêvant d’ailleurs, raconte-t-elle. Je me disais : un jour, j’irai en Nouvelle-Calédonie."

    La pharmacie, un fil rouge

    Ses études la mènent à Rennes, puis à Nantes. Elle choisit la pharmacie hospitalière, travaille un temps à l’hôpital, puis en union mutualiste. En 1989, un directeur l’oriente vers Nouméa : manque criant de pharmaciens, postes à pourvoir. Elle accepte et arrive dans une Nouvelle-Calédonie qui devient son port d’attache. Elle gère d’abord une grande officine, mais déchante rapidement : "C’était de l’abattage, ce n’était pas le vrai métier." Elle démissionne, poursuit dans un autre environnement où la présence d’un pharmacien est indispensable. "C’était passionnant, mais je sentais que j’avais besoin d’autre chose."

    À 43 ans, elle repart étudier… en Australie. "J’ai tout vendu, même mon appartement, pour financer une année à Sydney." Elle décroche un diplôme de massage thérapeutique, reconnu en Australie, Nouvelle-Zélande, Angleterre ou Canada, mais pas en France. Qu’importe : l’expérience la marque. De retour, elle enchaîne neuf mois au club de plongée d’Ouvéa, une formation à l’École des métiers de la mer, puis obtient son brevet de marine marchande, Capitaine 200.


    Photo DR

    À Hienghène, elle rencontre celui qui deviendra son mari, moniteur d’équitation. Une pharmacienne la contacte ensuite pour monter une officine à Ouégoa, inexistante dans le secteur. "En 2009, on a créé la pharmacie. Cela fait seize ans maintenant. J’adore cet exercice rural : je serais incapable de tenir cinq minutes dans une grosse pharmacie de Nouméa. Ici, je suis proche des gens." Elle insiste : "Notre base, c’est le médicament. Pas la parapharmacie, pas l’épicerie. Je propose même certains produits à marge nulle, juste pour que les gens aient accès à des références de qualité." L’éthique, chevillée au corps, guide son quotidien.

    À Ouégoa, la pharmacie joue un rôle clé dans un maillage fragile : peu de dispensaires, une infirmière libérale, la téléconsultation. "On se renvoie des informations tous les jours. J’habite sur place, les gens viennent parfois frapper au portail le week-end. Je sais faire la différence entre urgence et service." Trouver des remplaçants reste la condition pour continuer à plonger. "Ça fait seize ans que je trouve toujours quelqu’un, mais là, si je n’en trouve pas, je fermerai la pharmacie un mois", admet-elle contrainte par la situation.

    La plongée comme respiration

    La respiration, elle la trouve sous l’eau. Sa première plongée date de ses 22 ans, en Bretagne, dans une eau glaciale. "Quand je suis arrivée ici, forcément, j’ai voulu voir ce lagon incroyable." En 1992, elle se met à la photographie sous-marine. Une amie lui cède un petit appareil argentique. "On ne faisait pas 200 photos comme aujourd’hui. On descendait avec une pellicule de 36 poses, et sous l’eau il fallait choisir chaque déclenchement. C’était un vrai travail."

    Elle se perfectionne dans le domaine de la plongée, passe son monitorat fédéral en 1994, forme des générations de plongeurs, monte un club associatif à Ouégoa. Côté photo, son attirance va vite vers l’infiniment petit. "Ce que j’aime, c’est montrer ce que personne ne voit. Une crevette de 5 millimètres, un poisson cardinal qui garde ses œufs dans la bouche… J’ai passé une heure quarante sur un seul cliché." La technique suit : boîtier Nikon, diaphragme fermé jusqu’à f/32, lumière reconstruite au flash. "Je veux créer comme si ce n’était pas sous l’eau, mais dans l’espace. Transporter le regard ailleurs."

    Ses images remportent des prix dans des festivals. Une série de caprelles minuscules sur corail plumeux est saluée. "J’ai appelé cette photo À toi pour toujours. C’était un couple de crevettes, trois millimètres à peine, sur un corail blanc. Tellement beau, d’une finesse incroyable", tout comme un cliché de requin-baleine dont le reflet se déforme.


    Photo DR

    Elle expose à la CPS en 2001, vend des tirages argentiques uniques, tirés en Australie, dont la qualité n’a pas bougé vingt ans après. "Ce que je cherche, c’est l’effet waouh. Que celui qui regarde reste bouche bée."

    Croisières et grands espaces

    Bali devient son terrain de jeu, notamment Tulamben et ses fonds volcaniques. Mais l’Indonésie dans son ensemble la fascine. En 2017, elle part en croisière plongée. En 2018, elle embarque sur un pinisi en bois de 60 mètres. Dix jours en mer de Banda, sans croiser un seul bateau. "J’ai passé onze heures sous l’eau en deux jours avec cinq requins-baleines. C’était extraordinaire." Les pêcheurs des bagans, pontons où l’on capture sardines et anchois, ont choisi de protéger ces géants marins, croyant en leur pouvoir. Les clichés qu’elle ramène de cette immersion sont inoubliables. Elle se souvient aussi du drame : le navire coule quelques semaines plus tard, incendié au mouillage. Aucune victime, mais l’émotion reste.

    Projets et rêves

    Avec son mari, elle s’offre parfois une escapade en Nouvelle-Zélande pour pêcher la truite dans les rivières. Mais l’essentiel reste la plongée, toujours la plongée. Et la photo. "Être sous l’eau sans appareil photo, ce n’est pas possible." Son grand rêve, désormais, est d’éditer un livre. "Pas un catalogue. Une histoire. Partir de l’infiniment petit, relier la mer, la terre, l’univers. Aller au-delà du visible. C’est un de mes derniers rêves. Il me manque du temps, des contacts." Marie-Christine Cacot le dit sans regret : "De toute façon, le hasard n’existe pas. Les choses arrivent, on les prend ou on ne les prend pas." Elle, elle a choisi de plonger – dans les eaux, dans les vies, dans les images. Et d’en ramener des éclats invisibles au commun des mortels.

    Note

    Retrouvez le numéro 7 du magazine L Calédonie, paru en décembre, dans de nombreux points de vente, et sur la page Facebook L Calédonie magazine.

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